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La Covid-19 affecte les patients de manière très variable. Au cours de la pandémie, il est apparu que l'âge, le fait d'être un homme et divers antécédents médicaux (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires) constituent des facteurs aggravants. Mais les chercheurs lorgnent aussi du côté de la génétique.C'est ainsi que deux experts des génomes anciens, Svante Pääbo (Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste, Leipzig) et Hugo Zeberg (Institut Karolinska, Stockholm), ont identifié une région génomique venant tout droit de la préhistoire qui accroît les risques de développer une forme grave d'infection due au coronavirus. (1)Pour aboutir à cette conclusion, ils se sont fondés sur deux recherches précédentes. La première (2), dite d'association pangénomique ("genome wide association study") a permis de constater que des variants particuliers de régions des chromosomes 3 et 9 sont plus présents chez les malades ayant une forme sévère de Covid-19.La seconde (3), réalisée par la Covid-19 Host Genetics Initiative, une vaste coopération internationale, visait à élucider le rôle de facteurs génétiques chez l'Homme dans la susceptibilité et la sévérité de l'infection au SARS-CoV-2. En combinant les résultats de huit études totalisant 3 199 cas et 897 488 témoins, ses auteurs ont pu écarter la région du chromosome 9 et par ailleurs confirmer qu'une variante génétique dans une certaine région du chromosome 3 est associée à des formes plus sévères de la maladie.La nouvelle étude révèle que cette zone génétique (haplotype) d'environ 50 000 paires de bases est en fait un héritage reçu de nos cousins néandertaliens. En la comparant avec les génomes néandertaliens disponibles aujourd'hui, Svante Pääbo et Hugo Zeberg ont mis en évidence que cette séquence était déjà présente dans le génome du fossile néandertalien Vindija, qui a vécu dans est l'actuelle Croatie il y a 50 000 ans. Une analyse plus approfondie a montré que ce segment d'ADN nous a été transmis il y a environ 60 000 ans, grâce au métissage, lorsque des Néandertaliens du sud de l'Europe ont rencontré des Homo sapiens.Dans la crise sanitaire actuelle, cet héritage apparaît plutôt comme une mauvaise nouvelle puisque, selon Hugo Zeberg, "aujourd'hui, les personnes qui possèdent ce fragment chromosomique issu du Neandertal sont trois fois plus susceptibles d'avoir besoin d'une ventilation artificielle si elles sont infectées par le SARS-CoV-2."Les scientifiques ont également pu déterminer que l'haplotype incriminé n'est pas distribué de façon homogène à travers le globe. Présent chez 16% des Européens, et touchant à peu près la moitié de la population d'Asie du sud, avec la proportion la plus élevée (63%) au Bangladesh, il est quasiment absent du génome des habitants d'Asie orientale et d'Afrique.Les scientifiques indiquent encore qu'ils ne savent pas actuellement quelles caractéristiques issues de Néandertal confèrent ce risque accru de Covid-19 sévère et si elles sont spécifiques au SARS-CoV-2 ou étendues à d'autres pathogènes.(références : (1) Nature, 30 septembre 2020, doi : 10.1038/s41586-020-2818-3,(2) The New England Journal of Medicine, 17 juin 2020, doi : 10.1056/NEJMoa2020283,(3) Covid-19 Host Genetics Initiative, News, 25 septembre 2020)