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Le binge drinking, qui consiste à boire une quantité importante d'alcool (au moins cinq verres pour les hommes et 4 pour les femmes sur la base de 14 grammes d'éthanol pur par boisson) en très peu de temps (moins de deux heures), a été défini par le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA) comme un modèle de consommation d'alcool qui porte la concentration d'alcool dans le sang à au moins 0,8 g / litre.Ce agissement qui vise à atteindre un état de "défonce" a marqué une évolution dans la façon de consommer l'alcool depuis une quinzaine d'années. Outre le fait qu'il augmente les comportements dangereux (bagarres, comas éthyliques, accidents de la route, conduites sexuelles à risques ou agressions), il a un effet nocif sur la mémoire, comme le confirme une nouvelle étude réalisée à l'Université de Reims Champagne-Ardenne.Les chercheurs ont recruté 48 étudiants (20 hommes et 28 femmes), âgés de 18 à 25 ans, et les ont classés en deux groupes en fonction de leur manière de consommer de l'alcool au cours de six derniers mois : celui des buveurs excessifs, qui se sont adonnés à un ou plusieurs épisodes de binge drinking par mois, et celui des buveurs sociaux, qui ont connu moins d'un épisode d'alcoolisme massif mensuel. Les groupes ont été appariés selon le sexe, l'âge et le niveau d'éducation. Les scientifiques se sont également assurés que les participants ne rapportaient aucune dépendance à l'alcool, aucun trouble psychiatrique ou neurologique, aucune déficience visuelle et ne prenaient aucun médicament psychotrope. Conformément à ces critères, deux participants ayant déclaré une consommation quotidienne d'alcool ont été exclus des analyses. L'échantillon final était donc composé de 23 personnes dans chaque groupe.Les étudiants ont tous été soumis à un test au cours duquel il leur était demandé d'apprendre par coeur puis de restituer une liste composée de 24 mots cibles appartenant à 24 catégories sémantiques différentes, ainsi que de 24 distracteurs sémantiques (liés sémantiquement aux mots cibles) et 24 distracteurs neutres (non liés sémantiquement aux mots cibles). Pour ne pas nuire à l'expérience, ils avaient préalablement été invités à s'abstenir de boire de l'alcool et de prendre des drogues illicites pendant au moins 24 heures avant la séance.Une différence significative de performance a été notée entre les binge drinkers et les autres, les premiers ayant plus de mal à se souvenir des mots de la liste.Les résultats ont montré que la "cuite express" affecte négativement les processus de la mémoire épisodique verbale, c'est-à-dire le stockage et les souvenirs, ainsi que le suivi des tâches d'apprentissage verbal. De plus, les niveaux d'efficacité de ces processus de mémoire ont été systématiquement associés au nombre d'épisodes d'intoxication au cours des six mois précédents, mettant en évidence le caractère particulièrement nocif des intoxications répétées à l'alcool pour les processus de mémoire. Selon les auteurs, chez les buveurs excessifs, l'échec scolaire pourrait être en partie lié à cet effet néfaste. Ils ajoutent que leurs résultats de leur recherche devraient être utilisés pour développer des campagnes d'information ciblant les étudiants et peut-être aussi entreprendre des interventions de réadaptation chez ceux qui se livrent au binge drinking.(référence : Addictive Behaviors Reports, décembre 2020, doi : 10.1016/j.abrep.2020.100323)