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Récemment, nous avions évoqué la piste prometteuse de la mélatonine, en faisant mention de deux études préliminaires suggérant qu'elle pouvait être considérée comme une option pour la prévention et le traitement du Covid-19, notamment parce qu'elle augmenterait les chances de survie chez les patients intubés. (1) (2)Molécule multitâche, la mélatonine orchestre les réactions de défense de l'organisme en autorisant la croissance, la durée et l'ampleur appropriées des réponses immunitaires innées. Une nouvelle étude confirme les bénéfices qu'elle peut apporter aux patients Covid-19. (3)Lors de précédents travaux sur des rongeurs, le Dr Regina Markus, qui travaille sur la mélatonine depuis les années 1990, et son équipe avaient déjà observé que l'hormone produite la nuit par la glande pinéale dans le cerveau pour réguler les rythmes circadiens peut également être produite dans d'autres organes, comme les poumons et que, dans ce cas, elle modifie les points d'entrée des particules de la pollution atmosphérique. Sur la base de cette découverte, les chercheurs brésiliens ont décidé d'examiner si l'hormone du sommeil peut remplir la même fonction vis-à-vis du SARS-CoV-2, et l'empêcher de se lier au récepteur ACE-2 sur les cellules, de pénétrer dans l'épithélium et d'infecter l'organisme.Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont analysé 455 gènes associés dans la littérature aux comorbidités de la Covid-19, à l'interaction entre le SARS-CoV-2 et les protéines humaines et aux points d'entrée viraux. Ils ont sélectionné 212 de ces gènes pour constituer une signature physiologique de la Covid-19. À l'aide de données de séquençage d'ARN téléchargées à partir d'une base de données publique, ils ont quantifié le niveau d'expression des 212 gènes dans 288 prélèvements de poumons humains sains.Les scientifiques ont ensuite corrélé ces niveaux d'expression génique avec un index génétique qui estime la capacité des poumons à synthétiser la mélatonine (indice MEL), basé sur leur analyse des poumons chez des rongeurs sains. Ils ont constaté que plus l'indice est faible, plus est élevé le niveau d'expression des gènes codant pour les protéines dans des cellules telles que les macrophages qui résident dans le nez et les alvéoles pulmonaires, et les cellules épithéliales tapissant les alvéoles, qui sont toutes des points d'entrée pour le virus. L'indice de mélatonine est également corrélé négativement avec les gènes qui codent les protéines dans le récepteur cellulaire CD147, la passerelle du virus dans les macrophages et d'autres cellules immunitaires. Cela pourrait indiquer que la production normale de mélatonine pulmonaire peut être un protecteur naturel contre le SARS-CoV-2.Cette corrélation négative a été trouvée dans trois tests indépendants : le test de corrélation de Pearson, une analyse d'enrichissement de l'ensemble des gènes et un outil d'analyse de réseau qui cartographie les connexions entre les gènes les plus exprimés.Cette découverte fondamentale, qui doit être validée par des essais précliniques et cliniques, aide à comprendre pourquoi certaines personnes ne sont pas infectées ou ne manifestent pas de symptômes de la Covid-19 même lorsqu'elles sont diagnostiquées de manière fiable comme porteuses du virus par RT-PCR. De plus, étant donné que la mélatonine pulmonaire bloque l'expression de gènes codants pour des protéines servant de points d'entrée viraux dans les cellules hôtes, l'administration nasale de cette hormone, en gouttes ou en spray, pourrait permettre d'éviter que la maladie ne se développe chez les patients pré-symptomatiques. Enfin, le score de l'indice MEL pourrait également prédire quels patients ne développeront pas de symptômes après une infection au SARS-CoV-2.(références :(1) medRxiv, 18 octobre 2020, doi : 10.1101/2020.10.15.20213546,(2) PLOS Biology, 6 novembre 2020, doi : 10.1371/journal.pbio.3000970,(3) Melatonin Research, janvier 2021, doi : 10.32794/mr11250090)