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Depuis le 2 avril 2024, les centrales d'urgence francophones (Mons, Liège, Namur et Arlon) prennent les appels entrants de 1733 sans distinction de la commune depuis laquelle le patient appelle - contrairement à ce qui se faisait auparavant. Concrètement, peu importe le lieu depuis lequel le patient appelle, celui-ci va entrer en contact avec l'une des quatre centrales d'urgence indépendamment du lieu où il se trouve. "En raison de cette réorganisation, les informations transmises par les centrales d'urgence aux médecins de garde ne sont plus adaptées au fonctionnement propre des différents cercles de médecins généralistes", expliquent sept présidents de cercles de l'ouest du Hainaut [1]. "Pour vous donner un exemple concret, la centrale d'Arlon ne connaît pas le fonctionnement du poste de médecine générale de Mons."Dans le contexte de pénurie, la garde est complexe. Ce n'est pas une nouvelle. Mais le manque de considération du fédéral par rapport à la problématique du 1733 fatigue les médecins généralistes. "Le fédéral refuse de prendre en compte les différences de fonctionnement des PMG. Il s'obstine à vouloir apporter, de façon rigide, une réponse, par conséquent parfois inappropriée, aux appels classés comme il se doit, selon le degré de gravité en trois catégories. À savoir, besoin urgent de soins qui doit bénéficier d'une visite à domicile endéans les deux heures, besoin non urgent de soins qui doit bénéficier d'une visite à domicile endéans les 12 heures pour les patients incapables de se déplacer et enfin, besoin non urgent pour les patients qui doivent être vus par un médecin dans les 12 heures mais qui peuvent se déplacer au PMG.""Les opérateurs du 1733 ont reçu comme instructions de ne transmettre au (télé)secrétariat que le nom et le numéro de téléphone du patient si celui-ci est dirigé vers le poste de garde. Cette instruction n'est, à ce jour, pas discutable du côté des autorités. Mais comme les patients sont parfois dirigés vers le poste de garde même lorsque celui-ci est fermé, il est, dans ces circonstances, nécessaire pour le médecin de garde de contacter à nouveau le patient par téléphone pour prendre connaissance de l'adresse de celui-ci ou pour l'inviter à se rendre au cabinet du médecin de garde. Ceci constitue une démarche administrative supplémentaire imposée aux médecins de garde, qui pourrait facilement être évitée si les opérateurs du 1733 recevaient pour instruction de communiquer également l'adresse à laquelle se trouve le patient."Cette réorganisation du fonctionnement unilatéralement décidée par les autorités engendre une dégradation nette de l'organisation de la permanence de première ligne, estiment encore les cercles de médecins généralistes signataires, qui demandent de recevoir des opérateurs du 1733 l'entièreté des informations concernant le patient (nom, prénom, âge, adresse et numéro de téléphone). En plus de ces changements fonctionnels, les cercles signataires ont récemment constaté que certains patients n'étaient pas triés correctement en fonction de leurs besoins. À cela s'ajoute le fait que les informations récoltées par le 1733 et transmises aux médecins sont parfois erronées. Dès lors, certains patients ne peuvent pas être contactés par les médecins de garde et ne sont donc pas pris en charge, ce qui représente un danger pour les citoyens. "Le précédent système était fonctionnel", soulignent les médecins généralistes. "Nous pouvons comprendre qu'un changement structurel du 1733 soit nécessaire, mais nous n'acceptons pas d'être directement et défavorablement impactés par les changements décidés. La charge de travail des généralistes est déjà largement suffisante, et l'ajout de tâches administratives supplémentaires non justifiées à réaliser durant la nuit n'est pas acceptable."Les généralistes veulent également insister sur le fait qu'à aucun moment leur avis n'a été sollicité par les autorités. "Les décisions concernant la santé du citoyen par rapport à un système dont ils sont acteurs, sont prises unilatéralement et leur sont imposées. Nous fournissons un service à la population en assurant la continuité des soins. Nous organisons le système de garde de manière efficace depuis de nombreuses années et nous travaillons activement à garder un système de soins adéquat et optimal en Belgique. Nous sommes fatigués de ce manque de considération de la part des autorités. Nous n'en remercions pas moins les opérateurs du 1733 pour leur travail et ne les tenons en rien responsables des problèmes actuellement rencontrés. Il s'agit ici, ni plus ni moins, qu'un bras de fer entre les généralistes et le fédéral."Les critiques ont été communiquées aux autorités, qui restent à ce stade hermétiques aux problèmes remontés par les cercles. Face à ce blocage, les cercles signataires souhaitent publiquement s'opposer à ces changements. Ils formulent les voeux suivants: -Durant les heures d'ouverture des postes médicaux de garde, les opérateurs du 1733 doivent rediriger les patients qui peuvent se déplacer vers le poste de médecine générale le plus proche de leur domicile. Le 1733 doit être en capacité de communiquer le fonctionnement du poste de médecine générale en question au patient, à savoir si celui-ci fonctionne selon un système de rendez-vous ou d'entrée libre ; -Les coordonnées exactes et complètes (nom, prénom, âge, adresse et numéro de téléphone) des patients doivent être récoltées par les opérateurs du 1733 et communiquées aux (télé)secrétariats des cercles de médecins généralistes. Les médecins décideront alors de la stratégie à adopter pour que le patient soit pris en charge ; -Que les cercles de médecins généralistes soient impliqués dans l'organisation du 1733, et particulièrement lorsque des changements fonctionnels sont en discussion ; -Que le cadre du personnel des centrales 1733 soit renforcé, de manière à ce que les doléances des médecins généralistes puissent être respectées et que les patients puissent recevoir les meilleurs soins possibles. En conclusion, les cercles considèrent que les problèmes liés au 1733 qui pourraient (encore) survenir à l'avenir engageront uniquement la responsabilité de l'État belge. "Tel sera le cas s'il s'avère qu'un patient n'a pas été pris en charge correctement en raison de l'organisation ou du fonctionnement du 1733: impossibilité de rentrer en contact avec le patient, transmission d'informations erronées par le 1733 qui a entraîné un retard dans la prise en charge, triage incorrect, etc.", préviennent les signataires du communiqué.