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Notre milieu médico-sanitaire bouge, évolue, innove, se transforme. Et c'est une bonne chose. La santé reste la première préoccupation de nos concitoyens et c'est normal pour un pays développé qui garantit, pour l'essentiel, les besoins primaires comme l'accès à l'eau potable et à l'alimentation. Socialement et financièrement, les médecins sont des privilégiés parmi les privilégiés mais en même temps ils sont parmi les premiers confrontés aux poches de misère qui subsistent, scandaleusement, au sein de notre Etat-Providence. On retiendra à cet égard l'obsession compréhensible des mutuelles et de la ministre de la Santé publique Maggie De Block à vouloir absolument mettre en place le tiers payant social obligatoire pour les quelque 2 millions de Belges les plus nécessiteux. Impératif social pour les organismes assureurs, mauvaise bonne mesure pour les organisations de médecins. Celles-ci rappellent n'avoir pas attendu, ces 15 dernières années, un arrêté royal (et même un vote au Parlement en l'occurrence) pour pratiquer une médecine sociale. L'agenda politique est ce qu'il est et les ministres ont besoin de mesures médiatiquement concrètes. Il eût été trop compliqué de rappeler la liste longue des garde-fous sociaux dans notre pays qui, du Bim au Màf en passant par les maisons médicales, permettent l'accès aux soins à presque tous (quelque 130.000 Belges " seulement " en sont exclus, soit un peu plus d'1 % de la population) même si les reports de soins et d'achat de médicaments pour raisons financières restent hélas d'actualité. L'autre thématique qui a tenu en haleine les commentateurs politiques en santé concerne les postes de garde. La mobilisation a été grande, proportionnelle à l'incompréhension des MG, face aux rabots imposés par le gouvernement, sans concertation. Des corrections ont été apportées in extremis pour calmer la base et permettre de signer sereinement un accord médico-mutualiste pour deux ans. Celui-ci ne contient " que " un milliard d'anciens francs de nouvelles initiatives mais il est riche en propositions, ce qui nous a fait écrire que nous n'avions pas de pétrole mais des idées. Le troisième grand chantier, le plus complexe sans doute, concerne l'évolution nécessaire du financement des hôpitaux. Maggie De Block a avancé. Les médecins spécialistes et les gestionnaires sont demandeurs d'un changement. Le système opaque actuel qui se sert sur les honoraires n'est plus tenable. Mais on attend tout de même la ministre au tournant. En arrière-fond, la révolution informatique reste l'enjeu majeur et continuera d'améliorer la vie des médecins mais aussi de les ennuyer tant, comme le dit très bien Ri De Ridder (page 30 ), les nouvelles technologies semblent toujours vectrices de problèmes plutôt que de solutions. Et le retard belge en la matière devient légendaire. En parallèle, le médecin continue de descendre de son piédestal pour devenir un acteur de soins " ordinaire " bien que sa compétence conserve un caractère extraordinaire. On l'a bien vu lorsque la journée " santé morte " (!) en France a été brutalement interrompue par les attentats du 13 décembre. Avec le massacre de Charlie-Hebdo et de l'hypercasher en janvier et sachant que l'attaque du Bataclan fut conceptualisée en partie en Belgique, on peut dire que c'est de cela hélas dont on se souviendra en 2015. Nonobstant, notre rétrospective tente de résumer les autres enjeux de cette année mémorable, pas seulement en politique de santé mais aussi en médecine. La culture, thermomètre sociétal, n'est pas oubliée grâce à un encadré mensuel. L'objectif de la rétrospective est de vous faire passer un bon moment et vous remettre en mémoire les points les plus importants d'une année qui, comme toutes les autres, a passé trop vite. L'année 2016 promet d'être aussi passionnante que 2015. On l'espère moins dramatique... Nous vous souhaitons une agréable lecture et vous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour la reprise de notre édition hebdomadaire.