Le journal du Médecin: Vous proposez une grande réforme des soins de santé. Faut-il partir d'une page blanche ou les réformateurs peuvent-ils s'appuyer sur des structures et mécanismes qui existent déjà?

Ri De Ridder: Dans mon livre, je suis effectivement parti d'une page blanche, en me basant sur ma connaissance approfondie du secteur de la santé et en visant un monde idéal. Ce que je propose n'est pas une utopie. Cette grande réforme peut se réaliser. Il faut évidemment réunir de nombreuses conditions pour y arriver. Les choses évoluent dans le bon sens. Il suffit de voir les décisions prises par le Conseil général de l'Inami sur base de la proposition budgétaire du Comité de l'assurance.

On devra travailler étape par étape tout en partant d'une réalité concrète. Le changement prend du temps. Il faut fixer un objectif clair et susciter une prise de conscience. Actuellement, la crise sanitaire provoquée par le Covid est une véritable "burning platform".

Plusieurs propositions développées dans mon livre sont essentielles pour répondre aux défis actuels: le renforcement de la première ligne de soins - il faut y travailler - et les soins intégrés. Mes propositions de réforme s'appuient fortement sur les principes du "Quadruple Aim": l'amélioration de la santé de la population, du vécu de la qualité des soins et des conditions de travail pour les personnes et l'augmentation de l'efficience en gaspillant moins d'argent dans des dépenses inutiles et en améliorant la santé avec les mêmes moyens financiers. Ces objectifs doivent nous guider. Pour y arriver, il faudra s'appuyer sur les mécanismes du débat sociétal et de la concertation avec les partenaires. Il faut aussi une volonté politique. Je suis optimiste parce que l'Accord gouvernemental soutient le secteur des soins de santé.

La quête des soins intégrés existe depuis longtemps et fait partie d'un mouvement international.

Courage et engagement

Pour cette réforme, vous déclarez que les hommes politiques et les professionnels de soins vont devoir faire preuve de courage. N'est-ce pas utopique vu le poids des enjeux pour les différents groupes concernés?

Pendant la crise que nous vivons actuellement, les acteurs font déjà preuve de courage. Je constate un engagement énorme du secteur pour se réorganiser. Et tout d'un coup, on voit disparaître des clivages. Dans une période moins aiguë, il faudra s'attaquer aux soins chroniques. Le sentiment d'urgence est moins grand, mais cet iceberg se rapproche tout de même. Le manque de personnel, la déception des patients par rapport à la qualité des soins, la médicalisation de plus en plus accrue, l'explosion des coûts de la technologie sont autant de défis auxquels il faut faire face. La pandémie montre comment le système des soins de santé peut être mis en péril si on ne se prépare pas.

Vous consacrez une partie de votre livre à l'histoire des maisons médicales. Estimez-vous que ce combat de longue date devait être mieux connu?

Il y a très peu de documentation sur l'histoire des maisons médicales. Cela tient entre autres au fait que dans notre pays le paiement au forfait a été longtemps connoté négativement. L'évolution des maisons médicales s'inscrit dans la vision que je développe dans mon livre. Ce n'est pas un hasard. L'historique des maisons médicales permet de mieux comprendre les fondements d'un système qui ne repose pas sur le paiement à l'acte. Il est important que cela se sache.

Comptez-vous en tant que chef de Cabinet (santé) du ministre Vandenbroucke appuyer la politique sanitaire des prochaines années sur les grands principes défendus dans votre livre: développement des soins intégrés et réalisation du "quadruple aim"?

Certainement! C'est mon intention. Mais notre priorité actuelle est de gérer et de maîtriser la crise sanitaire du Covid-19. Ce qui ne m'empêchera pas d'essayer de déjà jeter des bases pour le futur.

Réactions des acteurs de terrain

Ri De Ridder a demandé à douze experts du secteur de la santé de donner leurs opinions sur ses propositions de changement. Extraits.

"Sortir du financement à l'acte est un changement fondamental qu'il faut oser rapidement, en lien avec l'harmonisation équitable des rémunérations. Les expériences des maisons médicales et leurs évaluations successives en ont démontré l'utilité et l'efficience globale d'autant qu'elles permettent l'approche territoriale de la santé, les pratiques de réseau, le travail avec les habitants, le travail communautaire associé et complétant les prestations individuelles avec les patients", réagit Muriel Gerkens, députée fédérale Ecolo.

