Nonagénaire alerte, nul n'est à l'abri d'une chute et d'une fracture du bassin. De la salle d'urgence à la maison de repos éloignée de son domicile mais proche de ses enfants, la décision est rapidement tombée. Ce sera plus prudent, plus confortable, rassurant pour tous, et les visites familiales compenseront le regret d'une maison chérie. On était le 1er mars, et nul ne soupçonnait l'orage.

Confinée dans sa chambre de pensionnaire, à la merci d'un virus dont elle épelle le nom avec un soin d'enseignante, adieu visites, adieu repas communautaires, adieu projets de promenades dans le parc proche, patience du temps et résignation sont au seul programme. Le plus dur est à venir. Un frottis de dépistage positif l'isole encore davantage, l'espace de liberté se restreint avec la chambre qui change, la confinée devient pestiférée, seule contaminée dans une maison de repos miraculeusement préservée. Second frottis, nouvelle désillusion, plus positive que jamais. C'est ainsi qu'on meurt à petit feu.

La décision de rentrer chez elle a été mûrement soupesée, à son âge la vie n'est souvent qu'un choix entre deux mauvais risques, et le médecin un expert en art du possible. Une demi-journée suffit pour retrouver une maison familière, le fauteuil large aux accoudoirs généreux, le chat à la mémoire longue, l'équipe infirmière qui se réjouit de la reprendre en charge, les cloches de la collégiale lui envoyant l'angélus, l'odeur du pain frais de la boulangerie proche. Un troisième frottis revient négatif et la réintègre définitivement dans le monde des vivants. " Sincèrement, cette maison de repos c'était trop tôt pour moi docteur, dans quelques années peut-être, mais pour le moment j'ai encore trop à faire. " Il existe donc une vie après le Covid-19, et après la maison de repos.

Dr Carl Vanwelde

Nonagénaire alerte, nul n'est à l'abri d'une chute et d'une fracture du bassin. De la salle d'urgence à la maison de repos éloignée de son domicile mais proche de ses enfants, la décision est rapidement tombée. Ce sera plus prudent, plus confortable, rassurant pour tous, et les visites familiales compenseront le regret d'une maison chérie. On était le 1er mars, et nul ne soupçonnait l'orage.Confinée dans sa chambre de pensionnaire, à la merci d'un virus dont elle épelle le nom avec un soin d'enseignante, adieu visites, adieu repas communautaires, adieu projets de promenades dans le parc proche, patience du temps et résignation sont au seul programme. Le plus dur est à venir. Un frottis de dépistage positif l'isole encore davantage, l'espace de liberté se restreint avec la chambre qui change, la confinée devient pestiférée, seule contaminée dans une maison de repos miraculeusement préservée. Second frottis, nouvelle désillusion, plus positive que jamais. C'est ainsi qu'on meurt à petit feu.La décision de rentrer chez elle a été mûrement soupesée, à son âge la vie n'est souvent qu'un choix entre deux mauvais risques, et le médecin un expert en art du possible. Une demi-journée suffit pour retrouver une maison familière, le fauteuil large aux accoudoirs généreux, le chat à la mémoire longue, l'équipe infirmière qui se réjouit de la reprendre en charge, les cloches de la collégiale lui envoyant l'angélus, l'odeur du pain frais de la boulangerie proche. Un troisième frottis revient négatif et la réintègre définitivement dans le monde des vivants. " Sincèrement, cette maison de repos c'était trop tôt pour moi docteur, dans quelques années peut-être, mais pour le moment j'ai encore trop à faire. " Il existe donc une vie après le Covid-19, et après la maison de repos.Dr Carl Vanwelde