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Depuis le début de la pandémie de coronavirus, médecins et chercheurs du monde entier sont à pied d'oeuvre pour trouver un traitement efficace contre la Covid-19 et en particulier contre les formes graves de la maladie. Après tant d'autres résultats peu convaincants avec des molécules repositionnées, l'anakinra, un anticorps de synthèse, pourrait-il changer la donne ?Au terme de réunions multidisciplinaires impliquant rhumatologues, pneumologues, pharmaciens et urgentistes du Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph, le choix de l'anakinra s'est imposé en raison d'une part de son mécanisme d'action qui semble répondre à la physiopathologie de l'orage cytokinique, et d'autre part en raison de sa cinétique d'action rapide, adaptée aux formes cliniques d'évolution ultra-rapide.Le but est d'éviter l'emballement du système immunitaire qui est observé dans les formes les plus graves de pneumonie Covid-19, et qui débouche sur un syndrome de détresse respiratoire aiguë. Plus spécifiquement l'anakinra cible, pour la bloquer, une des cytokines impliquées dans la tempête inflammatoire, l'interleukine-1 (IL-1).L'étude Ana-COVID comprend une cohorte prospective du Groupe Hospitalier Paris Saint-Joseph, constituée de 52 patients, et une cohorte de contrôle historique comptant 44 patients. Tous sont atteints d'une forme grave de Covid-19, avec des symptômes indiquant une détérioration de la fonction respiratoire. Agés d'au moins 18 ans, ils ont été inclus dans l'étude du 24 mars au 6 avril.Les patients du groupe anakinra (cohorte prospective) ont reçu le médicament par injection sous-cutanée (100 mg deux fois par jour pendant 72 heures, puis 100 mg par jour pendant 7 jours) ainsi que les traitements standard de l'établissement à l'époque. Les patients du groupe de référence ont reçu les traitements standard et des soins de soutien. Résultat ? Un quart des patients (13) traités avec l'anakinra ont été transférés en réanimation ou sont décédés, contre près de 72,7% (32) de ceux n'ayant pas eu cette biothérapie. Autrement dit, l'administration de la molécule a permis de diminuer considérablement le nombre de patients qui doivent être intubés aux soins intensifs et de ceux qui sont morts. Par ailleurs, dans le groupe anakinra, une diminution rapide des besoins en oxygène a été également observée au bout de sept jours de traitement. Enfin, le profil de tolérance de l'anakinra a été satisfaisant : une augmentation des aminotransférases hépatiques s'est produite chez sept (13%) patients du groupe anakinra et quatre (9%) du groupe historique, sans conséquence clinique apparente."La décision prise de proposer l'anakinra a rapidement changé le visage de la maladie en salle," explique le Pr Jean-Jacques Mourad pour qui le bénéfice de cette stratégie thérapeutique était "palpable au quotidien".Comme la série est très petite et que l'étude ne comporte pas un groupe auquel on aurait donné un placébo, l'efficacité de la molécule est encore à confirmer."A ce stade, nous sommes convaincus que ce traitement doit être testé sur un plus grand nombre de patients hospitalisés en phase sévère du Covid-19," indique le Dr Gilles Hayem, chef du service de rhumatologie. "Dans l'attente de résultats d'essais contrôlés, l'anakinra donne de l'espoir pour ceux qui sont gravement touchés par la Covid-19," ajoute le Dr Randy Cron. (référence : The Lancet Reumatology, 29 mai 2020, doi : 10.1016/S2665-9913(20)30164-8)