"La récente crise sanitaire liée au Covid-19 est souvent évoquée comme ayant révélé certaines carences de notre système de santé. En réalité, elle n'a fait que jeter un nouveau coup de projecteur sur ce que beaucoup savaient déjà et sur ce que beaucoup d'experts ou acteurs de terrain analysent depuis plusieurs décennies, comme le fait remarquablement Ri De Ridder dans le présent ouvrage", commente le Dr Paul De Munck, président du GBO.

"Nous pourrions atteindre de meilleurs résultats avec les mêmes moyens et surtout nous devons réorienter notre offre et l'organisation des soins face aux défis du vieillissement et de l'augmentation des maladies chroniques", estime Jean Hermesse, ancien secrétaire général des Mutualités chrétiennes.

"Un changement d'une telle ampleur ne peut se faire que si le sentiment qu'il y a urgence à réformer est partagé par les acteurs clés. Il nécessite la création d'une large coalition autour d'une vision stratégique à long terme, capable de mobiliser tous les acteurs", ajoute Patricia Lanssiers, directrice générale de la fédération Gibbis.

Le journal du Médecin: Vous proposez une grande réforme des soins de santé. Faut-il partir d'une page blanche ou les réformateurs peuvent-ils s'appuyer sur des structures et mécanismes qui existent déjà? Ri De Ridder: Dans mon livre, je suis effectivement parti d'une page blanche, en me basant sur ma connaissance approfondie du secteur de la santé et en visant un monde idéal. Ce que je propose n'est pas une utopie. Cette grande réforme peut se réaliser. Il faut évidemment réunir de nombreuses conditions pour y arriver. Les choses évoluent dans le bon sens. Il suffit de voir les décisions prises par le Conseil général de l'Inami sur base de la proposition budgétaire du Comité de l'assurance. On devra travailler étape par étape tout en partant d'une réalité concrète. Le changement prend du temps. Il faut fixer un objectif clair et susciter une prise de conscience. Actuellement, la crise sanitaire provoquée par le Covid est une véritable "burning platform". Plusieurs propositions développées dans mon livre sont essentielles pour répondre aux défis actuels: le renforcement de la première ligne de soins - il faut y travailler - et les soins intégrés. Mes propositions de réforme s'appuient fortement sur les principes du "Quadruple Aim": l'amélioration de la santé de la population, du vécu de la qualité des soins et des conditions de travail pour les personnes et l'augmentation de l'efficience en gaspillant moins d'argent dans des dépenses inutiles et en améliorant la santé avec les mêmes moyens financiers. Ces objectifs doivent nous guider. Pour y arriver, il faudra s'appuyer sur les mécanismes du débat sociétal et de la concertation avec les partenaires. Il faut aussi une volonté politique. Je suis optimiste parce que l'Accord gouvernemental soutient le secteur des soins de santé. Pour cette réforme, vous déclarez que les hommes politiques et les professionnels de soins vont devoir faire preuve de courage. N'est-ce pas utopique vu le poids des enjeux pour les différents groupes concernés? Pendant la crise que nous vivons actuellement, les acteurs font déjà preuve de courage. Je constate un engagement énorme du secteur pour se réorganiser. Et tout d'un coup, on voit disparaître des clivages. Dans une période moins aiguë, il faudra s'attaquer aux soins chroniques. Le sentiment d'urgence est moins grand, mais cet iceberg se rapproche tout de même. Le manque de personnel, la déception des patients par rapport à la qualité des soins, la médicalisation de plus en plus accrue, l'explosion des coûts de la technologie sont autant de défis auxquels il faut faire face. La pandémie montre comment le système des soins de santé peut être mis en péril si on ne se prépare pas. Vous consacrez une partie de votre livre à l'histoire des maisons médicales. Estimez-vous que ce combat de longue date devait être mieux connu? Il y a très peu de documentation sur l'histoire des maisons médicales. Cela tient entre autres au fait que dans notre pays le paiement au forfait a été longtemps connoté négativement. L'évolution des maisons médicales s'inscrit dans la vision que je développe dans mon livre. Ce n'est pas un hasard. L'historique des maisons médicales permet de mieux comprendre les fondements d'un système qui ne repose pas sur le paiement à l'acte. Il est important que cela se sache. Comptez-vous en tant que chef de Cabinet (santé) du ministre Vandenbroucke appuyer la politique sanitaire des prochaines années sur les grands principes défendus dans votre livre: développement des soins intégrés et réalisation du "quadruple aim"? Certainement! C'est mon intention. Mais notre priorité actuelle est de gérer et de maîtriser la crise sanitaire du Covid-19. Ce qui ne m'empêchera pas d'essayer de déjà jeter des bases pour le futur.