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"Serial sniper", paranoïaque raciste d'extrême droite, se pensant investi d'une "mission", déséquilibré "dépourvu d'idéologie": toutes les hypothèses sont avancées pour tenter de cerner la personnalité d'un tueur sportif, agissant seul, qui connaît bien le maniement des armes et cible ses victimes. Le tueur au scooter -- il a pour signature de se déplacer sur un deux roues à moteur de forte puissance et d'utiliser une arme de calibre 11,43 -- s'en est d'abord pris à des militaires d'origine maghrébine et à un de leur camarade noir, avant de s'attaquer à une école juive, dans le sud-ouest du pays. Un homme déterminé, qui fait preuve d'un grand sang froid, tue tous les quatre jours. Il pourrait être militaire ou para-militaire, en activité ou pas, animé par "une volonté de détruire certaines catégories de personnes", selon l'ancien gendarme Jean-François Abgrall, spécialiste des tueures en série.A chaque acte, il y a "montée en puissance dans l'agression", dit cet analyste criminel devenu enquêteur dans le privé, qui évoque "un personnage qui part en guerre". "Sa première victime, un parachutiste en civil, tombe dans un guet-apens (à Toulouse le 11 mars). Puis il répète l'acte en s'attaquant à trois autres parachutistes (à Montauban jeudi). Des militaires actifs qui ont le point commun de pouvoir être perçus par lui comme des étrangers", ce qui peut lui être "insupportable", dit M. Abgrall. "Enfin, lundi, il va jusqu'à poursuivre ses victimes à l'intérieur d'une école juive", tuant trois enfants et un professeur. "Il y a forcément un facteur déclenchant. On ne peut dire lequel. Mais on est dans un climat de campagne politique et on parle de problèmes de société qui peuvent avoir pour lui d'autres sens que pour nous", dit simplement M. Abgrall, à un mois de l'élection présidentielle en France. Pour le psychiatre criminologue Roland Coutanceau, l'hypothèse la plus solide est celle d'"un terrorisme réduit à un seul homme", qu'il soit ou pas raciste. "Ce serait une personne qui, au lieu d'avoir une maladie mentale, a simplement un caractère paranoïaque. Il développe une forme de croyance idéologique absolue, inébranlable, dans le secret de son imagination. De façon mégalomane, il s'attribue la mission de passer à l'acte et ressent une nécessité absolue d'agir: il pourra dire 'il fallait que je le fasse!'". "Du fait qu'il est dans une logique abstraite de combat, l'acte est commis de façon organisée, froide, avec une insensibilité aux êtres qu'il tue", ajoute M. Coutanceau. Pour lui, ce tueur n'est en tout cas pas un "meurtrier de masse dans sa forme classique, comme au lycée de Columbine (Etats-Unis, en 1999), parce que "ce type de tueur reste normalement sur le terrain et cherche en quelque sorte à se faire 'suicider' par les forces de l'ordre". Le psychiatre avance aussi la possibilité d'un "malade mental, avec un aménagement de caractère paranoïaque, proche du tueur d'Oslo (le Norvégien Breivik qui avait tué 77 personnes en juillet 2011, ndlr). Quelqu'un qui a un délire en secteur tandis que tout le reste de sa personnalité fonctionne 'normalement', ce qui le rend capable d'organisation et d'intelligence stratégique". Auteur de dizaines d'ouvrages sur les tueurs en série, Stéphane Bourgoin décrit l'assassin comme un "serial sniper": "S'il n'est pas arrêté, il va récidiver, c'est indiscutable. Mais ce type de tueur est difficile à interpeller parce qu'il n'a pas de lien avec ses victimes."La piste terroriste, que nul ne veut exclure, n'est privilégiée ni par les experts ni par les enquêteurs, même si le parquet anti-terroriste a été saisi en raison du "climat d'intimidation et de terreur" généré par les fusillades.