Tour d'ivoire, le KCE ? Le Centre s'en défend puisqu'il fait appel presque systématique à des experts de terrain " qui fournissent des feedbacks en cours de route, par exemple pour affiner les questions de recherche, nuancer les méthodes employées, ou mettre en lumière certains éléments importants à prendre en compte pour assurer l'acceptation des résultats sur le terrain ". Les patients sont aussi de plus en plus souvent impliqués ainsi que les " parties prenantes ", notamment les leaders d'opinion, stake-holders et experts toujours identifiés comme tels dans le cadre d'une politique stricte de transparence par rapport aux éventuels conflits d'intérêt. Ainsi, " les chercheurs du KCE ne sont pas autorisés à exercer d'autres activités professionnelles pouvant donner lieu à des conflits d'intérêts ". " Tous les intervenants externes qui participent aux études en tant que soustraitants, experts externes ou validateurs doivent signer une déclaration d'éventuels conflits d'intérêts, qui est mentionnée dans le colophon du rapport concerné. "

Collaborations internationales

Le KCE travaille en bonne intelligence, apprend-on, avec une série d'autres institutions scientifiques correspondantes tels le Britannique NICE (National Institute for Health and Care Excellence), le Néerlandais ZIN (Zorginstituut Nederland), la Française HAS (Haute autorité de santé) et l'Allemand IQWIG (Institut für Qualität und Wirtschaftlichkeit im Gesundheitswesen).

Le KCE est également un membre actif de plusieurs réseaux internationaux tels que EUnetHTA (European network for Health Technology Assessment), GIN (Guidelines International Network) ou INAHTA (International Network for Health Techology Assessment). Il est également le représentant belge auprès de l'Observatoire européen des Systèmes et politiques de Santé de l'OMS. Il s'implique dans des projets tels que PREFER (IMI).

Le KCE est moins connu pour sa recherche clinique que pour ses rapports. Il finance néanmoins une vingtaine d'études à cheval sur 2019 et 2020 dont, au hasard, " l'effet protecteur de la metformine sur la fonction rénale de patients non diabétiques présentant une insuffisance rénale précoce à modérée (RenoMet) ".

Des rapports scientifiques qui suscitent parfois la controverse

Le KCE précise que " tout rapport fait systématiquement l'objet d'une validation scientifique interne et externe. Cette dernière fait appel à trois experts extérieurs au KCE, dont au moins un est international ".

Tout citoyen, organisation, institution, décideur public peut proposer un sujet d'études au KCE bien que l'Exécutif ait relativement préséance. Les critères officiels pour être retenu dépendent du potentiel du sujet proposé " en termes d'aide à la décision politique en matière de soins de santé ", ainsi que la fréquence et la sévérité du problème mais aussi ses possibilités d'amélioration. La proposition ne doit pas être fantaisiste (pas encore de rapport sur la mémoire de l'eau mais pourquoi pas, essayez toujours...). Enfin, certains leaders d'opinion, même sollicités, ne manquent pas quelques fois de dénoncer les conclusions " écrites à l'avance ". C'était souvent le cas du président honoraire de l'Absym, Marc Moens.

Le jdM couvre une grande partie des études du KCE tant elles parlent au médecin.

Petit récapitulatif non exhaustif des études les plus "glamour" :

L'organisation des soins de santé mentale (n°318). Conscient de la nécessité de sortir les patients psychotiques d'un séjour permanent dans les hôpitaux, le KCE a cherché à identifier les lacunes du système. Il est, une fois n'est pas coutume, tombé sur un os : l'absence de statistiques fiables sur les besoins réels. D'où appel à mettre en place un système d'encodage qui tienne la route.

Des demandeurs d'asile plus égaux que d'autres (n°319). Bien que tout " migrant " arrivant sur sol belge a droit à l'accès aux soins de santé de notre pays, le temps nécessaire à l'épuisement des procédures qui lui conféreront éventuellement le statut de demandeur d'asile, l'accès à nos soins de santé ne semble pas égal pour tous. Le KCE a identifié le problème : " Le financement de ces soins de santé dépend d'instances différentes selon que le demandeur d'asile est hébergé dans un centre d'accueil collectif ou dans une Initiative locale d'accueil (ILA) gérée par un CPAS. " Le KCE a donc proposé de créer une instance unique gérant tous ces soins aux migrants sous une enveloppe globale. Il reste à identifier l'instance en question.

Utilisation inappropriée d'antibiotiques (n°311). Celle-ci est un peu, depuis trente ans, le monstre du Loch Ness. Les médecins sont invariablement accusés de prescrire trop d'antibiotiques. Mais les médecins de première ligne soulignent, notamment en virologie (grippe) que les antibiotiques évitent des surinfections... Il n'en reste pas moins que la Belgique dépasse la moyenne des pays européens en volumes utilisés en médecine générale, maison de repos et médecine vétérinaire. Une approche " One Health " (globale) est donc nécessaire. C'est une des 21 recommandations du KCE en la matière (les recommandations sont sans doute la partie la plus lue et la médiatisée des rapports du KCE. Aux politiques et aux professionnels ensuite de les implémenter).

Opérations bariatriques (n°316). Un chirurgien me rappelait récemment de façon un peu cynique qu'il n'y avait pas d'obèses dans les camps de concentration et que le régime alimentaire reste la clé du surpoids. Or le KCE a dû constater que le nombre d'opérations bariatriques monte en flèche (+80% ces sept dernières années). Elles ne sont curieusement remboursées qu'au-dessus de 18 ans. Quid des adolescents ? Le KCE soulignait la nécessité qu'elles restent de nature exceptionnelle pour nos jeunes. Le KCE pointait aussi le fait que malgré leur efficacité au niveau de la perte de poids et des risques de comorbidités, les opérations bariatriques sont " lourdes, souvent irréversibles et peuvent entraîner des complications sévères. Elles impliquent un changement radical de la manière de s'alimenter, un suivi à vie et la prise de compléments alimentaires pour éviter les carences nutritionnelles ".

