Le temps presse, d'autres patients attendent, je remplis la demande presto et déballe l'écouvillon, ajuste le masque et la visière, enfile les gants, installe l'enfant avec toutes les précautions d'usage, lui explique qu'il s'agit d'une petite formalité de rien du tout, indolore, juste un peu désagréable, qu'elle est une grande fille, que c'est pour son bien, bref l'habituel boniment du camelot qui souhaite que l'affaire se fasse vite et bien.

C'est à ce moment précis que la situation devient intéressante. On est dans la vraie vie face à de vrais patients, et la petite dit non. Elle a déjà subi un frottis il y a deux mois, ne lui racontez pas de fadaises, et c'est non. Au cas où vous n'auriez pas tout compris, elle déchire le papier soigneusement et le jette sous le bureau. Affolement du papa, qui lui explique la chose dans sa langue, appelle la maman qui entre dans la négociation par smartphone interposé, nous supplie du regard de prendre une position ferme, comme on le fit au centre de tests la première fois, allez ce n'est qu'un mauvais moment à passer et youpla que je t'enfourne. Pas la peine, l'effet de surprise cela ne marche qu'une fois, surtout pour les mauvais souvenirs.

La petite a gardé soigneusement le masque, et croise maintenant les mains sur son nez, intraitable. Le temps long s'égrène, volontairement paisible, cela prendra le temps qu'il faut, et peut-être même jamais. Je m'assieds à côté d'elle, lui place l'écouvillon dans les mains, suggérant qu'elle commence par se faire un frottis de gorge elle-même, puis dans les narines à profondeur raisonnable. Je n'ai nulle envie de vous faire part de la fin de l'histoire, laissant à chacun le soin d'imaginer la sienne propre.

Mais subsiste la leçon : nous avons la chance de nous insérer dans une culture où une petite patiente, quels que soient les impératifs sanitaires, les mauvaises courbes, les consignes de la médecine scolaire, le souci de protéger la société et ses grands-parents, garde le droit de dire non à un test qu'elle estime invasif. Et j'apprécie d'exercer une profession qui jalonne mes journées d'interrogations éthiques qui ne soient pas désincarnées.

Dr Carl Vanwelde, médecin généraliste

Le temps presse, d'autres patients attendent, je remplis la demande presto et déballe l'écouvillon, ajuste le masque et la visière, enfile les gants, installe l'enfant avec toutes les précautions d'usage, lui explique qu'il s'agit d'une petite formalité de rien du tout, indolore, juste un peu désagréable, qu'elle est une grande fille, que c'est pour son bien, bref l'habituel boniment du camelot qui souhaite que l'affaire se fasse vite et bien.C'est à ce moment précis que la situation devient intéressante. On est dans la vraie vie face à de vrais patients, et la petite dit non. Elle a déjà subi un frottis il y a deux mois, ne lui racontez pas de fadaises, et c'est non. Au cas où vous n'auriez pas tout compris, elle déchire le papier soigneusement et le jette sous le bureau. Affolement du papa, qui lui explique la chose dans sa langue, appelle la maman qui entre dans la négociation par smartphone interposé, nous supplie du regard de prendre une position ferme, comme on le fit au centre de tests la première fois, allez ce n'est qu'un mauvais moment à passer et youpla que je t'enfourne. Pas la peine, l'effet de surprise cela ne marche qu'une fois, surtout pour les mauvais souvenirs.La petite a gardé soigneusement le masque, et croise maintenant les mains sur son nez, intraitable. Le temps long s'égrène, volontairement paisible, cela prendra le temps qu'il faut, et peut-être même jamais. Je m'assieds à côté d'elle, lui place l'écouvillon dans les mains, suggérant qu'elle commence par se faire un frottis de gorge elle-même, puis dans les narines à profondeur raisonnable. Je n'ai nulle envie de vous faire part de la fin de l'histoire, laissant à chacun le soin d'imaginer la sienne propre.Mais subsiste la leçon : nous avons la chance de nous insérer dans une culture où une petite patiente, quels que soient les impératifs sanitaires, les mauvaises courbes, les consignes de la médecine scolaire, le souci de protéger la société et ses grands-parents, garde le droit de dire non à un test qu'elle estime invasif. Et j'apprécie d'exercer une profession qui jalonne mes journées d'interrogations éthiques qui ne soient pas désincarnées.Dr Carl Vanwelde, médecin généraliste