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Mannheim, ville d'arts nouveaux, l'ancienne seconde résidence du prince électeur du Palatinat se veut avant tout un condensé d'arts et d'architecture allemande.Entre Rhin et Neckar, la ville de Mannheim qui fut jusqu'à Napoléon partie du Palatinat du Rhin, possède une forte tradition musicale et artistique ainsi qu'aujourd'hui une très grande population étudiante, notamment en sciences, alors que l'antique université d'Heidelberg n'est pourtant distante que d'une vingtaine de kilomètres.La cité a failli devenir le nouveau centre du Bauhaus quand celui-ci a déménagé de Dessau, mais ne l'est inalement pas devenu. Forte d'une tradition Art nouveau virant au baroque notamment sur la Friedrichsplatz, la plus grande du style en Europe, la ville alterne le grès rose, extrait de la vallée du Neckar, à qui le fer donne le teint rougeâtre, et une belle pierre jaunâtre. Les deux rappelant à la fois Strasbourg et Metz. D'ailleurs, le Rosengarten, devenu Centre de Congrès, mais au départ salle de concert pour les nombreuses chorales locales, déploie un Jugendstil massif et à figures symbolistes (dont celle de Beethoven) qui rappelle la gare messine construite par les Allemands au tournant du siècle dernier.Le même Jugendstil est patent avec un côté martial, genre Leni Riefenstahl, dans le kunsthal qui date lui aussi du début des années 1900. Le bâtiment, conçu par Hermann Billing, se voit désormais adjoint d'une extension contemporaine, inaugurée en juin dernier.Le nouveau musée d'arts alterne d'ailleurs dans ses désormais grands espaces que lui procure la nouvelle extension, des oeuvres imposantes et contemporaines signées William Kentridge, James Turrell ou Alicja Kwade, avec des oeuvres du tournant du siècle dernier : La fenêtre sur la ville de Robert Delaunay est une toile charmante et placée à côté de l'ouverture du musée sur la fameuse place Friedrich, symbole de Mannheim et où trône le château d'eau de style classico-baroque, emblème de la cité.Des salles plus petites se consacrent notamment à Monet et son chefd'oeuvre L'exécution de l'Empereur Maximilien, ce qui permet à l'institution muséale de revenir sur les sentiments anti-français qui à l'époque agitaient les notables et les artistes allemands face à la vague impressionniste... prélude à une germanisation bien plus brune.D'ailleurs, une des expos de la partie ancienne se consacre à l'art dégénéré et à l'apport des collectionneurs juifs de la ville au musée : on y croise entre autres des oeuvres de Beckmann, Kokoschka, George Grosz ou Kirchner. Une autre expo est dédiée à l'histoire du musée et présente notamment des toiles de Otto Dix, le même Beckmann... voire Joseph Beuys.Dans la partie contemporaine, trois oeuvres énormes et épaisses de Anselm Kiefer, des paysages imaginaires, sont mises en regard d'un tableau de Caspar Friedrich intitulé Soir, lequel peignait également dans son atelier d'après souvenir.Pointons encore une très belle salle d'art moderne qui mêle artistes allemands du Blaue reiter notamment et français : Renoir, Maillol, Degas, Chagall, Rodin, Georges Minne ou Vallotton y conversent avec Kirchner, Arp, Ensor, Pevsner, Kandinsky et Klee.Ces deux derniers firent partie du Bauhaus, style dont on retrouve quelques traces notamment dans un imposant bâtiment aux lignes limpides, claires et géométriques devenues une société d'assurance, quelques immeubles d'habitations ou une église apostolique qui ont résisté aux bombardements.Pas grand-chose finalement : toute ville allemande se réclamant, en cette année du centenaire, d'obédience du mouvement cher à Henri van de Velde, l'un de ses fondateurs. Même s'il est vrai que l'extension du nouveau musée, dans ses formes pures, géométriques, et son côté lumineux présente quelques similitudes avec le Bauhaus.Finalement, Mannheim vaut surtout par son style baroque, celui de son château qui copie et cherche à dépasser Versailles (il possède une fenêtre de plus), sa rivale politique à l'époque, ce qui fait de lui le plus grand château d'Allemagne et le deuxième d'Europe, après celui que vous savez, dans les couleurs jaune et rouge de la cité. Mais cette ville lieu d'invention, comme le vélo et la voiture, qui a vu passé Mozart, Schiller en débuts de carrière, fut la seconde résidence du prince électeur du Palatinat qui voit le Neckar se jeter dans le Rhin, a vu naître une université dédiée aux sciences au 18e siècle, offre quelques joyaux baroques dont la Jésuitenkirche, la compagnie de jésus étant très impliqué dans la connaissance.Dans une contre-offensive catholique baroque flamboyant voire rococo ou barococco, elle imite la splendeur des églises romaines : l'oeuvre d'Alessandro Galli da Bibienna est un véritable bijou, doté de galeries latérales d'une coupole et d'un lanterneau somptueux. Une église partiellement détruite durant la guerre et restaurée depuis. Elle est située au milieu de la ville où se distingue encore un Arsenal de style italien flanqué d'une école Art nouveau d'un style massif qui rappelle encore Metz.Ailleurs, dans les parties plus HLM de la ville, depuis 2013, des artistes Streetart nationaux et internationaux ont redécoré les bâtiments, dans des styles éclectiques variant entre la bédé, l'abstraction géométrique, la calligraphie, ou l'effet d'optique. 18 oeuvres ont déjà été réalisées depuis dans un processus évolutif qui implique les habitants quant aux choix des oeuvres notamment.