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Une vaste étude en condition de vie réelle Pour les besoins de cette étude, le Dr Laurence Brunet et ses confrères de la société de recherche scientifique privée Epividian ont sélectionné des patients au sein de la cohorte OPERA qui comprend 93.170 personnes vivant avec le VIH fréquentant 84 cliniques dans 18 états américains. Ont été sélectionnés tous les patients passant du TDF vers le TAF entre novembre 2015 et mars 2018 pour lesquels on disposait d'un bilan lipidique complet réalisé endéans les 6 mois avant passage vers TAF ainsi qu'une évaluation lipidique à n'importe quel moment après mise sous TAF (la durée médiane après changement était de 4 mois). Sur les 6.451 patients finalement inclus, 16% étaient des femmes, 33% étaient de race Afro-américaine et 37% étaient hispaniques. A l'inclusion, l'âge moyen était de 48 ans et le nombre de cellules CD4 de 645. La durée moyenne du traitement sous TDF avant permutation était de 2 ans et cinq mois.Des profils lipides moins favorables Premier constat important, toutes les constantes lipides présentent une augmentation suite au passage du TDF vers le TAF. Ainsi, le cholestérol total passe de 4,5 à 4,76 mmol/l (+6%), le LDL-cholestérol de 2,51 à 2,69 mmol/l (+7,2%), les triglycérides de 1,43 à 1,57 mmol/l (+9,8%). Ces augmentations sont cependant contrebalancées par une légère augmentation du HDL-cholestérol de l'ordre de 2,7% puisqu'il passe de 1,16 à 1,19 mmol/l. En moyenne, sur l'ensemble de la cohorte, les taux de cholestérol total et de triglycérides qui étaient classés comme normaux à l'inclusion le sont restés après changement; les taux de HDL-cholestérol qui étaient limite anormaux avant le sont demeurés après changement malgré la petite remontée observée. Par contre, les niveaux moyens de LDL-cholestérol qui étaient classés normaux avant le changement ont été classés comme limite anormaux après changement. Risque cardiovasculaire et prescriptions de statines La proportion de personnes présentant un risque cardiovasculaire élevé (> 7,5% sur 10 ans) a lui aussi augmenté légèrement passant de 29% avant à 31% après changement. Les investigateurs se sont intéressés au taux de patients traités par statines. En effet, pour la prévention primaire du risque cardiovasculaire, ACC et AHA recommandent l'initiation de statines pour les personnes présentant un risque cardiovasculaire élevé, soit > 7,5% évalué sur 10 ans. Dans cette étude, on constate certes une augmentation du nombre de patients à haut risque cardiovasculaire traités par statines dans le cadre de la prévention primaire lequel passe de 31% avant à 41% après ce qui signifie que 59% des patients dont les taux de lipides pourraient être contrôlés par statines en prévention primaire manquent à l'appel. Conclusion Cette étude vient confirmer, sur une vaste population en conditions de vie réelle, ce que de plus petites études avaient mis à jour: passer du TDF au TAF entraîne une augmentation modérée tant des principales constantes lipidiques que du risque cardiovasculaire et favorise le développement de profils lipidiques moins favorables. Elle montre aussi l'insuffisance de la prévention primaire du risque cardiovasculaire sévère par statines lors du passage de TDF vers TAF. Cependant, les investigateurs reconnaissent que le risque clinique de passer de TDF vers TAF est faible et que son véritable impact ne pourra être évalué que via une étude de plus longue durée qui examinera l'impact sur le risque cardiovasculaire à long terme. Ils soulignent également que cette étude ne permet de trancher si les augmentations des constantes lipidiques observées sont dues au fait que le TAF les augmente ou que le TDF les diminue. Cela ne peut être résolu que par une étude plus large avec des bras de patients passant de régimes ne contenant pas de ténofovir à ceux contenant du TAF et des bras de patients passant de régimes contenant du TDF à ceux ne contenant pas de ténofovir. Dans tous les cas, cette étude renforce les preuves selon lesquelles, au moins chez une minorité de patients, le passage du TDF vers le TAF peut ne pas être exempt de risque surtout si ni leur fonction rénale, ni leur statut minéral osseux ne le justifie.Réf: Brunet L. et al. Clinical Drug Investigation, septembre 2021, accès libre sur site web.