Qu'il paraît loin le temps de la salle d'attente pleine, de la poignée de main, de l'accolade ou du bisou de bienvenue pour les petits patients apeurés. Distanciation sociale oblige, chacun invente son langage d'accueil mêlant la parole, le non-verbal, la courtoisie d'ouvrir ou de désinfecter la clenche de porte, l'invitation à s'asseoir devant le plexi comme dans un guichet de poste à l'ancienne. Bien sûr, on s'y habitue et l'écran ne suscite guère de commentaires, mais on ne peut s'empêcher d'évoquer une relation avec préservatif. On se comprend, mais on ne sent rien.

A cette double prise de distance s'ajoute le masque, avec lequel les informations transmises par plus de la moitié du visage deviennent invisibles, que ce soit dans l'expression de nos émotions ou comme support de la communication verbale. La nudité d'un visage possède une puissance insoupçonnée, ponctuant et clarifiant les ambiguïtés du langage, jouant le même rôle dans une conversation que les émoticônes ajoutés dans les échanges de SMS pour signifier que l'on plaisante ou que l'on est surpris, et éviter ainsi les malentendus. Traditionnellement le haut du visage est ce qui scrute et interroge, le bas ce qui parle et communique, dominé par le code du sourire universellement utilisé pour susciter l'apaisement, en dehors même de tout contexte joyeux. Le port du masque, dissimulant tout cela, va nous amener à inventer de nouveaux langages non verbaux, utilisant davantage les mains ou la partie haute de notre figure. Il nous va falloir apprendre à plisser ou écarquiller les yeux, à lever ou froncer les sourcils. On va découvrir qu'un sourire s'exprime aussi avec les yeux.

Cette modification rapide de tout ce qui faisait la liturgie d'une consultation, la main que l'on prend, la chaise qu'on rapproche à vingt centimètres, la voix qui baisse pour dire les choses importantes, l'oreille que l'on tend, le regard qu'on cherche, bref tout ce qui énonce, répète, interroge, suggère, rassure et s'assure d'avoir été bien compris, au moyen de la parole, de la gestuelle des mains, de l'attitude, du sourire ou de la gravité, des ridules du visage qui montent ou s'abaissent, toute cette modification si rapidement survenue risque de perturber la nature de nos consultations plus qu'on l'imagine. Là où on privilégiait la proximité est venue la mise à distance. Totalement inhabituelle, elle peut renforcer le sentiment de peur de l'autre, déjà présent avec l'épidémie et qui a éloigné de nombreux patients de nos cabinets depuis deux mois. Crainte que ne peut que renforcer la fonction de traçage et de filtrage qui nous est imposée depuis peu, altérant fondamentalement la nature de la relation médicale.

Le défi est de taille. Comment réorganiser l'espace de la consultation préservant la sécurité en améliorant la fonction d'accueil, comment réécrire les balises éthiques que nous nous imposerons dans ce qui peut être partagé et ce qui relève de l'intimité, comment faire parler le coeur quand le visage s'estompe, bref comment réinventer l'empathie en période de Covid-19 ? Le pouvoir de transformation induit par un microorganisme inconnu encore en début d'année est décidément stupéfiant.

Qu'il paraît loin le temps de la salle d'attente pleine, de la poignée de main, de l'accolade ou du bisou de bienvenue pour les petits patients apeurés. Distanciation sociale oblige, chacun invente son langage d'accueil mêlant la parole, le non-verbal, la courtoisie d'ouvrir ou de désinfecter la clenche de porte, l'invitation à s'asseoir devant le plexi comme dans un guichet de poste à l'ancienne. Bien sûr, on s'y habitue et l'écran ne suscite guère de commentaires, mais on ne peut s'empêcher d'évoquer une relation avec préservatif. On se comprend, mais on ne sent rien.A cette double prise de distance s'ajoute le masque, avec lequel les informations transmises par plus de la moitié du visage deviennent invisibles, que ce soit dans l'expression de nos émotions ou comme support de la communication verbale. La nudité d'un visage possède une puissance insoupçonnée, ponctuant et clarifiant les ambiguïtés du langage, jouant le même rôle dans une conversation que les émoticônes ajoutés dans les échanges de SMS pour signifier que l'on plaisante ou que l'on est surpris, et éviter ainsi les malentendus. Traditionnellement le haut du visage est ce qui scrute et interroge, le bas ce qui parle et communique, dominé par le code du sourire universellement utilisé pour susciter l'apaisement, en dehors même de tout contexte joyeux. Le port du masque, dissimulant tout cela, va nous amener à inventer de nouveaux langages non verbaux, utilisant davantage les mains ou la partie haute de notre figure. Il nous va falloir apprendre à plisser ou écarquiller les yeux, à lever ou froncer les sourcils. On va découvrir qu'un sourire s'exprime aussi avec les yeux.Cette modification rapide de tout ce qui faisait la liturgie d'une consultation, la main que l'on prend, la chaise qu'on rapproche à vingt centimètres, la voix qui baisse pour dire les choses importantes, l'oreille que l'on tend, le regard qu'on cherche, bref tout ce qui énonce, répète, interroge, suggère, rassure et s'assure d'avoir été bien compris, au moyen de la parole, de la gestuelle des mains, de l'attitude, du sourire ou de la gravité, des ridules du visage qui montent ou s'abaissent, toute cette modification si rapidement survenue risque de perturber la nature de nos consultations plus qu'on l'imagine. Là où on privilégiait la proximité est venue la mise à distance. Totalement inhabituelle, elle peut renforcer le sentiment de peur de l'autre, déjà présent avec l'épidémie et qui a éloigné de nombreux patients de nos cabinets depuis deux mois. Crainte que ne peut que renforcer la fonction de traçage et de filtrage qui nous est imposée depuis peu, altérant fondamentalement la nature de la relation médicale.Le défi est de taille. Comment réorganiser l'espace de la consultation préservant la sécurité en améliorant la fonction d'accueil, comment réécrire les balises éthiques que nous nous imposerons dans ce qui peut être partagé et ce qui relève de l'intimité, comment faire parler le coeur quand le visage s'estompe, bref comment réinventer l'empathie en période de Covid-19 ? Le pouvoir de transformation induit par un microorganisme inconnu encore en début d'année est décidément stupéfiant.