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La Fédération européenne des académies de médecine (FEAM) organisait vendredi dernier une conférence sur le thème " Migration, santé et médecine ". Un sujet extrêmement complexe à aborder, ne serait-ce qu'à cause de la définition du " migrant ", être protéiforme s'il en est." Il y a eu une transition démographique. Le migrant que nous imaginions avant était un jeune homme en bonne santé. Aujourd'hui, nous constatons qu'il y a beaucoup d'enfants, de femmes enceintes et de personnes âgées. Les besoins sont différents ", note le Dr Elisabeth Waagensen, consultante pour le Programme de santé et de migration de l'OMS Europe. " Il ne faut d'ailleurs pas regarder simplement les migrants qui viennent de l'extérieur de l'Europe, mais aussi regarder les migrants à l'intérieur de l'Europe, qui ont des besoins spécifiques, notamment sur la compréhension des systèmes de soins et les freins culturels. "On ajoutera au panier les Roms, les demandeurs d'asile, les réfugiés, sans oublier les migrants ruraux vers les milieux urbains. Impossible dans ces conditions de définir le profil type du migrant, encore moins ses besoins en termes de santé.Ceci étant, tout le long de la conférence, les différents orateurs venus des quatre coins de l'Europe ont convergé sur deux points.Premièrement, contrairement à une idée répandue, la plupart des migrants sont en bonne santé. En tout cas, en bonne santé physique (voir encadré). " Les autorités sont souvent mal informées de la réelle situation sanitaire des migrants et des problèmes de santé liés à leurs déplacement ", déplore Jean-Michel Foidart, secrétaire perpétuel de l'Académie royale de médecine (ARMB)." Nous remarquons que la plupart des migrants sont en bonne santé. Voire même en meilleure santé que la population d'accueil au départ de leur trajet migratoire ", ajoute le Dr Waagensen. " On observe, par exemple, une plus faible prévalence des maladies non transmissibles à l'arrivée dans le pays d'accueil. Mais la prévalence augmente, en particulier pour l'obésité, avec le temps passé dans la région. "Deuxièmement, l'impact économique de la prise en charge des soins des migrants est bénéfique pour le système des soins de santé et, in fine, pour la société. Le principal argument en faveur de l'amélioration de l'accès aux soins de santé pour les groupes marginalisés a toujours été fondé sur les droits de l'homme et les principes d'équité. Cependant, ces dernières années, une plus grande attention a été portée aux coûts économiques de la limitation de la couverture pour ces groupes." Les gouvernements redoutent l'augmentation de la charge financière en matière de santé publique. Cela peut donner lieu à des décisions politiques inadéquates ou à l'absence de décisions ", note encore Jean-Michel Foidart. " Nous sommes en mesure de prouver qu'un soutien physique et psychologique peut être offert à de grands groupes à des coûts limités pour le bénéfice mutuel des populations locales et des migrants. "" Inclure les migrants dans les soins de santé primaires réduit les coûts ", confirme le Dr Sonja Novak-Zezula, directrice générale du Centre de santé et migration en Autriche, qui se base sur différentes études européennes pour appuyer ses dires. " Les inégalités dans l'accès aux soins, en ce compris la santé mentale, affectent les groupes vulnérables, particulièrement les personnes en situation irrégulière. Ces inégalités ont des effets délétères à la fois pour l'individu et pour la santé, et impliqueront, sur le long terme, une hausse des coûts. "Donner un accès aux migrants aux soins de santé primaires et à la prévention permet d'économiser sur le long terme. Une affirmation tout aussi valable pour la population indigène. Ce n'est donc pas un problème lié à la migration, mais lié à la politique, qui décide d'exclure certaines populations des soins de santé. En Belgique, c'est le cas des prisonniers, des demandeurs d'asile, et des sans-papier. Trois cas sur lesquels le KCE s'est penché et donne des recommandations claires pour simplifier le trajet de soins de ces populations exclues. Il suffit d'un peu de courage politique pour y arriver.Le problème n'est évidemment pas inhérent à la Belgique. " Le nombre important de migrants dans l'Union européenne amène des tensions politiques entre les états membres ", commente John F. Ryan, directeur de l'unité responsable des menaces pour la santé (maladies transmissibles, sécurité sanitaire et bioterrorisme) au sein de la direction de la Commission européenne pour la santé publique et la protection des consommateurs. " Le rôle de l'UE est de limiter la fragmentation des différentes politiques européennes en termes de migration et de santé. "L'éternelle difficulté consiste à arriver à un consensus. Une gageure en Europe. Un fait malheureusement constaté lorsque la Commission européenne a négocié des accords d'accueil des migrants au sein des États-membres. On se souvient de l'opposition farouche de la Hongrie et de la Pologne notamment." La santé n'est qu'une partie du problème, et malheureusement, ce n'est pas la santé des migrants qui guide l'agenda de la politique migratoire ", note encore John F. Ryan. " L'Europe a été active pour proposer des solutions. Le problème est l'accueil de ces solutions par les États-membres. "