Encadrement infirmier (n°325). On le voit aujourd'hui avec le Covid19 qui a suivi une importante crise des Blouses blanches, l'encadrement infirmier au-delà de 8 patients par infirmier n'assure plus la sécurité du patient. La Belgique en est à 9,4, bien que des différences importantes subsistent entre hôpitaux, comme l'a précisé la ministre de la Santé.

Résultat : un infirmier sur quatre n'est pas satisfait de son travail, 36 % sont menacés d'épuisement professionnel et 10 % envisagent même de quitter la profession. Le KCE a proposé " de fixer légalement un nombre maximum de patients par infirmier, et d'y investir les moyens nécessaires, afin d'améliorer à la fois les conditions de travail des infirmiers et la sécurité des soins ". Engager 1.629 ETP supplémentaires pour un coût de 118 millions fait partie des solutions.

Organisation des maternités (n°289). Une des mesures phares et controversées de Maggie De Block a été de diminuer la durée de séjour post-accouchement des parturientes. Mais un autre problème pour notre ministre est qu'il y a trop de maternités dans notre pays (1.000 lits excédentaires). Elle a commandé une étude au KCE. Le centre proposait d'en fermer 17, celles enregistrant trop peu d'accouchements. " Dans la situation actuelle, 80 % des femmes disposent d'au moins 8 maternités à moins d'une demi-heure de route de leur domicile. "

Littératie en santé (n°322). Par " littératie en santé ", on désigne "la capacité d'une personne à comprendre les informations relatives à la santé de manière à pouvoir maintenir ou améliorer sa santé et sa qualité de vie", rappelle le KCE. Qui constate " qu'en Belgique, le niveau de littératie en santé semble problématique pour 30 à 45 % de la population ". Une situation qui n'est pas étrangère à la complexité de notre système. Et de proposer un plan d'action nationale axée sur de nombreux professionnels et institutions compétentes en littératie. Il arrive ainsi parfois que le KCE doive, comme ici, se contenter de " recenser les forces vives, évaluer les actions en cours et réfléchir ensemble à optimaliser les efforts à l'avenir ".

Enfin, le KCE a publié en 2019 la quatrième édition du " Rapport Performance belge ", avant la phénoménale crise pandémique Covid19. Le rapport signalait les points forts et faibles de notre système de santé. " En 2019, les feux verts vont, par exemple, au taux de survie à 5 ans après un cancer colorectal, à la mortalité néonatale ou au recours aux médicaments bon marché. Les feux rouges nous alertent, par exemple, sur la surconsommation d'antibiotiques, la baisse de la couverture vaccinale contre la grippe des personnes âgées ou encore les perspectives de renouvellement en médecine générale. "

Proposons au KCE de consacrer sa prochaine édition au crash-test grandeur nature qu'aura constitué l'arrivée du très vicieux Sars-Cov-2...

EvidenceBased Practice

Le KCE soutient depuis quelques années, un ambitieux projet de Réseau belge d'Evidence-Based Practice (EBP). " Il vise à fournir, sur un portail en ligne unique (www.ebpnet.be), l'ensemble des guidelines et autres supports d'information evidence-based à l'usage de dix professions de santé de première ligne. "

Le KCE met également en ligne des logiciels d'aide à la décision comme celui pour les statines (www.statines.kce.be). Le site web du KCE consacre une page spécifique à l'ensemble des outils d'aide à la consultation médicale : healthybelgium.be.

Tour d'ivoire, le KCE ? Le Centre s'en défend puisqu'il fait appel presque systématique à des experts de terrain " qui fournissent des feedbacks en cours de route, par exemple pour affiner les questions de recherche, nuancer les méthodes employées, ou mettre en lumière certains éléments importants à prendre en compte pour assurer l'acceptation des résultats sur le terrain ". Les patients sont aussi de plus en plus souvent impliqués ainsi que les " parties prenantes ", notamment les leaders d'opinion, stake-holders et experts toujours identifiés comme tels dans le cadre d'une politique stricte de transparence par rapport aux éventuels conflits d'intérêt. Ainsi, " les chercheurs du KCE ne sont pas autorisés à exercer d'autres activités professionnelles pouvant donner lieu à des conflits d'intérêts ". " Tous les intervenants externes qui participent aux études en tant que soustraitants, experts externes ou validateurs doivent signer une déclaration d'éventuels conflits d'intérêts, qui est mentionnée dans le colophon du rapport concerné. "Le KCE travaille en bonne intelligence, apprend-on, avec une série d'autres institutions scientifiques correspondantes tels le Britannique NICE (National Institute for Health and Care Excellence), le Néerlandais ZIN (Zorginstituut Nederland), la Française HAS (Haute autorité de santé) et l'Allemand IQWIG (Institut für Qualität und Wirtschaftlichkeit im Gesundheitswesen).Le KCE est également un membre actif de plusieurs réseaux internationaux tels que EUnetHTA (European network for Health Technology Assessment), GIN (Guidelines International Network) ou INAHTA (International Network for Health Techology Assessment). Il est également le représentant belge auprès de l'Observatoire européen des Systèmes et politiques de Santé de l'OMS. Il s'implique dans des projets tels que PREFER (IMI).Le KCE est moins connu pour sa recherche clinique que pour ses rapports. Il finance néanmoins une vingtaine d'études à cheval sur 2019 et 2020 dont, au hasard, " l'effet protecteur de la metformine sur la fonction rénale de patients non diabétiques présentant une insuffisance rénale précoce à modérée (RenoMet) ".