"Le nombre de demandes d'euthanasie augmente mais moins qu'auparavant", confirme Jacqueline Herremans, membre de la CFCEE qui a participé à la rédaction du rapport de la Commission. Elle souligne que demander ou procéder à l'euthanasie "ne se fait jamais de gaieté de coeur. Si le médecin peut trouver une autre solution que de mettre fin à la vie de son patient, il le fera".

En tout, 3.950 déclarations d'euthanasie ont été rédigées en 2014 (1.928) et 2015 (2.022). La plupart des patients (57%) présentaient des souffrances physiques et psychologiques, tandis que 38% ne souffraient que physiquement et 5% ne présentaient que des souffrances psychologiques. Quelque 63% des personnes euthanasiées en 2014 et 2015 étaient âgées de 40 à 79 ans et 36% de plus de 79 ans. Par ailleurs, 14 centenaires ont été euthanasiés. Aucun cas de mineur n'a été répertorié.

Dans la très grande majorité des cas (67,7%), le patient souffrait d'un cancer généralisé ou gravement mutilant. Les "polypathologies" sont la deuxième affection à l'origine de la demande d'euthanasie (près de 10% du total). "Chez ces patients, la gravité de l'état pathologique et les souffrances résultaient (...) de la coexistence de plusieurs affections graves et incurables." La combinaison de ces affections et l'absence d'amélioration possible "entraînent des handicaps permanents qui font que la souffrance est insupportable, persistante et inapaisable. Les patients se retrouvent par conséquent dans une situation sans issue qui les conduit au désespoir", souligne le rapport.

Quelque 124 personnes (3,1%) ont procédé à l'euthanasie parce qu'elles souffraient de troubles mentaux et du comportement, soit un groupe de patients "très restreint". Ce chiffre n'a pas augmenté significativement depuis 2012 mais la CFCEE note une hausse notable du nombre de cas de patients souffrant de démence. "Les troubles psychologiques sont un terrain beaucoup plus sensible que les autres catégories d'affection pouvant mener à des demandes d'euthanasie", souligne Jacqueline Herremans. Selon elle, l'augmentation des cas de patients souffrant de démence est due au fait qu'au "départ, on ne pensait pas que l'euthanasie pouvait s'appliquer à des troubles psychologiques. Par exemple, pour la maladie d'Alzheimer, on se disait que c'était impossible. Puis, au fur et à mesure, on est confrontés à des cas où le patient répond tout de même aux conditions exigées par la loi", tels qu'un patient au stade précoce de la maladie par exemple.

La Commission recommande une meilleure information des citoyens et des praticiens sur la pratique de l'euthanasie ainsi que d'inscrire dans le cursus d'enseignement des futurs médecins "des questions concernant la fin de vie des patients". Elle souhaite enfin faciliter les formalités de renouvellement de la déclaration anticipée et mettre en place un document électronique d'enregistrement des euthanasies.

Le rapport, établi tous les deux ans à l'intention du législateur, se base sur les documents d'enregistrement envoyés par les médecins qui permettent à la Commission de vérifier le respect des conditions de base. La loi exige en effet que la capacité mentale du patient soit intacte, qu'il émette une demande répétée, prolongée et posée librement; et qu'il soit confronté à des souffrances insupportables causées par une maladie incurable.

Depuis 2008, plus de 120.000 personnes ont été euthanasiées..