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Au-delà de sa valeur scientifique indéniable, l'étude, menée au sein du BREACH, que vous avez eu l'opportunité de présenter lors de l'AFRAVIH est aussi le témoin de la vitalité et de la reconnaissance internationale de la recherche "made in Belgium". Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le BREACH et ses objectifs ?Le BREACH est le résultat d'un effort collaboratif entre les Centres et Laboratoires de référence VIH belges, des groupes de recherche scientifique et des organisations d'intérêt dans le domaine du VIH. Le but est tant de stimuler que de faciliter la recherche tous azimuts en matière de VIH ; qu'il s'agisse d'études cliniques, d'épidémiologie, de santé publique, de recherche fondamentale ou translationnelle, sans oublier l'économie de la santé et ce, aussi bien au niveau national qu'international. L'objectif du BREACH est triple. D'abord, améliorer et maintenir à jour la base de données de la cohorte belge, ensuite, développer et stimuler une approche cohérente de la prévention et du traitement de l'infection par le VIH en Belgique, et enfin, représenter la recherche belge et ses acteurs sur le plan international. Pourquoi mener, en Belgique, une étude en condition de vie réelle sur les nouvelles thérapies 2DR à base de dolutégravir vous est apparu comme important ?Comme avec tout traitement chronique, le praticien VIH est, lui aussi, confronté à une adhérence thérapeutique en dent scie. Or, cette assiduité thérapeutique est primordiale pour le maintien d'une charge virale indétectable et pour ne pas générer de résistances. Avec l'expérience acquise au fil des ans avec les trithérapies classiques, le praticien sait qu'il dispose d'une certaine marge de manoeuvre en cas de moindre adhérence au traitement pour maintenir malgré tout l'efficacité virologique du traitement. Si l'arrivée des 2DR est globalement considérée comme une avancée qui simplifie le traitement antirétroviral, il n'en demeure pas moins que des questions subsistent parfois concernant leur prescription chez des patients moins adhérents : vont ils maintenir leur charge virale indétectable ? ne vont-ils pas développer des mutations de résistance ? Pour répondre à ces questions, il nous a semblé important de mettre sur pied, en Belgique, une étude afin d'évaluer, en condition de vie réelle, l'efficacité, durabilité et la tolérance des 2DR à base de dolutégravir.Quel est le design de cette étude ?Il s'agit d'une étude multicentrique et rétrospective. Cela signifie que nous avons extrait pour analyse toutes les données brutes importantes collectées lors de consultations réalisées dans 10 des centres de référence VIH belges durant la période allant du 01/01/2019 au 30/09/2020. Tout patient vivant avec le VIH, naïf ou prétraité, qui avait reçu au moins une dose de dolutégravir/lamivudine ou de dolutégravir/rilpivirine durant cette période pouvait être inclus dans l'étude. Avec 948 patients qui ont été intégrés, on peut dire que cette étude se démarque d'autres études en vie réelle par le volume de sa population.Quel a été l'impact du COVID-19 sur le déroulement de cette étude ?Une fois le COVID-19 installé et son cortège de restrictions mis en place, la récolte de données est devenue difficile. En effet, les patients ne pouvaient plus se déplacer pour des consultations. Les patients n'ont pas pu ou ont préféré ne pas faire leurs prises de sang (tels que la charge virale, le taux de CD4, etc.) qui sont habituellement effectués avant de consulter leur médecin spécialiste du VIH. Ceci explique en partie pourquoi d'une part, le nombre de patients inclus diminue aux semaines 24 et 48 par rapport au baseline et d'autre part, environ 95% des patients sont prétraités et mis sous 2DR dans le cadre d'un switch. En effet, pour initier un traitement, il est préférable de rencontrer le patient, de l'informer, d'évaluer son ressenti par rapport au diagnostic et au traitement et, bien évidemment, il est crucial de pouvoir suivre l'évolution de sa charge virale. Mais, le bon côté de la médaille est que cette période particulièrement difficile rend l'étude encore plus intéressante. C'est donc bien en vie réelle (et quelle vie ! ) qu'elle s'est déroulée. Un tour de force quand on y repense !Que nous apprend cette étude sur l'efficacité virologique des 2DR à base du dolutégravir ? Sur la population globale de l'étude, on constate un maintien de la charge virale indétectable (< 50 copies/mL) chez 98,3% des patients à 48 semaines de suivi. Ces données sont basées sur une analyse on-treatment (les résultats sont ici évalués sur base du traitement effectivement reçu par le patient). Ces résultats témoignent de l'efficacité des 2DR à base du dolutégravir et donnent confiance surtout si l'on tient compte des conditions difficiles rencontrées lors de cette étude.Qu'en est-il de la tolérance et l'adhérence au traitement ? Les effets secondaires observés sont classiques, ni plus, ni moins différents de ceux constatées lors des études précédentes et ceci est tout à fait rassurant. (1) Les arrêts de traitement sont peu nombreux, 40 en tout et pour tout, soit une incidence de 4,7 pour 100 patients/année. La principale raison évoquée pour interrompre le traitement sont les effets secondaires et, en particulier la neurotoxicité. Il s'agit ici de celle du système nerveux central et non périphérique. A nouveau, je tiens à souligner qu'il n'y a rien de surprenant ou d'inattendu dans ces observations. Ces données sont tout à fait en ligne avec ce que nous savons au travers d'autres études cliniques randomisées (2-4) ou menées en condition de vie réelle (1). Des études en condition de vie réelle, il y en a beaucoup. Quelle est la valeur ajoutée de cette étude Belge ?La plupart de ces études se sont focalisées sur seulement un ou deux critères classiques comme la charge virale, le nombre de CD4, les mutations de résistance, le rapport CD4/CD8, les blips, etc. Avec notre étude, nous sommes plus complets. Nous avons évalué l'ensemble de ces critères et, en plus, nous apportons aussi des données sur la variation de poids, le profil lipidique ou l'hépatite B. Autre différence à prendre en compte, l'importance de la cohorte. Avec près de 1.000 patients inclus, nous sommes très au-dessus des autres essais ce qui donne du poids à nos résultats.Les sociétés savantes internationales, dont l'EACS (5), recommandent les 2DR à base du dolutégravir car elles entre autres simplifient le traitement antirétroviral. Pour vous, que signifie le terme "simplifier" en pratique ? Il signifie, moins de molécules, moins de comprimés et, c'est important, moins de risque d'interactions médicamenteuses et ça, c'est un bon gage pour le futur du patient. Nos patients vieillissent et voient apparaître un certain nombre de comorbidités (cardiovasculaires, pulmonaires,oncologiques, etc.) qu'il faudra aussi traiter. Il est donc important que l'efficacité, tant du traitement antirétroviral que de ses traitements annexes, ne soit pas impactée par des interactions médicamenteuses. Mais une chose est certaine, c'est la puissance du dolutégravir qui a permis cette évolution vers plus de simplicité.Regardez le webinarCliquez ici pour notice scientifiqueRéférences:1. Llibre, JM et al. BHIVA 2022. Poster 0232. Cahn, P et al. AIDS 2022 ; 36(1) : 39?483. Osiyemi, O et al. Clin Infect Dis. 2022 Jan 25 : ciac036.4. Llibre, JM et al. Clinical Infectious Diseases, 2022, ciac130DOVATO is owned by or licensed to the ViiV Healthcare group of companies. 5. EACS Guidelines Version 11.0