Enfant je rêvais d'être gardien de phare, non pour éclairer la mer mais pour signaler aux marins perdus dans la tempête où ils se trouvaient. Je suis devenu généraliste.

Le Cap Fréhel ne répond plus

Il y a des métiers qui font rêver. Gardien de phare par exemple, dont le dernier a quitté définitivement le Cap Fréhel il y a peu. Il était le dernier maillon humain de l'automatisation des phares de France, sa mise à la retraite ne fit guère de vagues. Cela ferait d'ailleurs une belle histoire à raconter aux enfants, améliorée pour faire joli, d'un gardien de phare oublié sur son île, alors que sa profession a sombré dans l'oubli. Guidant les navigateurs dans la tourmente, assurant avec régularité l'allumage, la surveillance et l'extinction de l'optique, scrutant inlassablement l'horizon maritime et jouant de la corne de brume si les conditions deviennent trop mauvaises. Ce dernier guetteur de l'infini, à l'image rassurante pour les naufragés en puissance, ne constituait sans doute déjà plus qu'un symbole, supplanté par la technique, il y en aura d'autres

Un rêve fragile

Le métier de généraliste continue lui aussi à faire rêver si on en croit les résultats récents du baromètre Covid du 11 février 2021, émis par l'université de Gand, l'UCLouvain et l'ULB. Selon un échantillon de 4.843 personnes, la confiance qu'apporte le grand public envers les acteurs de la pandémie situe le modeste médecin de famille sur la première place du podium suivi par le personnel soignant, les experts et les pharmaciens. Cette image positive se marque tant sur la bienveillance que sur la compétence, bénéficiant de cette échelle humaine qui amène les patients à lui demander conseil en priorité en situation d'incertitude, et la récente pandémie en est une.

Fort bien, mais ne serions-nous pas en voie de devenir nous aussi de mythiques gardiens de phare, dont l'image rassurante se verrait progressivement déshabitée par une automatisation de la fonction, téléguidée par des équipes techniques " basées sur le continent " ? Si la confiance est si forte, comment justifier notre place insignifiante dans la récente campagne de vaccination contre le virus Corona ? Incapables de répondre aux questions de patients âgés non-institutionnalisés quant au planning et aux priorités, aux possibilités de se faire vacciner à domicile s'ils ne peuvent se déplacer, au type de vaccin qui leur sera administré, à la nécessité de maintenir ensuite des règles sanitaires contraignantes, cette mise à l'écart du généraliste de la logistique de distribution ne risque-t-elle pas de compromettre la campagne, et d'altérer la confiance que les patients portent au principe de se faire vacciner ? Partout où quelque chose ne va pas, c'est que quelque chose est trop gros, ou trop loin, ou mal expliqué. Il est encore temps de rectifier l'orientation.

Enfant je rêvais d'être gardien de phare, non pour éclairer la mer mais pour signaler aux marins perdus dans la tempête où ils se trouvaient. Je suis devenu généraliste.Il y a des métiers qui font rêver. Gardien de phare par exemple, dont le dernier a quitté définitivement le Cap Fréhel il y a peu. Il était le dernier maillon humain de l'automatisation des phares de France, sa mise à la retraite ne fit guère de vagues. Cela ferait d'ailleurs une belle histoire à raconter aux enfants, améliorée pour faire joli, d'un gardien de phare oublié sur son île, alors que sa profession a sombré dans l'oubli. Guidant les navigateurs dans la tourmente, assurant avec régularité l'allumage, la surveillance et l'extinction de l'optique, scrutant inlassablement l'horizon maritime et jouant de la corne de brume si les conditions deviennent trop mauvaises. Ce dernier guetteur de l'infini, à l'image rassurante pour les naufragés en puissance, ne constituait sans doute déjà plus qu'un symbole, supplanté par la technique, il y en aura d'autresLe métier de généraliste continue lui aussi à faire rêver si on en croit les résultats récents du baromètre Covid du 11 février 2021, émis par l'université de Gand, l'UCLouvain et l'ULB. Selon un échantillon de 4.843 personnes, la confiance qu'apporte le grand public envers les acteurs de la pandémie situe le modeste médecin de famille sur la première place du podium suivi par le personnel soignant, les experts et les pharmaciens. Cette image positive se marque tant sur la bienveillance que sur la compétence, bénéficiant de cette échelle humaine qui amène les patients à lui demander conseil en priorité en situation d'incertitude, et la récente pandémie en est une.Fort bien, mais ne serions-nous pas en voie de devenir nous aussi de mythiques gardiens de phare, dont l'image rassurante se verrait progressivement déshabitée par une automatisation de la fonction, téléguidée par des équipes techniques " basées sur le continent " ? Si la confiance est si forte, comment justifier notre place insignifiante dans la récente campagne de vaccination contre le virus Corona ? Incapables de répondre aux questions de patients âgés non-institutionnalisés quant au planning et aux priorités, aux possibilités de se faire vacciner à domicile s'ils ne peuvent se déplacer, au type de vaccin qui leur sera administré, à la nécessité de maintenir ensuite des règles sanitaires contraignantes, cette mise à l'écart du généraliste de la logistique de distribution ne risque-t-elle pas de compromettre la campagne, et d'altérer la confiance que les patients portent au principe de se faire vacciner ? Partout où quelque chose ne va pas, c'est que quelque chose est trop gros, ou trop loin, ou mal expliqué. Il est encore temps de rectifier l'orientation.