Leçon majeure de la pandémie : l'importance des fonctions généralistes aux frontières des spécialités. Mais que faut-il entendre par " fonctions généralistes " ? Tous les êtres humains se meuvent avec des bâtons de disciplines couvrant des domaines précis. Les fonctions généralistes les complètent de deux baguettes magiques : l'art de poser les bonnes questions aux spécialistes et l'art de décider dans l'incertitude laissée par leurs désaccords. Les fonctions généralistes ne reposent sur aucun déterminisme connu tout en s'exprimant à partir des savoirs existants. La médecine en offre un exemple éclatant. Les bâtons d'un médecin généraliste se constituent d'abord de cours théoriques et de stages pratiques. La fonction généraliste proprement dite commence avec l'expérience, les doutes, les émotions, dans l'intuitif et le relationnel. En de tels moments, il faut ajouter aux bâtons du savoir scientifique, ceux du pouvoir, faits de motivations, de gestes et de paroles entre le patient et le médecin. Ronds ou rugueux, les bâtons du pouvoir se fondent dans les caractères. Côté patient, le mince pouvoir touche au vécu et à l'accueil des propositions du médecin ; chez ce dernier, le pouvoir de la science a besoin d'écoute du patient et d'attention à la manière de lui expliquer les examens et le traitement. Les bâtons du pouvoir se tendent de personnes à personnes, enfouis dans le psychologique, les bâtons du savoir s'appuient sur le réel physiopathologique, seul moyen de comprendre les maladies et de les combattre. Alors que les bâtons de la science forment de solides colonnes érigées du terrain des pratiques aux lieux de réflexions théoriques sur la trame physique du monde, les bâtons du pouvoir émanent des humains eux-mêmes. Par leurs comportements, soumission, dialogue ou dictat, ils tissent des armatures de règles et de lois conçues en haut, déployées en bas. Bâtons verticaux du savoir et bâtons transversaux du pouvoir, tenus par des personnes et tendus entre elles, forment la structure élémentaire des sociétés, les espaces de vie individuels.

Les médecins généralistes en offrent un exemple concret. Pris entre les attentes des patients et les injonctions d'innombrables pouvoirs plus ou moins légitimes, ils constituent un des rares groupes de praticiens de terrain se réclamant explicitement du terme généraliste. Paradoxalement, ils ont dû se spécialiser pour améliorer leur situation. Stratégie efficace, sans aucun doute. Elle a mené à la fondation d'une solide société de médecine générale (SSMG), aux centres de médecine générale des facultés de médecine et à d'innombrables cercles et associations. Mais le déploiement des fonctions généralistes en médecine reste à parachever sur deux axes.

Verticalement vers les politiques. Comme la plupart des praticiens, les médecins généralistes vivent la difficulté du dialogue avec les dirigeants. Les tracasseries administratives paralysantes et épuisantes en sont le signe le plus tangible. Dernière en date, les tâches exigées des généralistes par l'application Coronalert, avec un code de 17 chiffres. Le Dr Dirk Scheveneels (BVAS-Absym) : " Nous sommes tellement surchargés que nous n'avons même pas le temps de suivre un webinar. " Mais il est aussi positif : " Nous y arriverons. Ne sous-estimez cependant pas la pression que nous subissons en ce moment. " Tous racontent le temps perdu avec des programmes grevés de bugs et imposant des répétitions de clics inutiles aux médecins. A mille lieues de ces préoccupations, les informaticiens eux aussi se battent dans leurs propres labyrinthes de règles. En attendant mieux, le patient se demande parfois si le docteur va s'occuper de lui ou des écrans. Aujourd'hui, les relations avec les autorités dépendent non seulement de qualités humaines mais aussi de l'informatique.

Transversalement, vers les spécialistes en ambulatoire et à l'hôpital. Au fil des ans, les généralistes enrichissent leur carnet d'adresses de collègues auxquels référer en confiance leurs patients. Grâce aux e-mails et aux smartphones le dialogue devient plus fluide. Une place reste cependant à reconquérir pour les fonctions généralistes en médecine : l'hôpital. Avec un défi ou une menace, pour la médecine générale : l'extension de l'hôpital au domicile des patients. Derrière ces enjeux, les dérives du management, fonction généraliste s'il en est, aujourd'hui par trop dénaturée, exacerbent les burnouts et la destruction de l'humain à l'hôpital et ailleurs.

Prochain épisode : les bâtons des fonctions généralistes dans les hôpitaux.

