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Pour rappel, l'accord médico-mutualiste 2015 prévoyait une économie de 1% sur l'honoraire des prestations techniques des spécialistes non-accrédités - une mesure d'économie qui aurait dû entrer en vigueur au 1er février.Une alternativeUne telle mesure s'est toutefois avérée impossible à mettre en pratique pour les services administratifs de l'Inami. Pour réaliser une économie de l'ordre de 5,6 millions d'euros, il serait en effet nécessaire de dédoubler plusieurs milliers de codes de nomenclature. C'est pour cette raison que l'Inami a formulé une contre-proposition consistant à réduire de 1% les prestations techniques de tous les médecins en échange d'un forfait d'accréditation revu à la hausse... mais avec des différences d'une spécialité à l'autre, certaines " retouchant " un montant plus important que d'autres, explique le Dr Marc Moens (Absym) (qui n'était pas présent à la médicomut mais suit ce dossier de près). Cela reviendrait à faire d'une pierre deux coups, puisque l'assurance-maladie économiserait ainsi sur le montant restitué tout en lissant les différences de forfait d'accréditation qui existent actuellement entre spécialités.La mesure frapperait l'ensemble des prestations techniques, hors honoraires de consultation, de visite ou de surveillance. Les forfaits de biologie clinique (journée de soins, admission) et d'imagerie* (forfait par admission) resteraient par contre inchangés - tout comme, évidemment, le forfait d'accréditation lui-même. " Ceci concerne la moitié de la masse totale des honoraires médicaux, soit 7,77 milliards d'euros ", précise Marc Moens. " Une baisse de 1% représenterait donc une économie d'environ 38,43 millions. "CompensationC'est évidemment surtout au niveau des spécialistes qui effectuent beaucoup d'actes techniques - radiologues (7,9 millions), anesthésistes (3,7 millions) et cardiologues (2,4 millions) en tête - que la mesure permettrait d'engranger une solide économie. L'Inami a soumis à la commission une série de tableaux calculant la compensation accordée par le biais du forfait d'accréditation. Au final, les anesthésistes perdraient entre 300 et 400 euros, les cardiologues plus de 800 euros et les radiologues plus de 3.500 euros.C'est pour les oncologues radiothérapeutes que le bilan est le moins favorable : en moyenne, la mesure avancée par l'Inami représenterait pour ces professionnels une perte de 4.629 euros. Les anatomopathologistes aussi seraient durement touchés, avec une perte de 2.780 euros. Soulignons néanmoins qu'il ne s'agit ici que de propositions provisoires - ou, pour reprendre les termes du président de la commission, d'une amorce pour lancer la discussion.Encore plus dans le rouge ?Reste que la proposition qui est actuellement sur la table n'est vraiment pas du goût de l'Absym. " Certains spécialistes ont déjà été durement touchés par les mesures d'économies du dernier accord : les radiologues perdent 8,5 millions sur la mammographie, les néphrologues 8,5% sur la dialyse, et les anatomopathologistes aussi enregistrent une sérieuse perte de revenus suite à la décision de ne plus rembourser le frottis cervical que tous les trois ans. "N'oublions pas, en outre, que les paiements à la prestation contribuent à maintenir à flot des services hospitaliers tels que la dialyse, la radiothérapie, la biologie clinique, l'anatomopathologie ou l'algologie... et, si le forfait d'accréditation est bien revu à la hausse, ce montant aboutit évidemment directement sur le compte du médecin. " Les gestionnaires hospitaliers sont concernés au plus haut point par les honoraires des prestations médico-techniques et cette perte de 1% sur une partie de leurs moyens de fonctionnement ne les réjouit absolument pas. Une telle évolution risque d'enfoncer encore plus d'hôpitaux dans le rouge ", conclut le Dr Moens.L'Absym déplore par ailleurs que la nouvelle mesure touche également les généralistes - de façon certes très limitée (la perte serait de 8 euros en moyenne), mais ce n'était absolument pas le but.UniformisationL'Absym a toujours défendu une répartition plus équitable des forfaits d'accréditation. En 2012, un dermatologue accrédité touchait par exemple moins d'un euro de plus pour sa consultation que ses collègues non-accrédités, tandis que la différence dépassait 5 euros chez les cardiologues, gastroentérologues et pneumologues. " L'Absym a demandé que tout le monde soit mis sur le même pied, mais il n'y avait pas à l'époque de moyens financiers suffisants pour gommer ces différences. " Un effort a été consenti pour les seuls dermatologues (la différence entre les honoraires des médecins accrédités et non accrédités atteint aujourd'hui près de 3 euros).Marc Moens rappelle que l'Absym a fait explicitement inscrire dans le nouvel accord la volonté d'uniformiser les forfaits d'accréditation. " Mais pas de cette manière ", souligne-t-il. Il suggère de suspendre temporairement l'introduction de la mesure : " L'Inami a calculé que le budget des honoraires médicaux était dans le vert en 2014, avec un excédent de 214 millions, dont 32 dans le secteur de la biologie clinique et 16 dans celui de la radiologie. "