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Les inégalités socio-économiques de santé se marquent dès la naissance et s'accumulent par la suite tout au long de la vie, tant pour la santé physique que mentale. Ces différences se reflètent dans les espérances de vie. " Ainsi, l'espérance de vie d'un nouveau-né à Saint-Josse-ten-Noode est moins élevée de cinq ans par rapport à l'espérance de vie d'un nouveau-né à Woluwe-Saint-Pierre (80 ans VS 85 ans) ", explique Sarah Missinne, co-auteure du rapport Tous égaux face à la santé à Bruxelles ?Sarah Missinne rappelle qu'un Bruxellois sur trois dispose d'un revenu inférieur au seuil de risque de pauvreté (soit 1.187 euros pour une personne isolée et 2.572 euros pour un ménage composé de deux adultes et deux enfants.) En Flandre, cette proportion tombe à 11%.En région bruxelloise, les inégalités de revenus sont également territoriales. L'observatoire constate de grandes différences entre les communes et quartiers bruxellois, entre autres au niveau des revenus. Les habitants de Woluwe ne gagnent pas ce que gagnent les habitants de Saint-Josse-ten-Noode. Dans la première commune, le revenu imposable médian était de 25.321 euros en 2016. Il était de 14.931 euros à Saint-Josse. Le taux de chômage est de 9% à Woluwe pour 26% à Saint-Josse. S'étonnera-t-on dès lors que seuls 1,8% des habitants de Woluwe postposent des soins médicaux ou une opération pour des raisons financières pour 24,5% des habitants de Saint-Josse ?Ces inégalités de santé se manifestent aussi dans la prévalence de certaines pathologies. " Les personnes ayant des revenus inférieurs ont deux fois plus de risque de souffrir du diabète par rapport aux personnes ayant des revenus supérieurs. En chiffres absolus, cela représente 8% pour les revenus ou 3,7% de la population ", explique Sarah Missinne. " Autre exemple, les personnes défavorisées sont plus à risque de développer des troubles dépressifs mais elles sont relativement moins traitées. Dans ce groupe, on constate une sous-consommation d'antidépresseurs et une sous-utilisation de la psychothérapie. Par ailleurs, les soins dentaires préventifs chez les enfants varient fortement en fonction des revenus. La proportion d'enfants bénéficiant de soins dentaires préventifs est de 17,8% pour le groupe de revenus inférieurs et de 25,2% pour le groupe de revenus supérieurs. Les mesures qui rendent les soins dentaires gratuits pour les enfants ont eu des effets positifs mais ne suffisent pas. "L'Observatoire de la santé et du social de Bruxelles-Capitale a-t-il tout de même constaté ces dernières années des évolutions positives et des améliorations lors de ses recherches ? " Pas vraiment... ", concède Sarah Missinne." Les résultats de cette étude me heurtent et me confortent dans la nécessité de mettre en place une gestion intégrée des politiques du social et de la santé. Raison pour laquelle avec mes collègues Barbara Trachte et Elke Van den Brandt, nous avons, pour commencer, décidé de constituer une seule et unique cellule santé-social pour ces compétences tant au niveau de la Cocof que de la Cocom, là où il y avait auparavant quatre ministres et quatre cellules ", explique le ministre bruxellois de la Santé, Alain Maron (Ecolo).Durant son mandat, le ministre compte " agir sur un maximum de déterminants sociaux et environnementaux qui influencent la santé et qui relèvent de nos compétences. " Le Dr Benjamin Fauquert, responsable de maison médicale Le noyer qui accueillait la conférence de presse, a d'ailleurs rappelé que l'état de santé de quelqu'un est déterminé à 75% par des facteurs qui ne sont pas directement liés à sa santé (alimentation, emploi, logement...).Dans le listing des actions concrètes présentées par Alain Maron, nous épinglerons l'harmonisation des pratiques des 19 CPAS bruxellois afin notamment de garantir un accès identique aux soins de santé quel que soit la commune où on réside ; la rénovation du bâti et son isolation ; le développement des épiceries sociales et la sensibilisation à une alimentation saine ; l'amélioration de la qualité de l'air en réduisant le trafic et la vitesse pratiquée, le renforcement des cellules de médiation de dettes, le housing first (fournir un logement à chacun pour renforcer la santé des personnes sans abri)...Alain Maron compte également débloquer 300.000 euros pour doubler le nombre de projets concernant les référents santé dans les quartiers. Cette personne, de référence est présente dans les quartiers pour aller à la rencontre des habitants et les guider dans le labyrinthe des actions des soins existants " afin qu'ils puissent progressivement trouver leur chemin et s'émanciper. " Cinq nouvelles maisons médicales devraient être agréées dans les deux prochaines années. " Nous travaillons sur leur réglementation afin d'accroître leur multidisciplinarité afin qu'elles puissent agir encore plus sur la diversité des déterminants sociaux et environnementaux de la santé ", précise le ministre. " Les maisons médicales sont en effet des acteurs clés de la santé à l'échelle locale : elles offrent des consultations de médecine générale mais aussi tout un panel de services pour répondre aux besoins des personnes du quartier ? " Quid des généralistes qui ne travaillent pas en maisons médicales ?Les inégalités de santé demandent un traitement multifactoriel. Le gouvernement bruxellois a-t-il les moyens de ses ambitions ?" Nous avons obtenu de la majorité une norme de croissance pour les politiques sociales et de santé. Nous devons encore voir les moyens que nous parviendrons à dégager concrètement lors des débats budgétaires qui sont en cours. Le gouvernement bruxellois avait annoncé au printemps un travail sur un ajustement budgétaire sur base pluriannuelle. Ce n'est pas en fin de législature qu'on fixe des priorités. Dans le budget initial, les matières sociales et de santé sont celles qui ont reçu la plus importante augmentation ", répond Alain Maron. " Au regard de l'ampleur des enjeux et des facteurs externes, notamment l'impact des politiques menées, entre autres en matière de chômage, politique migratoire et CPAS) par d'autres niveaux de pouvoir, nous essayons d'agir par le bas en mobilisant les acteurs. Dans le cadre des réseaux hospitaliers, nous allons essayer de rentrer dans une logique de politique régionale hospitalière intégrée à la politique de santé régionale, y compris en nous appuyant sur les premières lignes de soins qui ne sont pas dans les hôpitaux. "