L'arrêt cardiaque est une complication fréquente de l'infarctus du myocarde avec élévation du segment ST ou STEMI (ST Elevation Myocardial Infarction). S'il est établi que l'infarctus myocarde présente un pic durant les premières heures du jour, peut-on en dire autant de l'arrêt cardiaque ?

Plusieurs hôpitaux belges ont participé à une étude dont l'objectif était de répondre à cette question. Elle visait également à circonscrire les caractéristiques des patients STEMI associées au risque d'arrêt cardiaque.

50 centres, 24.164 patients

Les cas de 24.164 patients admis entre 2007 et 2017 dans 50 hôpitaux belges ont ainsi été passés en revue. La proportion de patients avec arrêt cardiaque avant le début du traitement de reperfusion a été définie en fonction du moment où l'événement était survenu, en l'occurrence l'heure de la journée, le mois et l'année. Les investigateurs ont ensuite calculé le risque relatif d'arrêt cardiaque en fonction de différents paramètres cliniques. La durée d'ischémie était définie par le temps écoulé entre l'apparition des douleurs et le diagnostic.

Un rythme circadien atypique

Les résultats montrent que le taux d'arrêt cardiaque chez les patients STEMI est de 10,0%. Il est plus fréquemment observé durant l'après-midi (post meridian) que durant la matinée (ante meridian) (p < 0,0001). Le rythme circadien de l'arrêt cardiaque diffère donc du rythme circadien de l'infarctus, ce qui suggère que les deux événements reposent sur des mécanismes neuro-hormonaux différents. Aucun changement significatif n'a été relevé en termes d'incidence de l'arrêt cardiaque en fonction du mois ou de l'année.

Quels facteurs de risque cliniques ?

Treize paramètres cliniques ont été considérés dans l'appréciation du risque d'arrêt cardiaque et l'analyse multivariée a permis d'identifier les facteurs de risque indépendants suivants : choc cardiogénique (RR = 28), bloc de branche gauche (RR = 3.7), durée d'ischémie courte, soit inférieure à 180 min (RR = 2,2), la survenue de l'infarctus au cours de l'après-midi (RR = 1.4) et une localisation antérieure de l'infarctus (RR = 1.3).

Trois facteurs étaient associés de manière significative à une diminution du risque d'arrêt cardiaque, en l'occurrence un âge plus avancé (RR = 0,6 pour les patients de plus de 75 ans) un faible poids corporel (RR = 0,7 pour les patients pesant moins de 67 kg) et un contexte d'hyperlipémie (RR: = 0,7). Le risque accru de mortalité hospitalière globale est, comme attendu, en cas d'arrêt cardiaque, soit 30% versus 3,7% chez les patients n'ayant pas présenté d'arrêt cardiaque (p <0,0001).

Les questions posées durant la discussion ont concerné les facteurs neuro-hormonaux susceptibles d'expliquer l'asymétrie du rythme circadien. La balance entre le tonus adrénergique et le tonus vagal semble constituer une piste de réflexion. Quant à l'effet protecteur de l'hyperlipémie, il pourrait être lié à une sorte de pré-conditionnement: les conditions plus à risque pourraient favoriser le développement d'une circulation collatérale. Autant de spéculations à vérifier.