Dr Michel Deschamps : C'est notre impression. Malgré tous les risques de négligence et de maltraitance il y a les tensions, les pressions psychologiques, les difficultés sur le plan social, sur le plan relationnel, les consommations, le confinement même (les restrictions de l'espace vital). Ce sont des facteurs clairement identifiés à risque de majorer le phénomène de maltraitance. Nos collaborations avec la communauté française, l'Aviq, etc. et des centres d'appel pour les violences intra-conjugales, elles nous informent qu'il y a une augmentation des violences. A l'affut des services de l'ONE, d'aide à la jeunesse, on s'est aperçu qu'il y a une nette diminution des plaintes alors qu'on s'attendait à l'inverse. On s'en inquiète depuis quelques temps. Si les enfants ne vont plus à l'école, ils n'ont plus leurs potes comme confidents, ils n'ont plus leurs institutrices, ils n'ont plus leur prof de gym qui peut repérer quelque chose, il n'y a plus les médecins des centres PMS, les médecins traitants ne vont plus à domicile, ils n'examinent plus les enfants, les PEPS-E ne vont plus à domicile,... Les passages aux agences de l'ONE et leurs services de pédiatrie ont diminué. Elles sont aussi un point de repérage des maltraitances.

jdM : Si je comprends bien le confinement provoque un double phénomène : d'une part, les tensions intrafamiliales augmentent et, d'autre part, la capacité du système de signalement des maltraitances diminue ?

C'est exactement cela ! Les plaintes diminuent alors qu'on craint que le phénomène existe encore ou s'accentue.

En temps normal, l'ONE a pour compétence directe de repérer et lutter contre les maltraitances enfantines ?

L'ONE a une compétence directe en gérant les équipes SOS-enfants, des équipes pluridisciplinaires qui sont bien connues du public. Il en existe une par arrondissement judiciaire avec des équipes intra- et extra-hospitalières. Il y a celle notamment de l'hôpital du Mont-Légia, celle de l'UCL et celle de l'hôpital Saint-Pierre à Bruxelles qui est " la référence de la référence ". Les équipes extra-hospitalières fonctionnent sur chaque arrondissement comme je l'ai dit. SOS-enfants Namur, Dinant, Luxembourg, Verviers, Huy,... Chaque équipe possède un pédiatre, un psychiatre. L'ONE a un pouvoir de coordination et de contrôle de ces équipes.

Ces équipes sont relativement inopérantes en raison du confinement ? Elles n'ont plus accès aux lieux de maltraitance ?

Voilà : elles se sont trouvées en difficulté. Au début du confinement, il y a eu du cafouillage un peu partout. Les citoyens étaient un peu sidérés. Ils ne savaient pas trop quelle liberté de mouvement il leur restait. Il a été décidé qu'on entendrait les plaintes des gens au téléphone... Tout a été freiné... Même au niveau des SAJ (services d'aide à la jeunesse) qui ne dépendent pas de l'ONE mais de l'administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles... Notre réunion du CAEM a pour fonction de mettre tous ces gens en présence : l'ONE et les équipes SOS, les universitaires et académiques...

Avec le déconfinement qui arrive par étape, croyez-vous que votre rôle de prévention va pouvoir reprendre ?

On le souhaite. On voudrait sensibiliser tant les professionnels que le grand public au fait que le risque d'augmentation des cas est réel. Leur demander d'être attentifs. Les professionnels sont invités à reprendre le plus vite possible une activité plus efficace. De se concerter, c'est fondamental. D'essayer de récolter les chiffres via les " SOS ", via les SAJ. Ces chiffres de signalement sont en très nette diminution. C'est clair.

Un entretien de Nicolas de Pape

Dr Michel Deschamps : C'est notre impression. Malgré tous les risques de négligence et de maltraitance il y a les tensions, les pressions psychologiques, les difficultés sur le plan social, sur le plan relationnel, les consommations, le confinement même (les restrictions de l'espace vital). Ce sont des facteurs clairement identifiés à risque de majorer le phénomène de maltraitance. Nos collaborations avec la communauté française, l'Aviq, etc. et des centres d'appel pour les violences intra-conjugales, elles nous informent qu'il y a une augmentation des violences. A l'affut des services de l'ONE, d'aide à la jeunesse, on s'est aperçu qu'il y a une nette diminution des plaintes alors qu'on s'attendait à l'inverse. On s'en inquiète depuis quelques temps. Si les enfants ne vont plus à l'école, ils n'ont plus leurs potes comme confidents, ils n'ont plus leurs institutrices, ils n'ont plus leur prof de gym qui peut repérer quelque chose, il n'y a plus les médecins des centres PMS, les médecins traitants ne vont plus à domicile, ils n'examinent plus les enfants, les PEPS-E ne vont plus à domicile,... Les passages aux agences de l'ONE et leurs services de pédiatrie ont diminué. Elles sont aussi un point de repérage des maltraitances.jdM : Si je comprends bien le confinement provoque un double phénomène : d'une part, les tensions intrafamiliales augmentent et, d'autre part, la capacité du système de signalement des maltraitances diminue ?C'est exactement cela ! Les plaintes diminuent alors qu'on craint que le phénomène existe encore ou s'accentue.En temps normal, l'ONE a pour compétence directe de repérer et lutter contre les maltraitances enfantines ?L'ONE a une compétence directe en gérant les équipes SOS-enfants, des équipes pluridisciplinaires qui sont bien connues du public. Il en existe une par arrondissement judiciaire avec des équipes intra- et extra-hospitalières. Il y a celle notamment de l'hôpital du Mont-Légia, celle de l'UCL et celle de l'hôpital Saint-Pierre à Bruxelles qui est " la référence de la référence ". Les équipes extra-hospitalières fonctionnent sur chaque arrondissement comme je l'ai dit. SOS-enfants Namur, Dinant, Luxembourg, Verviers, Huy,... Chaque équipe possède un pédiatre, un psychiatre. L'ONE a un pouvoir de coordination et de contrôle de ces équipes.Ces équipes sont relativement inopérantes en raison du confinement ? Elles n'ont plus accès aux lieux de maltraitance ?Voilà : elles se sont trouvées en difficulté. Au début du confinement, il y a eu du cafouillage un peu partout. Les citoyens étaient un peu sidérés. Ils ne savaient pas trop quelle liberté de mouvement il leur restait. Il a été décidé qu'on entendrait les plaintes des gens au téléphone... Tout a été freiné... Même au niveau des SAJ (services d'aide à la jeunesse) qui ne dépendent pas de l'ONE mais de l'administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles... Notre réunion du CAEM a pour fonction de mettre tous ces gens en présence : l'ONE et les équipes SOS, les universitaires et académiques...Avec le déconfinement qui arrive par étape, croyez-vous que votre rôle de prévention va pouvoir reprendre ? On le souhaite. On voudrait sensibiliser tant les professionnels que le grand public au fait que le risque d'augmentation des cas est réel. Leur demander d'être attentifs. Les professionnels sont invités à reprendre le plus vite possible une activité plus efficace. De se concerter, c'est fondamental. D'essayer de récolter les chiffres via les " SOS ", via les SAJ. Ces chiffres de signalement sont en très nette diminution. C'est clair.Un entretien de Nicolas de Pape