Le développement de traitements antirétroviraux ne nécessitant pas de prise orale quotidienne aura été un des thèmes centraux du congrès 2020 HIV-Glasgow. Plusieurs présentations intéressantes ont porté sur le schéma injectable actuellement le plus avancé, l'association cabotégravir/rilpivirine. Le Pr Chloé Orkin (Queen Mary's University Hospital, London) a présenté les résultats d'une phase d'extension de l'étude FLAIR montrant que l'association cabotégravir/rilpivirine était efficace que les patients aient initié le schéma injectable directement ou qu'ils l'aient pris par voie orale durant 4 semaines avant d'entamer les injections.

Une équipe d'épidémiologistes russes a présenté, lors du congrès virtuel HIV-Glasgow, une très intéressante étude dressant une cartographie détaillée des infections par HPV montrant une prévalence très forte du portage des sous-type HPV oncogènes liée aux pratiques sexuelles ainsi qu'au statut VIH.

A chaque grand congrès sur le VIH, son actualisation des données de suivi des études GEMINI 1&2 et l'édition 2020 du congrès HIV-Glasgow n'a pas manqué à la règle avec la présentation des résultats de suivi à 3 ans lesquels confirment la non infériorité de la thérapie duale associant dolutégravir et lamivudine en traitement d'initiation chez le patient naïf, ce compris en cas de charge virale initiale supérieure à 100.000 copies/ml.

Tous les grands congrès médicaux ne sont pas exclusivement dévolus à la recherche fondamentale et clinique. De nombreux thèmes éthiques, sociétaux ou économiques y trouvent largement place. Le congrès HIV-Glasgow ne fait pas exception à cette règle comme le démontre cette table ronde virtuelle menée par le Dr Catherine Orell (Desmond Tutu Health Foundation, Cape Town) qui a abordé un sujet brûlant, celui de la nette sous-représentation des femmes dans les études cliniques évaluant l'arsenal thérapeutique dévolu à la lutte contre le VIH.

Pour faire face à l'insouciance des vacances, la prescription d'un schéma PrEP limité dans le temps permet d'éviter le risque de contagion pour soi et pour autrui comme le montre une étude américaine menée auprès d'un petit groupe de vacanciers. Mais le plus important dans cette étude vient du constat que 71% des participants ont marqué leur intérêt pour continuer la prise de PrEP après cet essai estival. "L'essayer, c'est l'adopter" et c'est tant mieux !

Publiée dans la revue American Journal of Transplantation, une étude pilote américaine, observationnelle et multicentrique, réalisée en condition de vie réelle constate que la transplantation rénale séropositive tant pour le donneur que pour le receveur est faisable et associée à une excellente survie du patient et du greffon comparable à celle observée lors d'une transplantation classique entre donneur séronégatif et receveur séropositif. Des données qui font naître l'espoir de pouvoir, à terme, gommer certaines disparités flagrantes auxquelles font face les patients vivant avec le VIH comme l'accès toujours réduit à la transplantation et un taux de mortalité plus élevée sur les listes d'attente.

Les personnes vivant avec le VIH co-infectés par le virus de l'hépatite C ne présentent pas de risque accru de complications hépatiques ou de décès par maladies hépatiques après un traitement de l'hépatite C par antiviraux à action directe selon les résultats d'une analyse des données de la cohorte française HEPAVIH menée par un groupe de chercheurs de l'Université de Bordeaux et présentée lors de l'édition virtuelle de l'International Liver Congress (ILC).

Selon les conclusions d'une étude américaine publiée en ligne dans la revue AIDS, les personnes vivant avec le VIH ne présentent pas de risque significativement accru de mortalité par la COVID-19 une fois les comorbidités sous-jacentes prises en compte. Ce n'est donc pas le VIH, per se, qui augmenterait le risque de décès mais bien le fardeau des comorbidités, une situation somme toute identique à celle observée au sein de la population générale non porteuse du VIH. Par contre, même en tenant compte de comorbidités telles que l'obésité, les affections respiratoires et les maladies rénales, les personnes séropositives sont d'avantage susceptibles d'être hospitalisées que les personnes séronégatives.

Lors de l'édition 2020 de l'American Conference for the Treatment of HIV (ACTHIV) les résultats partiels, à 24 semaines, de l'étude STAT ont été présentés démontrant qu'une stratégie Test and Treat de mise sous traitement antirétroviral rapide sur base de la thérapie duale associant dolutégravir et lamivudine est faisable et surtout virologiquement efficace et sûre.

Une enquête, menée auprès de 449 praticiens de 13 pays répartis sur les cinq continents et impliqués dans l'étude de phase III/b ATLAS-2M, montre que l'implémentation d'une nouvelle stratégie de traitement antirétroviral axée sur l'administration de cabotégravir LA est tout à fait possible mais elle devra être accompagnée de recommandations cliniques et opérationnelles ainsi que d'un volet éducatif tant pour le staff médical que pour les patients.

Le suivi sur une longue période, 264 semaines, d'un groupe restreint de patientes ayant pris part à l'étude ARIA nous renseigne sur l'évolution, au fil du temps, de la prise de poids chez des femmes vivant avec le VIH ayant initié une trithérapie comportant du dolutégravir.

Une méta-analyse en réseau réunissant 14 études de phase III/IV et plus de 10.000 patients montre une efficacité virologique et un profil de sécurité d'emploi comparable pour le 2DR associant dolutégravir et lamivudine par rapport aux trithérapies traditionnelles chez des patients naïfs sur une période de 96 semaines.

Les études GEMINI 1 et 2 (initiation du traitement) et TANGO (switch) ont démontré que l'association dolutégravir/lamivudine est tout aussi efficace sur le plan virologique et bien tolérée que les classiques trithérapies de référence. Mais, force est de constater que pour convaincre praticiens et surtout patients de quitter le doux cocon de certitude et de confiance tissé au fil de l'expérience par les trithérapies, il faut disposer d'autres arguments notamment concernant de possibles bénéfices en terme de variation pondérale ou d'amélioration du profil lipidique, deux paramètres importants lors du choix thérapeutique pour une population qui vieillit et est exposée, souvent précocement aux risques cardiovasculaires. Début de réponse avec cette étude présentée à l'IAS 2020.

Comparant une trithérapie classique à une stratégie 2DR associant dolutégravir et lamivudine dans le cadre de la maintenance, l'étude espagnole DOLAM confirme, à deux ans de suivi, l'efficacité du couple dolutégravir/lamivudine dans le cadre du switch avec ceci d'intéressant qu'elle n'a recruté que des patients au profil correspondant aux recommandations internationales pour le passage vers une thérapie 2DR.

Lors du congrès virtuel de l'IAS, le Dr Rebecca Zash (Harvard Medical School) a présenté une actualisation des données de l'étude Tsempo qui surveille l'évolution de la prévalence des anomalies de fermeture du tube neural chez les enfants nés de femmes vivant avec le VIH et traitées au moment de la conception ou en cours de grossesse avec un schéma antirétroviral comportant du dolutégravir. Des résultats en baisse qui devraient plus encore rassurer la communauté scientifique. Comme quoi, il faut toujours laisser du temps au temps!