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En Europe, un diagnostic sur deux est tardifAfin d'évaluer au plus juste la proportion de patients vivant avec le VIH diagnostiqués tardivement en Europe ainsi que l'impact, à un an, de ce diagnostic tardif sur la santé, les investigateurs de l'étude se sont tournés vers les données cliniques des patients nouvellement diagnostiqués comme séropositifs enrôlés dans deux grandes cohortes, EuroSIDA et COHERE, entre 2010 et 2016 avec un focus tout particulier sur la proportion de patients présentant, à l'inclusion, un status immunitaire particulièrement affaibli, attesté par la présence, au moment du diagnostic, d'un nombre de cellules CD4 inférieur à 350 et/ou d'une maladie définissant le SIDA.Comme il est bien évident que les deux cohortes étudiées n'incluaient pas tous les patients d'un pays diagnostiqués positifs pour le VIH, les investigateurs ont aussi pris en compte le nombre total de diagnostics positifs au VIH posés. Partant de l'hypothèse que les taux de diagnostic tardif étaient les mêmes dans les cohortes prises comme référence et dans la population générale, ils ont alors estimé le nombre de diagnostics tardifs du VIH en Europe occidentale, centrale et orientale.Au total, 39 204 patients nouvellement diagnostiqués séropositifs ont été inclus dans l'étude. Le nombre moyen de cellules CD4 au moment du diagnostic était de 365 cellules soit juste au-dessus du seuil de diagnostic. En tenant compte des patients qui présentaient au moment du diagnostic un nombre de cellules CD4 inférieur à 350 et/ou des signes de maladies définissant le SIDA (sans tenir ici compte du nombre de cellules CD4), on constate que près de la moitié, 48% exactement, des patients enrôlés dans les deux cohortes de référence ont été diagnostiquées tardivement.Europe occidentaleLa grande majorité des patients des cohortes EuroSIDA et COHERE vivaient dans 13 pays d'Europe occidentale (38 511 personnes). Sur l'ensemble de l'Europe occidentale, environ 211 000 diagnostics de VIH ont été posés sur la période 2010-2016. Si le même taux de diagnostic tardif (48%) observé dans les cohortes s'applique à l'ensemble de l'Europe occidentale, on estime qu'un peu plus de 102 000 patients ont été diagnostiqués tardivement pour le VIH.Le cas russeLes cohortes comprenaient également 514 patients nouvellement diagnostiqués dans quatre pays d'Europe orientale (Biélorussie, Estonie, Russie et Ukraine). Compte tenu du très grand nombre de diagnostics de VIH effectués dans l'ensemble de l'Europe de l'Est (786.000) et du taux de diagnostic tardif observé dans cette région au sein de la cohorte (47%), on estime que plus de 370.000 personnes ont été diagnostiquées tardivement durant la période de l'étude dont 249.000 pour la seule Russie ce qui est plus qu'alarmant.Europe centralePour l'Europe centrale, seuls 179 patients nouvellement diagnostiqués ont été inclus en Pologne. Compte tenu des 32 000 diagnostics posés dans cette région et du taux élevé de diagnostic tardif observé (64%) lors de l'étude, on estime à 20 000 les diagnostics tardifs sur l'ensemble de cette région.Impact d'un diagnostic tardif L'étude a également montré qu'un diagnostic tardif pouvait avoir de graves implications en terme de morbidité et de mortalité. Les données d'Europe occidentale ont ainsi montré que, parmi les patients diagnostiqués rapidement, seuls 0,4% ont développé une affection définissant le SIDA ou sont décédées au cours de la première année suivant le diagnostic, une estimation qui passe à 5,1% lorsqu'on examine le groupe des patients diagnostiqués tardivement. Sur base de ces données, on peut conclure que le diagnostic tardif d'une infection par le VIH demeure, encore et toujours, un problème important sur l'ensemble de l'Europe et qu'il engendre un fardeau important en terme de morbidité et de mortalité, une situation qui pourrait cependant être évitée si les patients accèdent au traitement antirétroviral en temps opportun. Des stratégies innovantes, plus strictes et plus exigeantes, couvrant le continuum de la prévention, du diagnostic, du traitement et du maintien sous traitement, sont nécessaires pour surmonter cet obstacle important vers l'objectif 90-90-90.Réf: The Late Presentation Working Groups in EuroSIDA and COHERE, BMC Infectiology, mise en ligne en libre consultation, octobre 2020.