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Pour répondre à cette question, nos confrères américains se sont tournés vers les données d'une étude de cohorte prospective actuellement en cours, HIV Outpatient Study, pour déterminer deux profils individuels de facteurs de risque qu'ils ont ensuite utilisé pour estimer l'âge cardiaque des patients vivant avec le VIH. Le premier modèle comprenait les taux de cholestérol, la pression artérielle, la prise de médicaments pour l'hypertension, le diabète, le tabagisme et l'âge. Le second modèle ne faisait, lui, appel à aucune donnée de laboratoire utilisant l'indice de masse corporelle en lieu et place du taux de cholestérol. Les données ainsi collectées concernent 3086 patients porteurs du VIH et fréquentant des centres de référence pour le VIH dans de grands centres urbains américains. Ils étaient âgés entre 30 et 74 ans, sans maladies cardiovasculaires antérieures et la période d'observation s'étendait de 2010 à 2017. Pour les hommes, 53% étaient de race blanche caucasienne et plus de la moitié avait un degré élevé d'études. Le profile féminin de l'étude était un peu différent avec 55% de race noire mais un degré équivalent d'études supérieures. Les résultats montrent que si, en moyenne, les hommes de l'étude avait un âge officiel de 49 ans, leur âge cardiaque estimé via modélisation était en fait de 61 ans, soit un âge cardiaque en excès de 12 ans. Pour les femmes qui avaient un âge officiel identique à celui des hommes, l'âge cardiaque était en excès de 13 ans. L'âge cardiaque a dépassé l'âge chronologique chez 53% des hommes et chez 59% des femmes. On constate que l'excès d'âge cardiaque est le plus élevé chez les sujets âgés de 50 à 59 ans (14 ans pour les hommes et 16 ans pour les femmes) ainsi que chez ceux prenant des statines (15 pour les hommes et 19 ans pour les femmes). Un âge cardiaque excessif est aussi retrouvé chez les personnes sous aspirine, atteintes d'hépatite C ou ayant un niveau d'étude peu élevé.Les femmes présentaient une prévalence plus élevée pour certains facteurs de risque cardiovasculaire, une infection par le VIH plus avancée lors du diagnostic et de la mise sous traitement et un prévalence plus faible de la suppression du virus, autant de facteurs différents qui, pour les investigateurs, expliquent pourquoi les femmes ont un coeur "plus vieux" que les hommes. Pour comprendre l'importance de ces résultats, il est important de rappeler que l'excès d'âge cardiaque, aux USA, est de 8 ans en moyenne pour les hommes et de 5 ans pour les femmes au sein de la population générale ne vivant pas avec le VIH. La conclusion pratique de cette étude est que le coeur de la majorité des patients et surtout des patientes vivant avec le VIH est beaucoup plus âgé et que les facteurs de risque cardiovasculaire doivent être dépistés rapidement et traités de façon proactive. Dans ce cadre, le recours systématique à des calculateurs d'âge cardiaque pourrait optimiser la stratification du risque cardiovasculaire et ainsi faciliter les interventions en faveur des patients vivant avec le VIH.Réf: Thompson-Paul A. et al. AIDS 2019, vol 33, 1935-1942. Consultation en ligne sur le site possible.