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Tout d'abord, Frank Vandenbroucke constate que la norme de croissance dans le secteur des soins de santé a été un sujet controversé dès la mise en place du gouvernement Verhostadt II, en 1999. Il avait alors été convenu que les partenaires de la coalition réévalueraient ensemble, année après année, cette norme de croissance. Corrections non linéaires " Cela permettait d'exercer une pression sérieuse sur les acteurs centraux des soins de santé (médecins, paramédicaux, managers d'hôpitaux, mutuelles). Une haute norme de croissance était possible, mais il fallait qu'ils la méritent, entre autres en gardant la modernisation et l'efficacité comme buts à atteindre au niveau interne ", explique Frank Vandenbroucke. Cela a donné lieu à l'Agenda 2002(**), qui encadrait l'utilisation raisonnée des moyens et la responsabilité individuelle des prestataires de soins et des hôpitaux.L'ancien ministre des Affaires sociales rappelle également que, dans les années 90, des corrections linéaires étaient souvent appliquées en matière de soins de santé. A partir de 1999, le taux de croissance revu annuellement et l'Agenda 2002 ont permis la mise en place de mécanismes de correction non linéaires. Il ajoute que la notion de responsabilité individuelle implique la reconnaissance de différences injustifiées dans la pratique médicale. " Il s'agit souvent, mais pas toujours, de différences régionales ou Nord-Sud ", explique-t-il, " mais cette notion de responsabilité individuelle implique également que ces différences ne peuvent être balayées, même si elles constituent une affaire Nord-Sud, en divisant le système belge en deux. Il faut par contre encourager une plus grande responsabilité individuelle lorsque des choix sont posés dans le domaine des soins de santé. " Verhofstadt II Cette dynamique des soins de santé a toutefois changé avec Verhofstadt II, en 2004. Le gouvernement a alors introduit la norme de croissance de 4,5%, ce que Frank Vandenbroucke qualifie de " choix politique malheureux, fruit de controverses politiques guidées par l'approche des élections. "Il indique qu'en établissant une norme fixe de croissance, l'incitation à travailler de manière efficiente a moins d'impact sur les prestataires de soins. En effet, il n'est alors plus nécessaire de fournir des efforts pour limiter les dépenses en matière de soins de santé. Conséquence immédiate : la motivation à appliquer une gestion financière evidence based des soins de santé baisse." A l'époque ", poursuit Frank Vandenbroucke dans "The active welfare state revisited", " mon argument n'était pas que le croissance des dépenses dans les soins de santé ne pouvait dépasser la croissance du PNB. Que du contraire, il est tout à fait justifiable, à long terme, qu'une partie croissante du produit national brut soit consacrée à la santé. Vu l'importance accordée par les individus aux années de vie en bonne santé, on ne peut raisonnablement que viser cette solution. Des dépenses en hausse dans les soins de santé mettent nos états-providences sous pression au niveau budgétaire, mais cela peut se justifier. Les tentatives pour garder la croissance des dépenses en-dessous de celle du PNB mèneront à des lacunes dans les soins de santé et sont donc vouées à l'échec. Fixer une norme de croissance pour une période indéterminée, c'est une mauvaise politique ", conclut-il.