Y aura-t-il un été cette année? Alors que fleurissent les crocus et les jonquilles, Cécilia, 6 ans, s'inquiète de n'avoir encore rien entendu de son royaume en bord de mer. La pelle et les seaux de plage s'impatientent, il faudrait racheter un nouveau maillot, et tout ce qu'on lui répond est que les chiffres ne sont pas bons, qu'il faut attendre. Elles sont graves les grandes personnes cette année.

Les saisons de l'enfance

C'est une sorte de rituel. Après la pub des bons ours, d'Aldi et des Agences de papa, avant de plonger dans le sommeil, chaque soir vient l'heure de se rappeler les vacances des années passées : Oléron (photo), Castellane, Erquy, Texel. Tu racontes, papa ? Sel sur les lèvres, soleil sur les bras, crabes dans l'épuisette, rien ne tranquillise mieux qu'une image heureuse qui se répète d'année en année et on s'endort aussitôt. Mais rien n'est plus fragile qu'un gosse qui demande sa petite histoire. Le peu d'années qu'ils ont en mémoire leur font ressentir avec acuité que quelque chose, cette année, échappe à la norme. Ils ont assimilé sans problème qu'on se lave les mains à l'alcool à l'entrée et à la sortie des classes, qu'on porte le masque, qu'on ne s'embrasse plus guère, mais pourquoi les parents ne partent-ils plus au bureau le matin alors qu'eux partent pour l'école ? Pourquoi y a-t-il ce matin des jonquilles, des oeufs à Pâques, des muguets en mai et n'y aurait-il pas de châteaux de sable en été ? Comme le suggère Paolo Rumiz[1], leur problème c'est : que va-t-il se passer demain ? N'ayant pas de lointains souvenirs pour les ramener à des temps normaux, ils se demandent si le caractère exceptionnel du temps présent ne va pas devenir définitif.

Le privilège des tout jeunes

Et puis il y a ceux qui sont nés durant la pandémie, ou juste avant, et pour qui l'anormal est normal. Notre dernier petit-fils, 18 mois, a tellement bien assimilé les gestes barrières lors de sa fréquentation de la crèche qu'il nous tend le poing fermé pour toucher le nôtre en guise de bonjour ou d'au revoir. C'est mignon, et le sourire qu'il arbore dénote bien l'absence totale de frustration ou de souffrance, peut-être serions-nous bien inspirés de nous en imprégner.

Carl Vanwelde

[1] Paolo Rumiz. On dirait que l'aube n'arrivera jamais. Arthaud. 2020.

Y aura-t-il un été cette année? Alors que fleurissent les crocus et les jonquilles, Cécilia, 6 ans, s'inquiète de n'avoir encore rien entendu de son royaume en bord de mer. La pelle et les seaux de plage s'impatientent, il faudrait racheter un nouveau maillot, et tout ce qu'on lui répond est que les chiffres ne sont pas bons, qu'il faut attendre. Elles sont graves les grandes personnes cette année.C'est une sorte de rituel. Après la pub des bons ours, d'Aldi et des Agences de papa, avant de plonger dans le sommeil, chaque soir vient l'heure de se rappeler les vacances des années passées : Oléron (photo), Castellane, Erquy, Texel. Tu racontes, papa ? Sel sur les lèvres, soleil sur les bras, crabes dans l'épuisette, rien ne tranquillise mieux qu'une image heureuse qui se répète d'année en année et on s'endort aussitôt. Mais rien n'est plus fragile qu'un gosse qui demande sa petite histoire. Le peu d'années qu'ils ont en mémoire leur font ressentir avec acuité que quelque chose, cette année, échappe à la norme. Ils ont assimilé sans problème qu'on se lave les mains à l'alcool à l'entrée et à la sortie des classes, qu'on porte le masque, qu'on ne s'embrasse plus guère, mais pourquoi les parents ne partent-ils plus au bureau le matin alors qu'eux partent pour l'école ? Pourquoi y a-t-il ce matin des jonquilles, des oeufs à Pâques, des muguets en mai et n'y aurait-il pas de châteaux de sable en été ? Comme le suggère Paolo Rumiz[1], leur problème c'est : que va-t-il se passer demain ? N'ayant pas de lointains souvenirs pour les ramener à des temps normaux, ils se demandent si le caractère exceptionnel du temps présent ne va pas devenir définitif.Et puis il y a ceux qui sont nés durant la pandémie, ou juste avant, et pour qui l'anormal est normal. Notre dernier petit-fils, 18 mois, a tellement bien assimilé les gestes barrières lors de sa fréquentation de la crèche qu'il nous tend le poing fermé pour toucher le nôtre en guise de bonjour ou d'au revoir. C'est mignon, et le sourire qu'il arbore dénote bien l'absence totale de frustration ou de souffrance, peut-être serions-nous bien inspirés de nous en imprégner.Carl Vanwelde[1] Paolo Rumiz. On dirait que l'aube n'arrivera jamais. Arthaud. 2020.