Mais soudain on y est, ça tire de partout et nous nous sentons solidaires de nos patients submergés par la déferlante de consignes contradictoires : se moucher dans sa manche, éviter la poignée de mains et les bisous, ne fréquenter que des consultations sur rendez-vous, porter systématiquement masque et gants alors qu'ils sont introuvables. Bon élève, je me suis enquis de la bonne attitude et des moyens de dépistage en consultation. La consigne d'envoyer tout patient suspect aux urgences de l'hôpital le plus proche m'a laissé perplexe. Qu'est-ce qu'un cas suspect ? Une majorité des patients examinés cet après-midi avaient de la fièvre, présentaient une toux douloureuse et des maux de gorge depuis moins de 48 heures, et sont arrivés souvent en famille. On a plus de chances à gagner au Lotto que de trouver LE patient porteur à référer à l'hosto dans ces conditions. On tente de se rassurer en vérifiant qu'aucun d'eux n'est allé en vacances à Wuhan ou à Maubeuge, en faisant un rapide calcul de risque en extrapolant les chiffres relevés en Italie, et durant ce temps ça tousse dans la salle d'attente.

Loin au-dessus de nous les experts communiquent, se contredisent parfois, c'est comme lors des interrogatoires : un bon tout souriant pour rassurer, un méchant à la mine rébarbative pour alarmer. Jadis existait ce personnage indispensable, le Fou du roi, autorisé à relever que le monarque était nu et que ses consignes étaient inapplicables. Porter un masque introuvable, en changer souvent, se couper la barbe, replacer au pied levé la consultation libre par des rendez-vous, déconseiller de fréquenter les réunions publiques tout en laissant prendre le métro pour se rendre au boulot, mesurer la température à tour de bras tout en signalant que l'incubation silencieuse est de 14 jours : n'en jetez plus ça tourne dans ma tête.

Le Fou du roi que j'abrite en moi se pose une question stupide : quelle chance ai-je de croiser un vrai corona dans la galère des grippés saisonniers, des enrhumés chroniques, des absentéistes opportunistes ? Extrapolant le scénario sombre que constitue l'Italie et ses 1.700 cas dépistés depuis le début de l'épidémie, et dans l'hypothèse improbable que tous les nouveaux cas contaminés soient dépistés par leur généraliste, je relève qu'un seul MG sur cent en rencontrera un dans le mois qui vient. Calcul spécieux qui n'évacue pas le risque bien sûr, mais qui l'éclaire néanmoins. On se rassure comme on peut.

Mais soudain on y est, ça tire de partout et nous nous sentons solidaires de nos patients submergés par la déferlante de consignes contradictoires : se moucher dans sa manche, éviter la poignée de mains et les bisous, ne fréquenter que des consultations sur rendez-vous, porter systématiquement masque et gants alors qu'ils sont introuvables. Bon élève, je me suis enquis de la bonne attitude et des moyens de dépistage en consultation. La consigne d'envoyer tout patient suspect aux urgences de l'hôpital le plus proche m'a laissé perplexe. Qu'est-ce qu'un cas suspect ? Une majorité des patients examinés cet après-midi avaient de la fièvre, présentaient une toux douloureuse et des maux de gorge depuis moins de 48 heures, et sont arrivés souvent en famille. On a plus de chances à gagner au Lotto que de trouver LE patient porteur à référer à l'hosto dans ces conditions. On tente de se rassurer en vérifiant qu'aucun d'eux n'est allé en vacances à Wuhan ou à Maubeuge, en faisant un rapide calcul de risque en extrapolant les chiffres relevés en Italie, et durant ce temps ça tousse dans la salle d'attente. Loin au-dessus de nous les experts communiquent, se contredisent parfois, c'est comme lors des interrogatoires : un bon tout souriant pour rassurer, un méchant à la mine rébarbative pour alarmer. Jadis existait ce personnage indispensable, le Fou du roi, autorisé à relever que le monarque était nu et que ses consignes étaient inapplicables. Porter un masque introuvable, en changer souvent, se couper la barbe, replacer au pied levé la consultation libre par des rendez-vous, déconseiller de fréquenter les réunions publiques tout en laissant prendre le métro pour se rendre au boulot, mesurer la température à tour de bras tout en signalant que l'incubation silencieuse est de 14 jours : n'en jetez plus ça tourne dans ma tête.Le Fou du roi que j'abrite en moi se pose une question stupide : quelle chance ai-je de croiser un vrai corona dans la galère des grippés saisonniers, des enrhumés chroniques, des absentéistes opportunistes ? Extrapolant le scénario sombre que constitue l'Italie et ses 1.700 cas dépistés depuis le début de l'épidémie, et dans l'hypothèse improbable que tous les nouveaux cas contaminés soient dépistés par leur généraliste, je relève qu'un seul MG sur cent en rencontrera un dans le mois qui vient. Calcul spécieux qui n'évacue pas le risque bien sûr, mais qui l'éclaire néanmoins. On se rassure comme on peut.