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L'alpaga pourrait-il sauver le monde de la Covid-19 ? Des scientifiques allemands semblent avoir sérieusement avancé dans cette voie.L'Institut Max-Planck de chimie et de biophysique héberge Britta, Nora et Xenia, trois alpagas élevés pour lutter contre la Covid-19. Comme tous les camélidés, les alpagas ont une particularité: leurs anticorps sont minuscules en taille, beaucoup plus simples dans leurs structures que ceux d'autres mammifères, et ils sont donc plus facile à programmer.Pour générer les nanocorps contre le SRAS-CoV-2, les chercheurs ont immunisé les trois alpagas avec des parties de la protéine de pointe du coronavirus. Les animaux ont ensuite produit des anticorps, et un petit échantillon de sang a été prélevé. Pour les alpagas, la mission était alors terminée, car toutes les autres étapes ont été réalisées à l'aide d'enzymes, de bactéries, de bactériophages et de levures, permettant de sélectionner ainsi les meilleurs nanocorps, avant de tester leur efficacité contre le virus et d'encore les améliorer au cours de cycles d'optimisation successifs.Les mini-anticorps les plus simples développés par l'équipe de Göttingen se lient déjà jusqu'à 1000 fois plus fortement à la protéine de pointe que des nanocorps précédemment isolés. De plus, les mutations portées par les variants Alpha, Bêta, Gamma et Delta ne semblent pas affaiblir cette liaison. Et le potentiel de ces nanocorps peut être décuplé s'ils sont combinés par deux ou par trois.En tandem, deux nanocorps ciblent différentes parties du domaine de liaison au récepteur et, ensemble, ils peuvent lier la protéine de pointe. De tels tandems sont extrêmement résistants aux mutations virales et à la fuite immunitaire qui en résulte.Les triades sont encore plus redoutables. Trois nanocorps à la structure identique mais avec des cibles différentes sont assemblés. Chacun s'attache à l'un des trois domaines de liaison et cela crée une liaison pratiquement irréversible. "Le trio ne permet pas la libération de la protéine S et neutralise le virus jusqu'à 30 000 fois plus qu'avec un nano-anticorps seul," explique Thomas Güttler. Autre avantage, les triades persistent plus longtemps que les nanocorps isolés dans l'organisme avant d'être éliminés par l'urine, ce qui promet un effet thérapeutique plus durable. Que les nanocorps soient seuls, à deux ou à trois, les chercheurs ont aussi découvert qu'ils sont efficaces en très petite quantité pour désarmer l'agent pathogène. S'ils étaient utilisés comme médicament, cela permettrait un faible dosage et donc moins d'effets secondaires et des coûts de production inférieurs.De plus, les scientifiques ont optimisé leurs mini-anticorps pour la stabilité et la résistance à la chaleur extrême. "Ils peuvent résister à des températures allant jusqu'à 95°C sans perdre leur fonction ni former d'agrégats, ce qui les rend faciles à produire, à traiter et à stocker" explique le Pr Matthias Dobbelstein. "En outre, ils sont potentiellement adaptés à l'inhalation et donc à la neutralisation directe du virus dans les voies respiratoires. Et parce qu'ils sont très petits, ils pourraient facilement pénétrer dans les tissus et empêcher le virus de se propager davantage sur le site de l'infection."C'est donc bien l'espoir d'un médicament contre la Covid et ses formes graves que portent ces recherches réalisées sur les alpagas. Impressionnants lors d'expériences in vitro, ces nanocorps doivent à présent faire leur preuve dans des essais cliniques où leur efficacité et leur sûreté seront éprouvées.(référence : The EMBO Journal, 24 juillet 2021, doi : 10.15252/embj.2021107985)