...

Jean-Michel Foidart ne sera pas... perpétuellement secrétaire perpétuel puisque le mandat, depuis quelques années, se limite à 5 ans et concerne désormais uniquement les candidats de moins de 75 ans (en fin de mandat). Ce médecin liégeois succède à deux personnages illustres et hauts en couleur : le Pr Janos Frühling, malheureusement décédé des suites d'une opération chirurgicale et l'hémato-oncologue Augustin Ferrant. Tous deux ont contribué cette dernière décennie à moderniser et dynamiser une institution que certains croient réservée à quelques gérontes, mais qui a en réalité un rôle majeur à jouer dans tous les aspects cliniques humains et éthiques de la médecine humaine mais aussi vétérinaire."Certes, l'Académie est un aréopage de professeurs d'université intéressés par une démarche intellectuelle et humaniste et par les valeurs que l'Académie incarne. Institution riche d'une tradition historique prestigieuse, l'Académie royale de Médecine de Belgique doit en outre mettre à profit l'expertise de ses membres pour répondre aux défis actuels de la santé. ", insiste le Dr Foidart, jeune retraité de 67 ans. Son curriculum plaide en ce sens. Diplômé de médecine de l'ULg en 1974, Il s'envole deux ans plus tard pour les Etats-Unis avec son épouse (et son fils d'un an) sous contrat avec le National Institutes of Health de Bethesda (Maryland, USA). Il fait de la recherche aux NIH et de la clinique au Johns Hopkins Hospital et au Navy Hospital. Il retourne en Belgique en 1979 pour parfaire sa formation de gynécologue. Après des allers-retours en Finlande et à Paris, il se fixe en Belgique. On lui propose la direction du département du CH du Bois de l'Abbaye en province de Liège. Il postule ensuite à la chaire de biologie de l'Université de Liège et enseigne cette discipline pendant plusieurs années. Il réduit temporairement la clinique pour créer un grand service de biologie à l'ULg qui compte près de 50 collaborateurs. En 1999, il crée, avec François Fornieri, la société Mithra pendant une période où l'idée des collaborations entre universités et secteur profitable rentre dans les moeurs. Il contribue avec le partnership de la Fondation Warren Buffet, à partir de 2008, au développement d'un produit qui deviendra à dimension mondiale, le Levosert/Liletta après la reprise par le groupe Allergan. Aujourd'hui administrateur et président du conseil scientifique de Mithra, Jean-Michel Foidart souligne l'extraordinaire créativité de spin-off liégeoises. L'estetrol, molécule naturelle créée uniquement par le foetus humain et synthétisée par Mithra vient de recevoir près de 2 millions d'euros de la Wallonie pour ses futurs développements. Sans les effets secondaires des pilules contraceptives traditionnelles (phlébites), la molécule est actuellement testée en phase III sur près de 4.000 patientes américaines et européennes..."Le secrétaire perpétuel est véritablement le chef d'orchestre de l'ARMB, en relation avec les président, vice-président, assesseurs et membres du bureau, lequel constitue le 'pouvoir exécutif' de l'institution", explique le Dr Foidart qui veut encore rendre l'ARMB plus indispensable.L'institution dépasse largement la simple médecine puisqu'elle compte 6 sections : sciences biomédicales ; sciences médicales cliniques et anatomie pathologique ; sciences chirurgicales, sciences dentaires, obstétrique, imagerie médicale ; microbiologie, parasitologie, immunologie, santé publique, médecine légale et bioéthique ; sciences pharmaceutiques et sciences vétérinaires. Et elle vient d'ouvrir un poste pour un psychologue clinicien.On le sait peu mais les avis de l'ARMB sont péremptoires dans le sens où la ministre de la Santé publique notamment doit en tenir compte, du moins dans certains domaines. Ensemble avec le Bureau, Jean-Michel Foidart veut étendre la réflexion notamment à la bio-informatique (science des Big Data). "Celui-ci va jouer un rôle majeur en médecine dans les années qui viennent. A côté des cours de sciences et d'anatomie, le cursus médical devrait proposer un cours de bio-informatique. Le NIH américain vient d'ailleurs d'inaugurer un bâtiment consacré uniquement au Big Data afin de coupler imagerie médicale et données du patient pour corréler le profil génomique des patients atteints de cancer. Les 'super-ordinateurs' doivent donc faire partie de la réflexion médicale."Composée de l'élite médicale, l'ARMB ne doit pas être élitiste, prétentieuse du haut de sa tour d'ivoire, précise le secrétaire perpétuel. "Nous devons nous exprimer sur tous les sujets de société autour de la médecine en fonction de l'intérêt et des besoins de la population et ce de façon neutre, au-dessus de la mêlée. Son indépendance et la pertinence de ses rapports et communications lui confèrent une place originale et un rôle important dans le domaine de la santé."L'ARMB initie d'ailleurs une réflexion sur la double cohorte de 2018 avec les autorités, universités, syndicats médicaux, étudiants. "Le temps presse. En 2018, il y aura des élections. Les hommes politiques auront d'autres chats à fouetter."Foidart souhaite également que l'ARMB s'implique sur les sujets notamment éthiques du moment. Il cite en exemple les "tiroirs à bébé". "Les délégués flamand et francophone aux droits de l'enfant n'ont pas la même opinion. Mais en attendant, des femmes belges accouchent en France pour bénéficier de l'accouchement sous X. Le législateur belge n'a jamais voulu trancher. C'est nécessaire à mon avis. On se croirait du temps de Saint-Vincent de Paul !"L'ARMB est également très impliquée dans la refonte de l'AR 78. "Il s'agit d'une révolution copernicienne qui bouleverse les soins de santé. Nous avons souligné dans un avis les forces et les faiblesses du projet. Parmi celles-ci, le fait que des médecins inspecteurs et non plus les commissions médicales provinciales, composées de pairs médecins de terrain, décideront si certains médecins peuvent encore exercer."Plusieurs sujets seront à l'agenda très prochainement. Pensons au rôle du pharmacien clinique pour aider le médecin à prescrire, un grand colloque sur le dopage, un autre sur la pénurie médicale..."Dans tous les cas, l'Académie doit délivrer un avis le plus objectif possible. Celle-ci est garantie par l'hétérogénéité des membres. Quant aux conflits d'intérêt, les commissions les évitent en amont en vérifiant les CV et en ne publiant jamais rien qui n'ait eu l'assentiment de l'assemblée générale."Ce qui n'empêche pas que des votes puissent se faire à l'unanimité. On se souvient de l'obligation de réserver le traitement cancer du sein par des médecins qui sont confrontés à au moins 150 interventions par an, suite à l'expertise de l'Institut Bordet qui concluait à l'absence de guérison dans 80 à 100% des cas, en cas de prise en charge thérapeutique inadéquate...