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Au congrès de l'Association européenne des managers d'hôpitaux, un orateur évoquait le besoin de la transparence dans le système de santé, " jusqu'à ce que cela fasse mal ". A l'évidence ce n'est pas le cas en Belgique. La ministre De Block a entrepris une réforme des soins de santé, qui au passage forfaitarise une partie des honoraires médicaux et propose une offre médicale basée sur des réseaux.

© Photopqr/populaire Du Centre/maxppp

Les syndicats médicaux, malgré leurs réserves, ont adoptés une attitude très positive et ouverte, et cela en a surpris plus d'un. Ce qui est par contre très surprenant, c'est la résistance observée auprès des autres acteurs dont les hôpitaux et les mutuelles. La peur du changement est un frein bien connu mais il n'y a pas que cela. Comment expliquer les tribunes et émissions au sujet des honoraires médicaux, alors qu'il y a une si grande disparité dans le prix de journée des hôpitaux ? Cette différence dans la facture totale n'est pas visible pour le patient parce qu'elle est directement prise en charge par la sécurité sociale et est donc occultée pour le public.

Au niveau de la gouvernance et du management, à l'ère des partenariats, comment comprendre l'opposition des hôpitaux à la participation des médecins dans les décisions, et ce encore moins quand la médecine évolue vers une transmuralité avec des objectifs de qualité dépendant des résultats cliniques.

Les médecins donnent l'exemple

Les médecins donnent l'exemple, et tendent la main mais la résistance organisée des autres acteurs, hôpitaux et mutuelles, désinforme avec des fake-news qui s'amplifient en période d'élections, en faussant le message vers la population et le politique. Le financement des hôpitaux n'est pas nécessairement insuffisant mais n'est plus adapté à leur activité et doit évoluer. La durée de séjour a diminué et le turn-over est devenu plus rapide, alors que les normes d'encadrement ont un demi-siècle et que le financement des lits hospitaliers est toujours basé sur le " casemix". Mais cette situation ne justifie en rien la confiscation des honoraires médicaux. Les hôpitaux, notamment au sud du pays, ponctionnent une grande partie des honoraires pour couvrir les besoins d'une fuite en avant, d'un gaspillage des ressources, et d'une surenchère de la part des partenaires sociaux. La situation créée est intenable: plus d'actes, plus de suppléments et plus de frais. Faut-il rappeler que le budget des hôpitaux qui s'élevait à 7,9 Mia en 2018 a progressé de 67% depuis 2002? Il est par contre fort variable d'un hôpital à l'autre, et cela crée une concurrence déloyale et biaisée.

Cela est-il encore justifié avec des frais et une activité souvent identiques? Il est temps de changer de modèle et de financer les hôpitaux de façon identique pour des interventions identiques, en excluant les honoraires des médecins, pour comparer le comparable et pouvoir tenir compte des spécificités comme la prévention, les greffes, certaines pathologies, la recherche et l'enseignement. La différenciation est nécessaire pour la réussite des réseaux. La peur de la perte des emplois est aussi irréelle: nous n'avons jamais eu autant besoin de soins (super)spécialisés mais aussi communautaires.

Mutuelles

Les mutuelles qui jouent un rôle important dans le système de santé pourraient profiter de cette occasion pour se redéfinir, notamment en partenariat avec les médecins, pour réussir le défi de la médecine intégrée. Créer une assurance mutuelliste solidaire qui couvre la quote-part grandissante du patient est une bonne chose, mais jouer l'assurance privée pour couvrir les suppléments n'est peut-être pas leur mission la plus noble. Enfin, certains propos agacent et créent un climat délétère, en ciblant le médecin, quand d'autres usent et abusent de leur position pour réclamer des avantages en tout genre.

Les médecins sont victimes de cette désinformation et les patients en sont les otages. Il faut désormais responsabiliser tous les acteurs mais les rassurer aussi, en créant la sécurité nécessaire pour restaurer la confiance, pour que les économies dégagées sur des budgets puissent être investies dans l'innovation et dans la revalorisation des bonnes pratiques. Ce type de mécanismes n'existe pas encore mais devient essentiel pour promouvoir le changement. On observe encore tristement des manoeuvres visant à prendre de l'un pour donner à l'autre. Trust and Share ne sont pas de vains mots.

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