Leçon majeure de la pandémie : l'importance des fonctions généralistes aux frontières des spécialités. Mais que faut-il entendre par " fonctions généralistes " ? Tous les êtres humains se meuvent avec des bâtons de disciplines couvrant des domaines précis. Les fonctions généralistes les complètent de deux baguettes magiques : l'art de poser les bonnes questions aux spécialistes et l'art de décider dans l'incertitude laissée par leurs désaccords. Les fonctions généralistes ne reposent sur aucun déterminisme connu tout en s'exprimant à partir des savoirs existants. La médecine en offre un exemple éclatant. Les bâtons d'un médecin généraliste se constituent d'abord de cours théoriques et de stages pratiques. La fonction généraliste proprement dite commence avec l'expérience, les doutes, les émotions, dans l'intuitif et le relationnel. En de tels moments, il faut ajouter aux bâtons du savoir scientifique, ceux du pouvoir, faits de motivations, de gestes et de paroles entre le patient et le médecin. Ronds ou rugueux, les bâtons du pouvoir se fondent dans les caractères. Côté patient, le mince pouvoir touche au vécu et à l'accueil des propositions du médecin ; chez ce dernier, le pouvoir de la science a besoin d'écoute du patient et d'attention à la manière de lui expliquer les examens et le traitement. Les bâtons du pouvoir se tendent de personnes à personnes, enfouis dans le psychologique, les bâtons du savoir s'appuient sur le réel physiopathologique, seul moyen de comprendre les maladies et de les combattre. Alors que les bâtons de la science forment de solides colonnes érigées du terrain des pratiques aux lieux de réflexions théoriques sur la trame physique du monde, les bâtons du pouvoir émanent des humains eux-mêmes. Par leurs comportements, soumission, dialogue ou dictat, ils tissent des armatures de règles et de lois conçues en haut, déployées en bas. Bâtons verticaux du savoir et bâtons transversaux du pouvoir, tenus par des personnes et tendus entre elles, forment la structure élémentaire des sociétés, les espaces de vie individuels. Les médecins généralistes en offrent un exemple concret. Pris entre les attentes des patients et les injonctions d'innombrables pouvoirs plus ou moins légitimes, ils constituent un des rares groupes de praticiens de terrain se réclamant explicitement du terme généraliste. Paradoxalement, ils ont dû se spécialiser pour améliorer leur situation. Stratégie efficace, sans aucun doute. Elle a mené à la fondation d'une solide société de médecine générale (SSMG), aux centres de médecine générale des facultés de médecine et à d'innombrables cercles et associations. Mais le déploiement des fonctions généralistes en médecine reste à parachever sur deux axes.1° Verticalement vers les politiques. Comme la plupart des praticiens, les médecins généralistes vivent la difficulté du dialogue avec les dirigeants. Les tracasseries administratives paralysantes et épuisantes en sont le signe le plus tangible. Dernière en date, les tâches exigées des généralistes par l'application Coronalert, avec un code de 17 chiffres. Le Dr Dirk Scheveneels (BVAS-Absym) : " Nous sommes tellement surchargés que nous n'avons même pas le temps de suivre un webinar. " Mais il est aussi positif : " Nous y arriverons. Ne sous-estimez cependant pas la pression que nous subissons en ce moment. " Tous racontent le temps perdu avec des programmes grevés de bugs et imposant des répétitions de clics inutiles aux médecins. A mille lieues de ces préoccupations, les informaticiens eux aussi se battent dans leurs propres labyrinthes de règles. En attendant mieux, le patient se demande parfois si le docteur va s'occuper de lui ou des écrans. Aujourd'hui, les relations avec les autorités dépendent non seulement de qualités humaines mais aussi de l'informatique. 2° Transversalement, vers les spécialistes en ambulatoire et à l'hôpital. Au fil des ans, les généralistes enrichissent leur carnet d'adresses de collègues auxquels référer en confiance leurs patients. Grâce aux e-mails et aux smartphones le dialogue devient plus fluide. Une place reste cependant à reconquérir pour les fonctions généralistes en médecine : l'hôpital. Avec un défi ou une menace, pour la médecine générale : l'extension de l'hôpital au domicile des patients. Derrière ces enjeux, les dérives du management, fonction généraliste s'il en est, aujourd'hui par trop dénaturée, exacerbent les burnouts et la destruction de l'humain à l'hôpital et ailleurs.