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Mdeon, c'est cette gardienne du temple agréée depuis 2007 par les autorités pour délivrer des visas aux congrès de plus d'un jour où l'industrie intervient dans les frais des participants. Elle évalue s'ils relèvent bien d'une manifestation à caractère exclusivement scientifique. Font partie de la plate-forme une petite vingtaine d'associations représentatives du secteur des médicaments et des dispositifs médicaux d'une part, et des dispensateurs de soins de l'autre (médecins, infirmiers, dentistes, vétérinaires...). Après cinq années de fonctionnement, Mdeon a sondé tant ceux qui offrent que ceux qui profitent des sponsorings, pour jauger l'effet de l'obligation de visa sur les pratiques. Elle conclut à un " impact réel et conséquent " (lire Jdm 2218, 10/02/2012), confirmant l'autodiscipline dont le " terrain ", justement, a su faire montre : sur les 6.570 demandes traitées l'an dernier, représentant de la part des firmes un investissement total de 64 millions, 84% se soldent par l'attribution d'un visa, et le taux d'approbation grimpe à 95% après réexamen de dossiers initialement refusés. 700 médecins répondantsL'enquête en ligne a également percolé, via les associations membres (ABSyM, Cartel, GBS, SSMG, Domus Medica...) vers ceux qui constituent le gros du peloton des prestataires acceptant l'hospitalité de l'industrie, les médecins. Ils ont été 700 à répondre, dont une majorité de spécialistes (les MS représentent 79% des participations sponsorisées). 83% médecins déclarent connaître Mdeon, les généralistes d'un peu plus loin (59% en ont " vaguement entendu parler ", mais la plupart ne participent il est vrai qu' " occasionnellement " à des congrès scientifiques courant sur plus d'un jour). En théorie, l'hospitalité offerte doit désormais être raisonnable, accessoire par rapport à l'objet scientifique de la réunion et limitée à la durée de celle-ci. Et en pratique, les répondants ressentent une différence par rapport à l'avant-Mdeon, en 2007: sponsoring devenu plus partiel, fréquence d'invitation moindre, moins de nuitées offertes...La SSMG aux manettesThomas Orban, le vice-président de la SSMG, a pris depuis début 2012, et pour un an, les rênes de Mdeon. Pour lui, il reste du chemin à parcourir pour informer complètement et correctement les médecins sur la philosophie de la plate-forme. " Nous avons recueilli, à la faveur de l'enquête, divers commentaires de confrères [lire ci-contre] qui indiquent qu'il y a encore des zones d'ombre à dissiper. Cela étant, 8 médecins sur 10 sont familiarisés avec la notion de visa obligatoire. Ce qui est hautement positif, c'est que les professionnels du secteur ont démontré qu'ils étaient capables de faire fonctionner un système d'autorégulation, avec responsabilisation de tous les acteurs. Mdeon est une plate-forme inédite, arrivée tôt en Europe, dont les Belges peuvent être fiers. Les confrères ont compris l'intérêt de promouvoir une déontologie qui sert les patients, l'industrie, et eux-mêmes. Et tout le dispositif s'est bâti en synergie avec les autorités, synergie dont on espère qu'elle durera. " Bien sûr, le Dr Orban sent poindre dans les réponses de ses confrères un sentiment de limitation. " Certains vous diront 'Mdeon amène un moins'. Mais comment ses effets n'auraient-ils pas été restrictifs, dès lors que la loi sur les médicaments va dans ce sens ?(*) D'autres et je parie qu'ils seront de plus en plus nombreux au fil du temps vous diront que la plate-forme libère d'anciennes habitudes. Ma vision personnelle est qu'une nouvelle façon de voir les choses, quasi un nouveau paradigme, se met en place. Les rapports entre les soignants et l'industrie sont en train d'évoluer. "