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L'OMS a tout récemment recommandé le dolutégravir dans le cadre des schémas thérapeutiques de première et de deuxième intention pour toute personne vivant avec le VIH car il est plus efficace, entraîne globalement moins d'effets secondaires et présente une barrière génétique accrue pour le développement de la pharmacorésistance.Mais, pour les personnes vivant avec le VIH et co-infectées par la tuberculose, des études scientifiques antérieures ont fait craindre une possible interaction médicamenteuse entre le dolutégravir et la rifampicine. Concrètement, pareille combinaison peut entraîner une diminution des concentrations en dolutégravir, ce qui soulève des inquiétudes quant à l'efficacité antirétrovirale et au possible développement de résistances au VIH en raison des faibles concentrations de dolutégravir. C'est pourquoi les directives de l'OMS recommandent un ajustement de la posologie en proposant 50 mg de dolutégravir deux fois par jour (au lieu d'une dose quotidienne unique de 50 mg) dans de tels cas. Du fait qu'il existe peu de données cliniques solides pour soutenir ces recommandations, une équipe d'investigateurs du Botswana a décidé de mener une étude de cohorte rétrospective pour en avoir le coeur net. Les résultats de l'étude établissent l'efficacité et l'innocuité d'un schéma thérapeutique antirétroviral basé sur le dolutégravir pour les personnes vivant avec le VIH et infectés par la tuberculose traitées par un schéma anti-tuberculeux à base de rifampicine. Mieux même, ces résultats montrent que les patients traitées avec un schéma VIH basé sur le dolutégravir présentaient un taux de guérison de l'infection tuberculeuse légèrement supérieure que ceux sous traitement antirétroviral sans le dolutégravir. En outre, cette étude a aussi révélé qu'une dose quotidienne unique de dolutégravir produisait des résultats légèrement supérieurs à ceux d'une dose quotidienne double de dolutégravir en terme de guérison de la tuberculose. Ceci est important car l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande actuellement une double dose quotidienne aux personnes prenant également de la rifampicine. Enfin, concernant l'impact sur la charge virale, les résultats observés sont tout aussi rassurants puisqu'on observe des taux élevés (plus de 92%) de suppression de la charge virale dans toutes les catégories de traitements antirétroviraux. De même, des taux élevés de suppression de la charge virale ont été constatés chez les patients traités par dolutégravir une fois par jour et deux fois par jour. Bien que ces résultats offrent aux cliniciens et aux responsables de la santé publique une réassurance quant à la sécurité des régimes antirétroviraux basés sur le dolutégravir administrés une fois par jour, ils n'ont pas un poids statistique suffisant en raison des limites intrinsèques d'une étude observationnelle pour permettre une modification des recommandations actuelles concernant la prise en charge thérapeutique des patients infectés tant par la tuberculose que par le VIH. De futures études pharmacocinétiques et/ou pharmacodynamiques ainsi que des essais cliniques contrôlés sont donc nécessaires pour confirmer ces premiers résultats.Réf: Modongo C. et al. Journal of AIDS, 2019; 82: 111-115.