...

Une étude solide et réalisteAvant de nous aventurer dans le labyrinthe des chiffres issus de cette analyse, commençons par parler des postulats de départ, garants d'une évaluation solide, sérieuse et réaliste. Ainsi donc, l'analyse suppose que tous les patients seraient traités selon le modèle de prescription qui est le leur en 2016. Les données ont été récoltées via le service informatique ad hoc qui collationne les données anonymes concernant les schémas thérapeutiques prescrits à tous les patients VIH qui reçoivent des soins dans l'ensemble des centres de références, services hospitaliers et cliniques spécialisés dans la prise en charge et le suivi des quelques 85.000 patients que compte actuellement le Royaume-Uni. Les données concernant les coûts des traitements proviennent du British National Formulary (BNF) qui répertorie les prix convenus avec le NHS. Attention cependant au fait que les prix locaux peuvent varier en fonction des contrats passés entre les hôpitaux et les firmes pharmaceutiques. Par conséquent, l'utilisation des données du BNF aura tendance à surestimer quelque peu le prix des produits des molécules originales. Le coût des molécules génériques, dont on ne sait encore rien pour l'heure, ont été estimées à 10% et 50% du prix des originaux. Enfin, les investigateurs ont estimé à 78 ans l'espérance de vie moyenne des patients vivant avec le VIH et en soins (estimation de 2016).Génériques et traitement ARVLe premier scénario examiné concerne l'impact économique du passage des patients VIH traités à des versions génériques dès que ces dernières seront disponibles sur le marché anglais. A l'heure actuelle et en tenant compte de l'inflation, on estime qu'un traitement à vie coûte entre 200.000 et 400.000 £. En supposant que les produits génériques soient adoptés dès leur mise sur le marché, le coût du traitement à vie et par patient tomberait à 73.300£ si la forme générique ne coûte que 10% de l'originale ou à 125.100 £ si le coût du générique n'est divisé que par 2. Dans ces conditions, on peut estimer que le traitement à vie verrait son coût réduit de 40 à 69% selon les bases de calcul. Si tous les médecins persistaient à prescrire des molécules originales après la fin des patentes, le coût du traitement des 85.000 patients vivant avec le VIH entre 2018 et 2033 serait de 10,5 milliards de £. Si seulement 50% des patients passaient aux génériques, le coût durant ces 15 années ne serait plus que de 7,2 milliards de £. Enfin, scénario idéal, si tous les patients passaient immédiatement aux génériques et que ces derniers ne coûtaient plus que 10% du prix des originaux, le coût total du traitement pour les 15 années à venir ne serait plus que de 3,6 milliards de £ soit une économie de près de 7 milliards de £ sur 15 ans. Génériques et PrEPLe second scénario concerne la PrEP. Sa prescription à 50.000 personnes coûterait 21,6 millions de £ par an si les génériques sont à 10% du prix des originaux. Ces dépenses permettraient d'éviter 30 millions de £ de coûts liés aux soins du VIH sur 5 ans et 124 millions de £ sur une vie dans l'hypothèse où cette PrEP permettrait d'éviter 1000 infections.Ne pas rater le train des génériques dès l'entrée en gareCes quelques chiffres et bien d'autres disponibles dans l'étude complète ont amené les investigateurs à recommander de ne surtout pas rater le train des génériques dès son entrée en gare ceci afin de réaliser des économies substantielles. Attention cependant au fait que cette étude comporte des limites dont la principale concerne la très faible proportion de personnes recevant un traitement par inhibiteurs de l'intégrase (moins de 10% des traitements initiaux en 2016 comportaient un inhibiteur de l'intégrase). De plus, la patente des inhibiteurs de l'intégrase court jusqu'en 2027 au moins. Les économies potentielles pourraient donc être moins importantes car les inhibiteurs de l'intégrase dominent actuellement (et pour la décennie à venir) les traitements de première intention sur base des recommandations des sociétés savantes bien que la combinaison d'un inhibiteur de l'intégrase et de produits génériques moins chers puisse compenser cela. Autre obstacle aux économies, une évolution vers des formes injectables de longue durée, la vogue des comprimés à prise unique sans compter de nouveaux produits qui resteraient, eux, brevetés tout au long de la période allant jusqu'en 2033 réduiraient encore un peu plus cette belle perspective d'économies. Réf: Ong KJ et al. HIV Medicine, publication avancée sur le site de la revue, 29/04/2019.