Mais comme souvent il y a un effet d'annonce et de choc voulu par les mutuelles. On parle de 36% des consultations qui ont des suppléments mais si l'on exclut les arrondis, il s'agit de 23% chez tous les prestataires de soins. Par contre on ne dit pas que les honoraires des médecins ont augmentés très faiblement ces dernières années, alors que les salaires réels en Belgique ont progressé de plus de 6% entre 2016 et 2018.

Restons aussi raisonnable : le supplément moyen est de 6 euros pour le MG et de 13,8 euros pour le MS, ce qui reste largement en dessous des 29 euros pour les dentistes et les kinés, et largement en dessous du paiement de toute prestation d'un indépendant en Belgique. Cela reste aussi largement insuffisant pour assurer une rémunération correcte des prestations compte tenu des années d'études, de l'expertise, de la formation et surtout du temps que le patient souhaite avoir avec son médecin.

Rappelons aussi que le respect du statut et des accords tarifaires a été fragilisé par l'interdiction des suppléments en chambre à 2 lits. En effet nous en sommes arrivés au point où, dans le secteur hospitalier les médecins conventionnés facturent 56% des suppléments et 80% des suppléments en ambulatoire sont attestés chez le médecin NC.

Assureur privé

L'étude précise aussi que les 290 millions d'euros s'ajoutent au ticket modérateur (TM), TM qui reste élevé et qui n'est pas du fait du médecin (le TM moyen est de 5,5 euros chez le MG conventionné). Il est d'ailleurs reconnu qu'en Belgique la quote-part du patient est élevée (une partie importante de non-remboursable, hors suppléments). Si cela justifie la couverture de ces frais par les complémentaires mutualistes, nous avons difficile à comprendre leur rôle d'assureur privé.

Le médecin a aussi l'obligation d'afficher son statut social, et cette transparence vis-à-vis du patient devrait permettre à ce dernier de choisir son médecin et cette protection est à notre sens suffisante et ne justifie pas des limitations des suppléments ou des tarifs préférentiels.

Etonnement, l'étude montre que le volume de travail des médecins NC en ambulatoire est supérieur au autres, ce qui prouve que le prix n'est pas le frein pour le patient quand il est satisfait du service et du soin qui lui est rendu. (17 % de Spécialistes NC font 48% de l'activité).

Liberté de choix

Au final, ces chiffres nous rappellent que notre système offre une liberté de choix pour le patient mais aussi pour le médecin. Solidaris plaide pour que la norme de croissance soit relevée à 3%, et que cela soit préférentiellement attribué aux prestataires conventionnés mais en réalité il faudrait probablement augmenter de 25% à 50% la valeur des honoraires pour tous les médecins. Ceci peut être partiellement atteint en interdisant les prélèvements sur les honoraires, pratique devenue fort courante dans les institutions de soins qui doivent faire face à des dépenses et des revendications sociales et salariales continuellement revues à la hausse.

Ce qui est regrettable par contre c'est de forcer les médecins à appliquer des tarifs obligatoires et sous évalués, sans tenir compte de la valeur du travail. Avec une ambition de contrôle absolu sur tous les honoraires, même ceux qui sont supposés être libres, les contraintes mises en place amèneront tôt ou tard à une rupture.

Solidaris plaide pour que les mutuelles et les prestataires gardent l'ambition de garantir l'accessibilité aux soins de santé. C'est notre devoir et notre rôle de médecin. Cependant, le médecin ne peut plus être systématiquement pointé du doigt quand des dérapages graves, avec une surconsommation réelle existent ailleurs et dans d'autres secteurs.