Or, face aux cris de la rue, le PTB a déposé un amendement visant à créer un fonds "blouses blanches", ce qui, au-delà des problèmes juridiques, pose problème dans la conception de la valorisation du travail. Il apparaît clairement "qu'il est primordial de mener une politique de ressources humaines qualitative pour soutenir le personnel soignant et surtout le retenir dans l'institution" (cf. jdM n°2593). Par conséquent, ce type de proposition, ne fait qu'accentuer une linéarité du traitement et de la distribution des salaires qui n'est ni demandée ni souhaitable. L'impôt n'est pas linéaire et à juste titre il n'est pas logique de continuer à offrir les mêmes avantages à tous. Il faut rémunérer, voire mieux rémunérer, le mérite objectivable, la compétence et la charge de travail.

La valorisation et le bien-être au travail ne sont d'ailleurs pas uniquement liés à la rémunération. Assurer ce bien être est aussi fondamental par l'implication, la responsabilisation mais aussi dans l'encadrement adéquat, afin de faire correspondre le nombre de soignants à la charge de travail réelle. Pourtant, plusieurs sources montrent qu'en Belgique le nombre de soignants est plus important que celui des pays avoisinants mais encore une fois les données brutes ne reflètent pas la réalité du terrain et ne permettent pas des comparaisons utiles puisque le nombre de patients par soignant ne tient pas compte de la complexité des pathologies ou du traitement (par ex. dans le cadre du shift ambulatoire, des soins en chirurgie de jour, impliquant un turn-over rapide des patients et une prise en charge de patients de plus en plus complexes- devenue possible grâce aux progrès de la chirurgie et de l'anesthésie, créent une charge de travail plus importante).

Le nombre de soignants par lit n'est pas un indicateur suffisamment normalisé non plus puisqu'il ne tient pas compte du type de lits : aigu, chronique, en MRS ou à domicile. Il faut donc pour comparer, tenir compte des indices de lits mais aussi du profil en besoin des soins et des pathologies des patients.

Il est plus que temps de mettre un terme à la rémunération indexée tenant compte d'une ancienneté systématique.

Il est aussi plus que temps de mettre un terme à la rémunération indexée et tenant compte d'une ancienneté systématique sans pouvoir rémunérer correctement les compétences particulières, la qualité et la charge réelle du travail. Il n'est pas équitable de prétendre aux dispenses de prestations et aux récupérations des heures pour tous alors que sur le terrain certains assurent un travail " de bureau " quand d'autres prestent des heures tardives ou prolongées au chevet des malades, ou développent des compétences utiles sans être valorisés.

Dans une récente analyse, Advisory Board montre qu'il y a un déficit du nombre de soignants dans tous les pays développés, ce chiffre allant jusque 150 ETP par 100.000 habitants en Belgique (ce qui reste inférieur aux chiffres des pays avoisinants) alors que le nombre de diplômés augmente, et cela à cause de la complexité croissante des soins. Advisory Board se penche aussi sur la formation et l'adéquation des compétences (nombre d'ETP x niveau d'expérience) à la complexité grandissante des soins. Il est reconnu que les compétences acquises sont de plus en plus difficiles à transmettre parce que le nombre de soignants expérimentés diminue car ils préfèrent s'orienter vers d'autres tâches -administratives- ou quitter le secteur. Advisory Board préconise un échelonnement pyramidal dans les équipes pour la transmission du savoir des experts vers les compétents et vers les moins expérimentés par le biais de la constitution d'équipes fonctionnelles de 7 personnes, avec comme objectif de veiller à ce que l'encadrement optimal soit toujours assuré et balancé dans l'expertise (des plus et des moins).

Système de bonus

Au final, à l'instar de ce qui a été fait à l'UZA -et dont le JdM a fait l'écho-, un système de monitoring de la satisfaction et un système de bonus, ont été introduits pour motiver les équipes - infirmiers, médecins, employés administratifs- à s'impliquer dans des projets innovants. Ces systèmes de bonus devraient être possibles mais cela ne peut se faire sans rendre un peu de liberté aux gestionnaires des hôpitaux : il faut un peu plus d'autonomie avec plus de responsabilisation. De ce fait, la forfaitarisation du financement des hôpitaux par pathologie et en fonction de la qualité sont des voies qui méritent d'être soutenues.

Les médecins demandent également que l'on tienne compte dans leur valorisation, de la complexité de l'acte, des pathologies du patient et du temps alloué aux soins mais aussi du temps non clinique nécessaire pour assurer les formations, les permanences et la participation à l'organisation des soins.

Nous sommes tous des soignants...