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Cela fait un an et demi qu'une habitante de Fernelmont a contacté le Service public de Wallonie pour indiquer une inquiétante concentration de cancers dans son quartier. Depuis, si les pouvoirs publics ont pris les choses en mains, force est de constater quelques maladresses. La dernière en date a été révélée indirectement par le Pr Schiffer. Car elle met en évidence que des chercheurs peuvent venir sur le terrain et fournir des résultats, ce que la Wallonie tarde à faire. Parmi ses trouvailles, on note la trace de 24 substances actives différentes. Ces substances voyagent, où qu'elles soient pulvérisées. Certaines ont été retrouvées près d'une école de Cortil-Wodon. Enfin, plus inquiétant, le chercheur a capté trois molécules qui ne sont plus autorisées, ainsi que des perturbateurs endocriniens.Les résultats de cette étude, si l'on peut juger qu'ils sont parcellaires ou prématurés, mettent en lumière le fait que la Wallonie ne s'est pas rendue sur le terrain, en 19 mois d'enquête. " Les experts désignés par monsieur Prévot nous ont rencontrés en même temps que le collège de Fernelmont, en mars 2017. Ils allaient commencer l'étude. Depuis, aucune nouvelle constructive ", regrettent les médecins fernelmontois dans une lettre adressée à l'actuelle ministre wallonne de la Santé, Alda Greoli. " Nous ne comprenons vraiment pas que, sous couvert d'autorisations à obtenir de certaines commissions, quasi six mois plus tard, nous n'en soyons nulle part. Les intérêts politiques seraient-ils privilégiés par rapport aux intérêts des citoyens, dans cette problématique qui touche la santé publique? Nous aimerions savoir à quel niveau de l'administration se trouvent les blocages. Ces blocages nous empêchent, en tant que médecins, de connaître les pathologies auxquelles les citoyens seraient potentiellement exposés et d'ainsi, par exemple, en améliorer le dépistage... Pendant ce temps, les pesticides parfument nos jardins et nos maisons.""Si nous ne sommes pas du tout convaincus par les choix des experts, nous avons au moins la certitude que la Commission de la vie privée est un obstacle majeur quant à la prévention de la santé de la population. Six mois pour ne pas répondre, c'est se moquer des gens", interpelle le Dr Bolly.C'est la question qui taraude tant les médecins impliqués qu'Écolo, et elle ne date pas d'hier. Pour le parti, le périmètre aurait dû être élargi à toute la Hesbaye. "Pourquoi la Hesbaye? Car, ce qui est en cause, c'est le type d'environnement physique, le type d'agriculture, le type d'organisation de la gestion des territoires. Il paraît donc logique que l'étude puisse être élargie à l'ensemble des paysages et des territoires similaires", expliquait Hélène Ryckmans (Écolo), députée régionale, lors de la rentrée de la Commission santé wallonne."L'ancien ministre de la santé, Mr Maxime Prevot, avait demandé l'avis des médecins mais n'en a pas du tout tenu compte quand il a commandé une étude limitée aux cancers de quelques rues de Cortil-Wodon ", regrettent quant à eux les médecins de Fernelmont. "Nous souhaitions une étude plus vaste, qui concerne aussi par exemple les pathologies endocriniennes et neurologiques ou les troubles du développement. Nous souhaitions aussi une étude étendue à d'autres zones de Hesbaye exposées aux pesticides comme les rues de Cortil-Wodon. Des bourgmestres de communes voisines (Wasseiges, Héron) ont manifesté leur inquiétude, ils ont été renvoyés par le ministre aux résultats de l'étude. Passez votre chemin, citoyens, il n'y a rien à voir."La réponse d'Alda Greoli est dans la continuité de son prédécesseur: il faut laisser les experts faire leur travail. "Les experts ont déterminé qu'une étude ciblée localement sur trois rues de Fernelmont était l'approche la plus indiquée. Je ne reviendrai pas sur leurs décisions. Ils ont évidemment toute la liberté de leur expertise."