A côté de l'enthousiasme s'est aussi posée la question de la pertinence du thème pour le secteur des soins. Devons-nous, en tant que médecins - et par extension tout le personnel soignant - nous mêler au débat sur le climat ? Le début d'une discussion et quelques éléments de réponse.

Souvent, les médecins ne s'immiscent que dans les débats qui ont un impact immédiat sur le secteur de la santé ou l'exercice de leur profession. Un exemple concerne la question de l'euthanasie. En dehors, un médecin doit rester neutre par rapport aux évolutions sociétales et surtout politiques.

Il est difficile de maintenir cet argument. En tant que médecins, nous sommes aussi des êtres humains. Nous sommes fils ou fille, mère ou père d'enfants qui doivent hériter demain d'une planète viable. L'un des principaux ingrédients de notre travail est l'empathie pour nos patients. Nous n'allumons pas ou n'éteignons pas cette empathie lorsque nous entrons dans notre cabinet de consultation. Nous nous faisons des soucis pour l'avenir et la santé de notre planète.

Un deuxième argument est le fait que la santé est plus large que le modèle biomédical classique. De plus en plus de preuves scientifiques démontrent que la santé commence par un bon habitat, de bonnes conditions de travail, une alimentation saine, une bonne formation.

75.000 décès prématurés par an

Cela semble évident, mais cela ne l'a pas toujours été. L'OMS demande depuis longtemps de l'attention pour ces déterminants sociaux de santé. Le climat est notre habitat à tous. La Belgique, et surtout la Flandre, obtient de très mauvais scores au niveau mondial en matière de pollution atmosphérique. Anvers s'avère être l'un des 50 endroits où la population par NO2 est la plus élevée. Au sein de l'UE, la pollution atmosphérique conduit à 75.000 décès prématurés par an. A l'échelle mondiale, cela en fait 2,9 millions. Aujourd'hui, des millions de personnes - leur nombre est difficile à évaluer - tentent d'échapper à des conditions climatiques changeantes, des sécheresses, des tempêtes ou des inondations. Ce sont des personnes très vulnérables qui viennent aussi chez nous, dans nos consultations.

Ensuite, nous pouvons aussi regarder le climat de manière plus large que d'un point de vue purement climatologique. Nous devons continuer à militer pour des soins de santé accessibles, des habitations saines et un bon climat sur le lieu de travail. Et c'est plus qu'un jeu de mot. Le texte de vision de la Vereniging van Wijkgezondheidscentra le formule de la façon suivante : "La durabilité est constituée de deux principes essentiels, à savoir l'équité sociale et l'équité écologique. (...) Aspirer à la durabilité va donc de pair avec aspirer à la solidarité, aussi bien intragénérationnelle qu'intergénérationnelle."

Les racines de ces questions sociales et du problème du climat sont identiques. Une forme de société, une logique économique qui calcule des chiffres de croissance par trimestre, qui place les bénéfices avant le bien-être. Le commerce relatif aux droits d'émission est peut-être la meilleure illustration de la façon dont un système de marché néolibéral approche la problématique du climat.

Un pays ou une entreprise qui veut émettre du CO2 doit payer des droits d'émission pour ce faire. Pour les entreprises, dans la plupart des cas, c'est moins cher d'acheter des certificats d'émissions de pays du sud et de continuer tout simplement à polluer que de prendre de réelles mesures en faveur de l'environnement. Une parodie d'une solution durable.

Injustices sociales

Ces dernières décennies, la pression néolibérale sur nos économies a mis à mal les corrections sociales dans le système de marché. Notre sécurité sociale est de plus en plus mise sous pression. Les salaires stagnent, les inégalités sociales augmentent, tandis que certains font des bénéfices plantureux. Pourtant, ces évolutions sont la conséquence de décisions politiques concrètes. Le genre de décision qui ne tombe pas du ciel, mais qui est fortement influencé par le débat sociétal, les lobbys et l'opinion publique.

Devons-nous nous taire en tant que médecins ? Dénoncer le réchauffement climatique va dans la même lignée que dénoncer les injustices sociales. Il s'agit de poser des questions par rapport à un système qui entraîne des inégalités sociales, qui pollue et menace, tout comme notre avenir, également notre vie sur cette planète. Un large rapport publié fin 2018 par The Lancet indique qu'il y a des choses positives comme le développement de formes plus saines et plus propres de transport, mais que, malheureusement, nous restons à la traîne au niveau de nos attitudes vis-à-vis du climat. Le rapport met aussi en garde contre la pression croissante sur les systèmes de soins de santé à travers le monde.

Des changements approfondis s'imposent. Notre contribution en tant que médecins peut être précieuse dans ce genre de débats. C'est pourquoi nous avons appelé les médecins et toutes les personnes actives dans le secteur des soins à soutenir les actions en faveur du climat le 15 mars dernier. La santé et le climat vont de pair.