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Cette méthode que l'on peut résumer par 'si je perds un sou, je dois gagner un sou' a permis à cette ministre d'être très appréciée par ses pairs car chaque fin d'année, son bilan était (quasi) en équilibre. C'est vrai, on peut la " féliciter " sur ce point, elle était imbattable, au prix de mesures d'économie sur le dos des malades ( cf le nombre de belges qui s'approvisionnent pour certains médicaments en pharmacies étrangères...etc...) et par un large 'tatillonisme' administratif sur le dos des prestataires de soin (cf création de nombreux formulaires de remboursement et autres à remplir pendant les consultations, réduisant d'autant l'importante relation médecin-malade...etc...).Cependant, l'erreur majeure de sa gestion aura été l'absence totale d'anticipation de cette pandémie, pourtant prévisible (cf la conférence exemplaire de Bill Gates en 2015 que je vous encourage absolument à regarder) ! Edifiant car tout est dit, mais il fallait travailler ensuite pour se protéger comme d'autre pays l'ont fait ! Bien sûr on ne pouvait en prévoir l'année, mais on avait le temps de prévoir des usines polyvalentes qui pouvaient nous fournir, dès que nécessité, masques, blouses,... tests de portage...techniques de traçage...pour freiner au plus vite une invasion de notre pays par ce coronavirus connu depuis 2002-3. (cf SRAS). Cette tragédie amènera clairement un gouffre financier économico-médico-social qui dépassera de loin toutes ces économies ! Dommage que ces mesures préventives aient été balayées d'un revers de main trop économe et trop sûre de soi, pourtant médicale ! Quelle énormité !Comme la population, le corps médical et les infirmières subissent un traumatismeen raison d'un ressenti d'abandon par le politique et/ou suite à l'épuisement par une surcharge de travail hospitalier, surtout en soins intensifs. A ceci s'ajoute la pénibilité psychologique du confinement strict et prolongé, prononcé pour rectifier le mauvais tir, en attendant depuis plusieurs semaines, les tests de portage et sérologiques indispensables pour aller vers le déconfinement total qui paraît bien lointain. La souffrance de la population s'aggrave de jour en jour avec de l'irritabilité, des angoisses voire des comportements de type paranoïaque ou franchement agressifs, engendrant une psychopathologie secondaire qui donne beaucoup de travail en 1re ligne et en neuropsychiatrie. En comparaison avec d'autres pays lointains asiatiques, mais aussi plus proches comme l'Allemagne, la Suède ou l'Autriche... où le confinement est moins strict, nous nous sentons très mal gérés. Notre résilience nous amène à être prêts pour un changement majeur de Société où la gestion humaine, c'est à dire biologique et non simplement matérielle, doit beaucoup plus prévaloir ! La fracture avec le monde politique actuel est consommée par la perte totale de confiance, et le renfort de citoyens-experts devient incontournable, ce qui devrait être généralisé concernant l'ensemble des problématiques. Fonctionner avec neuf ministres belges de la santé n'est plus tenable : deux seraient suffisants et pourraient être plus rapidement actifs en cas d'urgence !Enfin, je voudrais terminer par critiquer un leitmotiv récent dans nos services de police assez zélés : 'Quand je verbalise, je sauve une vie' ! Je pense que sauver les vies reste actuellement du ressort des médecins intensivistes et de leur personnel dévoué. Ne confondons pas les rôles, c'est de la foutaise. Encore une foutaise politique dont on pourrait sourire, sauf sans doute à Anderlecht... Jean-Emile Vanderheyden, neuropsychiatre à Fleurus