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Une étude qui tient la routePour mener cette étude, le Dr Jousaf Hasi et ses collaborateurs de l'Université de West-Virginia ont commencé par examiner les caractéristiques et les données cliniques relatives à plus de 50.000 personnes atteintes de COVID-19 confirmé parmi lesquelles ils ont trouvé 404 patients présentant une co-infection VIH/COVID-19 pour constituer le groupe cible de leur étude. Il s'agit donc là de l'une des plus grandes études sur le sujet qui, de plus, dispose d'une méthodologie robuste comparant directement les taux de mortalité et d'hospitalisations entre personnes séropositives et des témoins séronégatifs étroitement appariés. Les deux critères d'évaluation retenus étaient, d'une part, le taux de décès à 30 jours après diagnostic de la COVID-19 et, d'autre part, le taux d'hospitalisations en raison de l'infection. Les résultats brutesAvant d'aborder les résultats de l'étude dans le détail, quelques données sur les patients séropositifs. Ils étaient âgés de 48 ans en moyenne, 79% avaient déjà suivi un traitement antirétroviral mais seulement 46% étaient sous traitement antirétroviral dans les six mois précédant le diagnostic d'infection par COVID-19. Enfin, 50% étaient des Afro-américains.La première analyse des investigateurs concerne la mortalité à 30 jours. Elle se révèle significativement plus élevée au sein du groupe des patients vivant avec le VIH comparativement au groupe formé par les personnes séronégatives, 5% vs 3,2%, ce qui correspond à une augmentation de 55% du risque relatif de décès en cas de co-infection VIH/COVID-19. Pour ce qui concerne le taux des hospitalisation, là aussi on constate un taux plus élevé chez les personnes vivant avec le VIH, 19% vs 11%, soit une augmentation de 83% du risque d'hospitalisation en cas de co-infection. Voilà pour les données brutes. Mais, constatant que les personnes séropositives présentaient un taux de comorbidités bien plus important que les patients séronégatifs, les investigateurs ont voulu évaluer concrètement l'impact de cet excès de pathologies sous-jacentes sur la mortalité et les hospitalisations. Ce qui nous amène au second volet de cette étude pour lequel les investigateurs ont mis en correspondance chaque personne séropositive avec une personne séronégative présentant des caractéristiques similaires y compris des comorbidités similaires. Impact important des comorbidités sur la mortalitéComparativement aux groupe de personnes séronégatives, les patients vivant avec le VIH traînent en effet un lourd fardeau de pathologies sous-jacentes. Ainsi en est-il de l'obésité (26% vs 21%), de l'HTA (46% vs 28%), des affections respiratoires chroniques (25% vs 16%), de l'insuffisance rénale (27% vs 7%), du diabète (22% vs 15%), des affections cardiovasculaires (14% vs 8%) et du tabagisme (24% vs 7%). Lorsque, en seconde analyse, on apparie une personne séropositive à une personne séronégative ayant une charge identique en comorbidités, on constate que la différence de risque de mortalité entre groupe séropositif et groupe séronégatif cesse d'être significative: 5% vs 3,7% soit une augmentation du risque de décès de 33% en cas de co-infection. Cependant, il est toujours vrai que les personnes vivant avec le VIH sont d'avantage susceptibles d'être hospitalisées en cas de diagnostic de COVID-19, 19% vs 11%, soit une augmentation de risque de 70% en cas de co-infection.Au final, il semble bien que c'est la présence plus élevée de comorbidités chez le patient séropositif qui augmente le risque de mortalité en cas de co-infection par la COVID-19, un constat similaire à celui fait au sein de la population générale infectée par COVID-19.Réf: Hadi Y. et al. AIDS, mise en ligne sur le site, 10/08/2020.