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Afin de prévenir la Covid-19 ou de diminuer la gravité de l'infection due au SARS-CoV-2, des scientifiques s'intéressent à la vitamine D. Ils savent qu'elle joue un rôle important dans la régulation du système immunitaire face aux infections respiratoires et supposent qu'elle peut atténuer la tempête inflammatoire (orage de cytokines) déclenchée par le coronavirus chez les cas les plus graves. Toutefois, malgré plusieurs recherches sérieuses et quelques annonces enthousiastes, les résultats des études cliniques se font attendre et, actuellement, l'OMS ne recommande pas la prise de vitamine D pour lutter contre la Covid-19. (1)En mai dernier, une étude préliminaire (2) réalisée par une équipe de l'université Northwestern a néanmoins permis d'établir que les personnes carencées en vitamine D auraient 15% de risque supplémentaire de développer une forme sévère de la maladie et deux fois plus de risques de décès que les personnes non carencées.Tandis qu'un rapport britannique (3), co-signé par le Pr Roger Bouillon (KULeuven) et publié en juillet, soulignait l'importance de considérer l'apport de vitamine D dans le cadre d'un style de vie sain, plutôt que comme une "formule magique" contre la Covid-19, une étude allemande (4), parue en août, a pour sa part fait le lien entre la carence en vitamine D et l'existence de conditions préexistantes qui peuvent augmenter le risque de complications chez le malade atteint de la Covid-19. Enfin, une étude récente de l'Université de Cordoue en Espagne à laquelle le Pr Bouillon a également participé montre l'intérêt de la vitamine D en supplémentation précoce. (5)Les chercheurs ont suivi 76 patients hospitalisés, atteints de Covid-19 et présentant un tableau clinique d'infection respiratoire aiguë. Cinquante d'entre eux ont été assignés au hasard pour recevoir des comprimés de calcifédiol (ou 25-hydroxyvitamin D, un métabolite principal du système endocrinien de la vitamine D), avec des soins normaux. Vingt-six patients ont été placés dans un groupe témoin qui n'a reçu que des soins standard, pour comparer le traitement.Étant donné que l'essai a été mené il y a plusieurs mois, le protocole de soins standard pour le coronavirus en Espagne était alors une combinaison d'hydroxychloroquine et d'azithromycine. Le calcifediol a quant à lui été administré à fortes doses : 0.532 mg par voie orale le jour de l'admission, puis 0.266 mg le troisième et le septième jours, puis 0.266 mg une fois par semaine jusqu'à la sortie de l'hôpital ou l'admission du patient en soins intensifs le cas échéant.Sur les 50 patients supplémentés en calcifediol, un seul est tombé suffisamment malade pour être admis aux soins intensifs alors que parmi les 26 n'ayant pas bénéficié de la supplémentation, 13 ont dû être dirigés vers les soins intensifs. Le groupe avec vitamine D n'a eu à déplorer aucun décès. Tous ont pu quitter l'hôpital guéris (plus de charge virale détectée) et sans avoir subi de complications. Parmi les 26 non-supplémentés, les 13 n'ayant pas nécessité l'admission en soins intensifs ont tous guéri également, mais des 13 autres envoyés en soins intensifs, deux sont décédés, tandis que les onze autres ont finalement guéri aussi. Selon les auteurs, l'administration d'une dose importante de vitamine D chez des patients Covid-19 vulnérables pourrait diminuer le nombre d'admissions en réanimation. Encourageants, leurs résultats sont cependant encore à prendre avec des pincettes. Des essais plus larges avec des groupes correctement appariés sont requis pour apporter une réponse définitive quant à l'efficacité de la vitamine D pour lutter contre le coronavirus.(références : (1) WHO, Advice for the public,(2) medRxiv, 18 mai 2020, doi : 10.1101/2020.04.08.20058578,(3) BMJ Nutrition, Prevention and Health, 9 juillet 2020, doi : 10.1136/bmjnph-2020-000089,(4) NFS Journal, août 2020, doi : 10.1016/j.nfs.2020.06.001,(5) Journal of Steroid Biochemistry and Molecular Biology, octobre 2020, doi : 10.1016/j.jsbmb.2020.105751)