Quotas Inami : Marcourt " prêt au dialogue "

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Jean-Claude Marcourt, le ministre PS de l'Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles, se demande, quel est l'agenda de la ministre De Block en matière de numéros Inami. En effet, on ne sait pas combien d'étudiants réussiront les examens de janvier 2019 et combien s'inscriront en 2eBAC en septembre prochain. Par ailleurs, le système de concours a été historiquement rejeté par le conseil d'Etat. Et il attend toujours un cadastre dynamique et robuste. Le dialogue n'est cependant pas rompu.

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Quelle mouche a piqué Maggie De Block ? On comprend mal...

Là vous avez raison de dire que, rationnellement, il n'y a rien à comprendre. Et je vais tenter de vous dire pourquoi. Il n'y a pas d'accord de coopération entre les entités fédérées et le Fédéral au jour d'aujourd'hui. Le gouvernement fédéral n'a jamais eu besoin d'un accord avec les entités fédérées pour ce qui relève de ses compétences. La preuve en est c'est que le Fédéral a parfois obtenu un accord et a passé outre, ce qui est la preuve qu'il n'en a pas besoin. Deux : Mme De Block s'émeut qu'un certain nombre de lauréats ont réussi l'examen d'entrée en médecine. Je rappelle seulement qu'un concours d'entrée avait été mis en place avec l'accord de la Cour constitutionnelle. Néanmoins, nous avons eu une difficulté au motif que le nombre de nommés au concours était fondé sur le nombre d'attestations Inami octroyées par le Fédéral et le Conseil d'Etat a dit que nous ne pouvions pas utiliser l'arrêté-royal fédéral car celui-ci était vicié par un défaut de motivation (à savoir le nombre d'attestations pour l'année n est équivalent au nombre d'attestations de l'année n-1). Donc j'écarte l'arrêté-royal. L'écartant, l'arrêté de la Fédération Wallonie-Bruxelles n'a plus de sens. Je l'écarte également.

D'autres systèmes ont perduré...

Oui, l'année suivante, le gouvernement a fait encore plus fort. Il n'a pas pris d'arrêté-royal ! Donc, on s'est retrouvé sans quotas du tout. A ce moment-là, le Fédéral se retourne vers nous et dit : " Puisque le concours est trop compliqué, faisons un examen ". La première année en 2017, cet examen conduit à un nombre de lauréats inférieur aux quotas. Pas de problème. L'année suivante, nous organisons à la demande générale deux sessions pour l'examen d'entrée. Cela conduit à plus de lauréats que le nombre de quotas Inami.

Aidés par les deux sessions ?

Il est clair qu'une partie des lauréats de la deuxième session avaient échoué à la première...

Fermons la parenthèse...

...Mais Maggie prend les chiffres bruts. Les étudiants ont entamé leur cursus en octobre 2018. Ils viennent de passer une batterie d'examens en janvier 2019. Ces examens ne sont pas délibérés. Nous ne savons donc pas combien d'étudiants vont poursuivre en 2e BAC en octobre 2019. Et pourtant, tout d'un coup, Mme De Block s'agite. Or nous constatons une série de différences fondamentales entre le nord et le sud. Première constatation : 10% des lauréats de l'examen d'entrée ne sont pas inscrits en médecine ou dentisterie. Premier correctif, donc. Deuxièmement, 20 % d'étrangers, 10% de Français et 10% d'autres se sont inscrits dans nos universités et on sait qu'ils ne s'installeront pas en Belgique car ils sont venus pour éviter des filtres dans leur propre pays. Encore un correctif à la baisse. Dans nos universités, le taux de réussite après le 1er BAC est moins élevé (60% en FWB et plus de 80% en Flandre). Troisième différence fondamentale. Donc, à l'exception d'un motif électoraliste ou le fait de stigmatiser les francophones, je ne vois pas où Mme De Block veut en venir. D'autant moins que la pertinence du nombre d'attestations Inami pose question. Un seul argument est le nombre de médecins étrangers que nous importons à Bruxelles et en Wallonie. Beaucoup plus qu'en Flandre ! Deuxième élément : la pyramide des âges des médecins en activité en FWB est plus élevée qu'en Flandre. Techniquement, nous allons devoir renouveler plus de médecins partant à la pension. Nous savons également que le taux d'activité des médecins qui arrivent est plus faible que ceux qui partent. Donc le nombre d'attestations Inami est insuffisant pour renouveler le cadre médical pour la charge de travail. J'amplifie donc la réflexion en rappelant que la commission de planification a un jour dit que le sacro-saint 60/40 n'était plus valable. Et que cela devait être 57/43. Sous pression de la N-VA, on a remis 60/40. On voit la pertinence scientifique.

Comment convaincre la Flandre et Mme De Block - puisque vos arguments sont limpides - de revenir à des décisions plus " rationnelles " basées sur les besoins ? S'il y a nécessité de plus de médecins aux études, peut-on les former dans les universités (on parle de 500 par an environ) ?

Oui, on peut les former. On vient, je le rappelle, de 3.000. Nos facultés ont vécu le " trop-plein " d'étudiants (excusez du terme), on suffoquait dans les auditoires. Nous avons eu la double cohorte qui vient de commencer. Pour ceux qui rentrent, on peut aller au-delà de 500. Les Facultés voudraient plus d'élèves dans les auditoires. Je ne demande pas de revenir à 3.000 bien sûr. On ne peut pas transiger sur la qualité de la formation des médecins bien entendu !

Dans le deal entre vous et Maggie De Block, il y avait l'exigence d'un cadastre " robuste " en échange d'un filtre " efficace ". L'avez-vous, ce cadastre ?

Non ! C'est bien pourquoi le Fédéral a changé la méthodologie et l'a fondé sur la clé population ! C'est en raison de l'incapacité que le Fédéral a d'utiliser des critères objectifs. En réalité, je pense qu'on dispose de ces critères, mais qu'ils ne conviennent pas à ceux tentants d'une thèse qui minore les francophones.

Ne craignez-vous pas que cette thématique des quotas alimente (parmi d'autres) la thèse du confédéralisme ?

Bien sûr. Mais je rappelle qu'en 2011 un ministre Open-VLD a tiré la prise, plongeant la Belgique dans la pire crise de son histoire. Rappelez-vous de ce tweet : " Alea Jacta Est " (ndlr : " le sort en est jeté "). On peut se demander quel jeu l'Open-VLD joue dans ce dossier. Cela favorise le confédéralisme, mais qui l'alimente ? Il suffirait de dire : " nous avons deux réalités différentes. Nous acceptons d'en tirer les conséquences..." Je n'ai jamais dit qu'il ne faut pas un filtre efficace. Je le redis : si le système ne fonctionne pas et, nonobstant le respect de l'intérêt des francophones, je suis prêt à rebattre les cartes et à reparler de système plus efficient pour atteindre les objectifs.

Une chose sur laquelle elle a raison, c'est le manque de généralistes...

Elle a raison sur le nombre de MG. Mais pas sur les quotas. Nous sommes responsables des sous-quotas. Il est de 43% pour les MG en FWB. C'est la logique. Mais nous n'allons pas continuer à augmenter ce quota si les quotas globaux sont insuffisants. Ce serait déshabiller Marc pour habiller Paul.

Le dialogue n'est pas rompu?

Non, on fera une conférence interministérielle le 11 février. On y entendra la présidente de la commission de planification. On pourra réobjectiver les quotas. Nous l'espérons.

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