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La série de cas espagnols adressée au Lancet sont issus d'une série de quelques 550 patients admis au service des urgences d'un grand centre hospitalier de Barcelone et présentant des symptômes cliniques ainsi qu'une infection respiratoire confirmés au Covid-19 sur base d'un test virologique et du CT-scan thoracique. Parmi cet échantillon de patients, 5 étaient séropositifs au VIH (0,92%).Les patientsCommençons par la présentation des cinq patients vivant avec le VIH.Il s'agit de 3 hommes et de 2 personnes transgenres âgés de moins de 50 ans et dont le plus jeune avait 29 ans. Un des patients n'était pas diagnostiqué pour le VIH et présentait un taux très bas en CD4 (13 cellules/mm3). Les autres étaient sous traitement antirétroviral au long cours. Leur charge virale était indétectable et le compte en cellules CD4 élevé puisque supérieur à 400 cellules/mm3. Tableau cliniqueTous ces 5 patients présentaient, à l'admission, les symptômes classant Covid-19, toux et fièvre élevée. De plus, 3 patients souffraient aussi d'une dyspnée importante. Parmi ces 5 patients, 2 cas ont été classés d'emblée comme sévères et dirigés vers une unité de soins intensifs. L'un était âgé de 49 ans et un taux en CD4 récent de 445 cellules/mm3. L'autre patient avait 31 ans, n'était pas diagnostiqué positif pour le VIH et son taux de CD4 était d'à peine 13 cellules/mm3.Les deux cas sévères présentaient une pneumonie virale, une saturation en oxygène basse ainsi qu'une lymphopénie sévère. Un patient a nécessité une mise sous ventilation invasive et était toujours hospitalisé après 21 jours. L'autre patient sévère qui est aussi le patient non diagnostiqué VIH positif n'a nécessité qu'une mise sous ventilation non invasive et a pu quitter l'institution après deux semaines d'hospitalisation.Pour les trois autres cas, considérés comme peu sévère, voire bénins, le retour à domicile s'est effectué endéans les 2 à 4 jours après hospitalisation.Traitements administrés Dans un premier temps, les praticiens ont décidé d'ajuster ou de prescrire un traitement antirétroviral basé sur l'association lopinavir/ritonavir ou darunavir/cobicistat chez 4 patients, le dernier étant déjà sous darunavir/cobicistat.Quatre des cinq patients ont aussi reçu un traitement d'appoint du Covid-19 associant hydroxychloroquine et azithromycine. Le cas le plus sévère a aussi bénéficié d'un traitement par interféron bêta-1b pour tenter de contrecarrer la tempête inflammatoire caractéristique des formes très sévères.Notons enfin que le patient qui n'avait pas été diagnostiqué pour le VIH présentait aussi une infection à Pneumocystis jirovecii traitée par cotrimoxazol durant 21 jours suivi d'un traitement de prophylaxie secondaire. On n'a pas observé d'autre infection opportuniste liée au VIH chez les autres patients, tous diagnostiqués et traités de longue date par antirétroviraux.A la recherche des voies d'acquisition Un des patients avait participé à un dîner amical avec une personne, elle aussi diagnostiquée positive au Covid-19. Mais il est difficile de savoir si ce contact était infectant car le dîner est intervenu 5 jours avant hospitalisation et les premiers symptômes classant Covid-19 ont été ressentis 3 jours avant entrée à l'hôpital.Deux autres patients étaient des professionnels du sexe dont l'un avait participé à une séance de chemsex une semaine avant hospitalisation et 4 jours avant apparition des premiers symptômes évoquateurs. Enfin, les deux derniers patients présentaient des risque d'infection liés à une exposition professionnelle. L'un était coach sportif dans une grande salle de Barcelone et le second, aussi le cas le plus sévère de cette série, était un professionnel de la santé.Réf: Blanco JL et al. The Lancet HIV, publication en ligne le 15/04/2020.