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Le cas préoccupant concerne un jeune HSH français de 23 ans diagnostiqué positif en septembre 2019. Il avait été testé négatif pour le VIH lors d'un précédent test en juin de la même année. Selon les données disponibles, nos confrères estiment que la contamination a eu lieu 1 mois environ avant le test de septembre. Au moment du diagnostic, la charge virale du patient était de 126.000 copies et le compte CD4 de 821. Il n'avait jamais été soumis à un schéma de PrEP.L'analyse génétique révèle que son virus appartient à la souche sous-type B du VIH-1.Le problème majeur, source de bien des inquiétudes, est que la souche en question s'est révélée résistante aux INTI, INNTI et aux inhibiteurs de protéase. Le virus était aussi résistant à quasi tous les inhibiteurs de l'intégrase, piliers du traitement actuel du VIH. Fort heureusement, il n'avait qu'une faible résistance au dolutégravir et au bictégravir.Cette souche est connue sous le vocable CCR5 ce qui signifie qu'elle se fixe sur le corécepteur CCR5 sur la cellule CD4 lors de l'établissement de l'infection au sein de la cellule. Cette observation est pertinente pour les efforts visant à trouver un possible traitement ARV car le maraviroc agit en bloquant ce corécepteur particulier.Les praticiens ont opté pour un traitement comprenant ibalizumab, fostemsavir, maraviroc et enfuvirtide plus 50 mg de dolutégravir 2X/jour. Ce traitement a permis une diminution de la charge virale sans qu'elle ne soit indétectable. Le suivi se poursuit pour observer l'évolution de ce variant.Mais ce qui a le plus surpris et inquiété nos confrères de Toulouse est la possibilité pour ce variant de se transmettre. En effet, ils ont identifié un français de 54 ans vivant avec le VIH depuis 1995 et connu pour une longue histoire d'échecs thérapeutiques. En juillet 2019, il avait une charge virale de 316.000 copies et un compte de CD4 de 205 malgré un traitement établi en fonction de la présence de nombreuses résistances. Sa souche virale était principalement CCR5 mais il avait aussi des variants CXCR4. Il n'est pas étonnant que ce dernier variant soit présent chez le patient de 54 ans, séropositif depuis plus de 25 ans car, avec le temps, la population virale de ces patients au long cours peut se diversifier de telle sorte qu'au moins une partie de celle-ci devienne CXCR4. Ce patient a été placé sous traitement identique que le jeune patient de 23 ans à l'exception du maraviroc, nos confrères considérant que l'efficacité de cette molécule serait compromise par les variants viraux CXCR4 du patient.L'enquête épidémiologique ne montre aucun historique de contacts entre le jeune homme de 23 ans et le patient de 54 ans ce qui laisse supposer que la contamination s'est opérée par des individus intermédiaires.Dans la conclusion de leur lettre, nos confrères toulousains rappellent toute l'importance des réseaux de surveillance épidémiologique composés de virologues, de cliniciens et d'acteurs locaux de la prévention pour empêcher la diffusion de cette souche hautement résistante aux actuels traitements ARV et appellent de leurs voeux l'émergence de nouvelles classes thérapeutiques pour ouvrir des voies de traitement alternatives pour ces souches inquiétantes.Réf: Raymond S. et al. The Lancet, volume 7, août 2020, p529 (correspondance).