...

Être plus qu'un simple laboratoire de recherche sur l'autisme, voilà ce que recherche le centre situé sur le campus de l'ULB. Cet espace a une conception architecturale axée spécifiquement sur l'autisme et ses particularités sensorielles et n'a pas d'équivalent en Belgique francophone." Nous sommes une équipe multidisciplinaire axée sur l'autisme qui l'étudie dans toute sa complexité car le spectre de l'autisme est très hétérogène ", explique Mikhail Kissine, le directeur du nouveau centre de recherche. " L'idée de la création du centre est venue de notre équipe car c'était un besoin pour la recherche. De manière générale, pour les études, on a besoin de beaucoup de participants. Il fallait trouver un moyen de faire participer des enfants et des adultes autistes, d'une façon non pesante ni trop difficile pour eux ", ajoute le directeur du centre.Habituellement, les tests se font dans les hôpitaux ou à domicile. Mais cela implique énormément de contraintes. D'autant plus qu'en hôpital, l'environnement s'avère très stressant. " On voulait créer un espace qui soit adapté aux particularités sensorielles des personnes autistes, que cela soit une expérience agréable, la moins stressante possible, pour les participants et les parents. "Le bureau d'architecture Central V+ les a accompagnés dans ce projet. " Les architectes ont discuté de la maquette et du projet avec des adultes autistes, des parents d'enfants autistes et les idées sont venues de ces rencontres. Des idées comme le fait d'avoir les coins arrondis dans les pièces, par exemple ", explique le directeur. Différents éléments sont entrés en compte tels que la lumière. Avoir le plus possible de lumière naturelle est très important, et la lumière artificielle doit être vraiment diffuse. " Dans les pièces centrales, il y a un plafond tendu pour ne pas avoir de la lumière agressive et, évidemment, surtout pas de néons allogènes, qui sont vraiment stressants pour les adultes autistes", pointe Mikhail Kissine.L'acoustique est un autre élément important : " Le bâtiment est un ancien laboratoire de chimie et les plafonds sont élevés. Donc il a fallu travailler sur l'amortissement des sons. "Ce centre est pourvu de salles d'expérimentation et d'observation, mais aussi d'espaces où les participants et leurs familles peuvent évoluer en toute confiance, s'informer et assister à des conférences scientifiques. À l'entrée, deux salles d'attente : l'une est dynamique où les enfants peuvent y jouer et l'autre est plus calme. Et au centre, un igloo : " C'est un espace où un enfant très stressé peut se réfugier. Car c'est un endroit qui est isolé des stimulations extérieures. " explique Mikael Kissine." On aimerait que l'espace recherche soit mis à disposition pour d'autres centres francophones ", confie le directeur du centre. " L'idée serait de fédérer la recherche sur l'autisme en Belgique francophone. " Il s'agit d'un espace à multiples facettes. " C'est également dans ces locaux que se déroule le certificat inter universitaire sur le trouble de l'autisme, un certificat, unique en son genre, qui est fait en collaboration avec toutes les universités francophones. Et puis c'est aussi un lieu où les étudiants autistes de l'ULB peuvent venir se reposer, se ressourcer, étudier et être loin de l'ambiance qui peut être anxiogène pour eux.", ajoute-t-il.L'approche individualisée est très importante pour ce centre. " On voulait avoir un espace qui peut convenir tout aussi bien à un parent qui vient avec son bébé qu'à un adulte de 40 ans qui vient sur le temps de midi. Mais ce centre ne peut recevoir que deux participants maximum à la fois car on recherche une approche individualisée, pour que la personne ait le temps de se sentir à l'aise. " Les participants sont de tout âge en fonction des études. " On a eu une large étude avec de jeunes adultes et une étude qui vient de commencer sur les bébés dans des fratries où un enfant est déjà autiste, par exemple. "" À la base, je suis vraiment intéressé par le langage parce que je suis linguiste ", précise Mikhail Kissine. " Mais cet aspect est une mention centrale pour l'autisme." L'accès au langage est le meilleur prédicateur de l'autonomie. "Environ 60% d'enfants autistes commencent à parler avec un retard considérable, soit généralement entre trois et six ans. Certains d'entre eux vont rattraper ce retard mais d'autres pas. 30% environ n'accéderont jamais au langage verbal alors que certains vont parler mais garderont un déficit linguistique", ajoute le linguiste. Un sujet d'étude très intéressant puisqu'on ne sait toujours pas prédire ce qui fait qu'un enfant autiste parlera ou pas. " Il y a certes des facteurs prédictifs comme le QI non verbal ; s'il y a un déficit intellectuel global, il y a plus de chance que l'enfant reste non verbal. Mais même pour les autres, on ne sait toujours pas expliquer ce qui fait qu'à un moment donné ils se mettent à parler" ajoute-t-il. D'autres sujets hormis la linguistique sont abordés dans ce centre puisque l'équipe est interdisciplinaire. "Il y a une étude sur le sommeil par exemple, et une autre étude en cours sur l'anxiété sociale, dans laquelle on observe le regard du participant et la façon dont il explore le visage de son interlocuteur. On étudie dans ce cas les différents facteurs faisant de l'anxiété ou du stress."La collaboration avec d'autres centres est un élément phare du projet. " Il y a des projets avec la clinique Saint-Luc et l'université de Mons, par exemple. L'autisme est un sujet sur lequel il ne sert à rien de travailler tout seul", conclut le directeur du centre.Carole Stavart