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Le patient séropositif, grand exclu des essais thérapeutiques Contrairement à la population générale où le cancer de l'anus est, in fine, assez rare, les patients vivant avec le VIH en sont bien plus souvent victimes, le facteur de risque principal de ce type de tumeur étant une infection persistante par le virus HPV, une situation clinique particulièrement fréquente au sein de cette population. Sans oublier un autre facteur de risque présent chez les patients séropositifs, l'immunosuppression. Le traitement standard du cancer anal associe radiothérapie et chimiothérapie (5-FU, capécitabine, mitomycine et cisplatine). Dans la population générale, les résultats du traitement sont en général excellents avec un taux de contrôle supérieur à 80%. Pour les patients vivant avec le VIH chez qui le cancer anal est nettement plus fréquent, on ne dispose, paradoxalement, que de bien peu de données concernant tant l'efficacité des traitements que leur risque d'effets secondaires, les patients séropositifs étant toujours relégués dans les groupes d'exclusion des principaux essais qui ont jeté les bases du traitement du cancer rectal. Pour tenter d'évaluer la situation et guider les choix thérapeutiques, une équipe d'investigateurs a procédé à une revue systématique et une méta-analyse d'études portant sur la chimiothérapie et la radiothérapie pour les personnes vivant avec le VIH atteintes d'un cancer de l'anus. Les essais cliniques et les études de cohorte (prospectives et randomisées) étaient éligibles pour l'inclusion dans ce travail. Au total, les investigateurs ont retenu 40 études portant sur 3.720 patients dont plus d'un tiers étaient séropositifs.Cancer anal et VIH: un traitement moins efficace et plus toxiqueDe cette vaste analyse, on retiendra six conclusions importantes.Nécessité d'études centrées sur le patient séropositif Dans leurs conclusions, les investigateurs estiment que leurs résultats ont des implications sur les stratégies thérapeutiques et que les patients vivant avec le VIH devraient recevoir une radiothérapie moins toxique et une chimiothérapie personnalisée. Ainsi, la mitomycine devrait être évitée compte tenu de son risque important de dépression médullaire. Par contre, le recours au 5-FU, à la capécitabine et au cisplatine devrait être favorisé. Dernier point important, le constat dressé par cette analyse pointue est un véritable appel à développer des études spécifiques visant à évaluer les meilleures options de traitement du cancer anal localisé chez les personnes vivant avec le VIH.Réf: Camandaroba MPG et al. Journal of Gastrointestinal Oncology 2019;10:48-60.