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VIH et rein: une histoire complexeNombre d'études antérieures suggèrent que près d'un tiers des patients vivant avec le VIH pourraient développer une insuffisance rénale au décours de la maladie. Mais, font observer les investigateurs danois dirigés par le Dr Petersen, dans la plupart des cas, ces études avaient inclus un nombre important de patients présentant des facteurs de risque supplémentaires de dégradation de la fonction rénale tels qu'une charge virale toujours détectable, une co-infection par le virus de l'hépatite C, une consommation de drogues injectables ou la race noire. Pour démêler les liens entre infection par le VIH et insuffisance rénale, nos confrères danois ont conçu une étude transversale portant sur des patients caucasiens vivant avec le VIH, traités par antirétroviraux et dont la charge virale était indétectable depuis de nombreuses années. Chaque patient VIH était apparié à 4 personnes de la population générale du même âge et du même sexe afin de constituer le groupe contrôle de cet essai. Le critère principal d'évaluation était de comparer la prévalence de l'insuffisance rénale (taux de filtration glomérulaire estimé < 60ml/min/1,73m2) entre les deux populations. La plupart des patients (89%) étaient des hommes, dont 3/4 d'HSH ou bisexuels, âgés de 51 ans en moyenne, diagnostiqués positifs pour le VIH depuis 14 ans en moyenne, tous traités et présentant une charge virale indétectable. Le nombre médian de CD4 était de 700 cellules. Environ 2/3 des patients prenaient du TDF, une molécule associée à un risque accru d'insuffisance rénale.Concernant les facteurs de risque supplémentaires de dégradation de la fonction rénale, la prévalence de l'HTA était un peu plus faible au sein du groupe VIH (46% vs 57%) mais celle du diabète était équivalente (5% vs 5,4%). VIH et insuffisance rénale: prévalence X 2 et risque X 3Les résultats obtenus montrent que la prévalence de l'insuffisance rénale est deux fois plus élevée chez les patients vivant avec le VIH que chez les témoins (3,7% vs 1,7%, p=0.001). Après élimination de tous les facteurs confondants, on constate que l'infection par le VIH multiplie par un facteur 3 (3,4) le risque de développement d'une insuffisance rénale. Cette augmentation de risque est comparable à l'augmentation observée en cas de diabète (2,9), facteur de risque bien connu de la maladie rénale. Cette étude a aussi permis de mettre en évidence d'autres facteurs de risque au sein de la population VIH comme un âge avancé (risque multiplié par 5 par décennie) et le sexe féminin qui multiplie par cinq ce risque. Important aussi de noter qu'une analyse distincte des patients séropositifs qu'aucun facteur lié au VIH, y compris un traitement au long cours par le TDF, n'était directement associé au risque d'insuffisance rénale. Reste donc à présent à percer le lien encore mystérieux qui lierait infection par VIH même sous contrôle et altération de la fonction rénale.En attendant ces nouveaux développements, la principale conclusion sur le plan pratique et clinique de cette très intéressante d'étude est que l'altération de la fonction rénale, même si elle est relativement rare chez les personnes vivant avec le VIH présentant une charge virale indétectable, demeure une préoccupation majeure qui nécessite une attention et une surveillance constante.Réf: Petersen N. et al. HIV Medicine, consultation en ligne sur le site.