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Plusieurs études récentes ont révélé que les personnes séropositives et, en particulier, celles dont le taux de CD4 est inférieur à 200 cellules, réagissent moins bien sur le plan immunitaire au schéma vaccinal classique à deux injections des différents vaccins Covid-19 disponibles ce qui a poussé, tant les autorités sanitaires américaines qu'européennes, à recommander l'administration d'une dose supplémentaire de vaccin Covid-19 dans un délais assez court (28 jours en moyenne) chez toute personne présentant un dysfonctionnement immunitaire, ce compris les personnes séropositives. Cette dose supplémentaire a pour but de stimuler la réponse immunitaire à la vaccination pour qu'elle atteigne son plein potentiel ce qui diffère de la dose de rappel administrée plusieurs mois après un schéma vaccinal complet chez les sujets immunocompétents et dont le but est, lui, de compléter et raviver une réponse immunitaire déclinante d'où le terme de "booster". A l'école de santé publique Johns Hopkins Bloomberg de Baltimore, le Dr Jing Sun et ses collaborateurs se sont donnés pour mission d'évaluer l'efficacité de cette troisième dose de vaccin Covid-19 sur la survenue d'une infection ainsi que sur le risque d'hospitalisation et de décès selon le niveau d'immunocompétence.Cohorte N3CPour mener à bien cette analyse, les investigateurs se sont tournés vers les données collectées dans les 50 centres participant à la cohorte américaine National Covid Cohorte Collaborative (N3C). Au sein de celle-ci, on recense 656.390 personnes ayant bénéficié d'un schéma vaccinal complet à deux doses, âgées de 50 ans en moyenne et dont 43% sont des hommes majoritairement de race caucasienne. Parmi ces personnes, 125.409 avaient reçu une troisième dose (7,4 mois en moyenne après le schéma de base) dont 21% de patients immunodéficients (VIH-cancer-maladies auto-immunes-traitements immunosuppresseurs-greffe d'organe ou de cellules souches).Impact de la 3ème dose Chez les personnes immunocompétentes, l'administration d'une dose "booster" réduit le risque d'infection de 67% après 5 mois et de 55% après 9 mois par rapport aux personnes qui n'auraient pas bénéficié de cette troisième dose. Au sein du groupe des patients immunodéficients, on constate aussi une diminution du risque de contracter une infection après une troisième dose de vaccin mais la réduction de risque apparaît cependant plus faible. Ainsi, le risque est-il réduit de 44% à 9 mois par rapport à celui observé chez des patients immunodéficients n'ayant pas reçu de troisième dose. Par contre, si on observe la réduction du risque d'hospitalisation pour infection Covid-19 ou de décès, patients immunocompétents et patients immunodéficients tirent un bénéfice équivalent et majeur de l'administration d'une troisième dose avec, respectivement, un risque réduit de 85% et 80% et ce, indépendamment du timing de la vaccination, de la localisation géographique, de la présence de comorbidités ou des données démographiques.Au final, on constate que la troisième dose réduit le risque de contracter une infection par Covid-19 chez les personnes complètement vaccinées avec, cependant, une efficacité un peu moindre chez les personnes immunodéficientes. Par contre, et c'est là le plus important, la troisième dose se révèle particulièrement efficace pour réduire le risque d'hospitalisation et de décès indépendamment du statut immunitaire du patient.Réf: Sun J. et al. Abstract 48, CROI 2022.