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La double peine des femmes séropositives Si nos confrères canadiens ont choisi d'évaluer l'impact des traitements de substitution aux opiacés sur le risque de rebond viral auprès d'un panel exclusivement féminin de 185 consommatrices de drogues injectables suivies sur une période de 11 ans ce n'est, ni par hasard, ni par crainte des foudres des groupies du mouvement #metoo. La raison est à rechercher plutôt dans les résultats de multiples études qui nous enseignent que les femmes vivant avec le VIH qui consomment des drogues injectables sont moins susceptibles que les hommes de suivre de manière optimale leur traitement ARV et donc de maintenir durablement une charge virale indétectable. Parmi les multiples facteurs associés au rebond viral, on retiendra surtout la dépression souvent profonde et chronique, d'autres problématiques de santé mentale, la violence entre partenaires ainsi que le poids de la stigmatisation liée au travail du sexe. Risque de rebond viral divisé par 2Alors que toutes les femmes recrutées dans le cadre de cette étude étaient sous traitement ARV et présentaient une charge virale indétectable lors de leur inclusion, on observe que, sur les onze années de suivi, 34% ont présenté un rebond viral (charge > 1000 copies/ml) au moins une fois. Pour 66%, il s'agit d'un rebond unique alors que pour 25% on dénombre deux épisodes de rebond et, pour 8%, trois. Autre information importante, les femmes recevant régulièrement un traitement substitutif présentaient plus tardivement un rebond viral et étaient plus susceptibles de maintenir une suppression virale constante que les femmes non traitées par substances de substitution. Près de 65% des femmes avec traitement de substitution n'ont pas connu de rebond viral vs 55% de celles sans traitement particulier. Après ajustement pour de multiples facteurs confondants dont la race, l'origine ethnique, l'orientation sexuelle, le niveau d'éducation, l'emploi, l'itinérance, l'incarcération, la prostitution, la consommation de drogues injectables, la survenue d'overdoses, l'excès d'alcool, les abus sexuels, la violence, la charge virale initiale et le nombre de CD4, le seul et unique facteur de protection contre la survenue d'un rebond viral est la prise régulière d'un traitement de substitution au cours des six derniers mois. Pareil traitement réduit ainsi de plus de 50% le risque de présenter un rebond viral. L'ajustement en fonction de l'observance a atténué l'effet du traitement de substitution suggérant ainsi que ce traitement pourrait réduire le risque de rebond en augmentant l'observance thérapeutique. Conclusion de cet essai: instaurer au plus tôt et surveiller au plus près un traitement de substitution aux opiacés chez ces femmes améliore les taux de suppression virale d'où l'importance de prévoir une prise en charge spécialisée de ces addictions au sein même des centres de référence et de suivi du VIH pour améliorer la rétention.Réf: Adams J. et al. TUPDD0105, IAS 2019, Mexico City.